Subscribe

L’étiquette française sous toutes ses coutures

Les bonnes manières de nos aïeuls sont plus tendance que jamais. Pour preuve, les écoles de bienséance se sont multipliées en France, offrant des cours aussi bien aux particuliers qu’aux entreprises. À l’occasion de la Saint-Valentin, rencontre avec deux expertes du savoir-vivre, Marie de Tilly et Nadine de Rothschild.

« Bon appétit » est une formule à proscrire, l’usage du couteau est à limiter et le gentleman doit toujours entrer avant sa dulcinée dans un restaurant. Voici les quelques règles de bienséance que Marie de Tilly enseigne à un groupe d’Américaines autour d’un dîner dans un restaurant parisien. Cette fille de diplomate de 50 ans donne depuis quatre ans des cours d’étiquette à la française. « Les gens sont toujours jugés sur leurs manières à table », remarque-t-elle.

Conduisant un groupe de novices du savoir-vivre à la française, Elisabeth New, une Texane habitant Houston, a fait la rencontre de Marie de Tilly, il y a deux ans. « J’ai eu un coup de foudre pour la France. J’ai l’impression d’être chez moi », explique l’Américaine. Après avoir étudié à Paris et à Aix-en-Provence et enseigné le français aux États-Unis, elle a monté sa propre entreprise « French affaire » qui a pour objectif de faire découvrir à ses compatriotes les richesses de l’Hexagone. Elisabeth New profite de ses voyages en France pour planifier un dîner en compagnie de son amie française, afin que cette dernière révèle à ses invitées les secrets d’une bonne tablée et des mœurs français. Une fois n’est pas coutume, Marie de Tilly n’échappe pas à la question qui préoccupe les Américaines de la haute société. « Est-ce vrai que les Françaises ont toutes des amants ? », s’interrogent-elles. « Évidemment ! », répond alors Marie de Tilly, amusée.

« Décoincer » les Américaines

Un brin malicieuse, l’ancienne journaliste reconvertie en prêtresse des bonnes manières enseigne, pour 100 euros de l’heure, valeurs et protocoles inculqués dans sa famille, typique du prestigieux XVIe arrondissement de la capitale française. Après avoir travaillé pour la Belle École, une entreprise spécialisée dans le savoir-vivre à Paris, cette mère de quatre enfants s’est finalement mise à son compte.

Du Japon à la Russie en passant par le Moyen-Orient, tous sont friands de la culture française. Mais les Américaines qui représentent les trois quarts de la clientèle de Marie de Tilly sont les plus grandes consommatrices de ses conseils. « Ce qu’elles envient aux Françaises, c’est notre charme naturel. Pour elles, la France s’est arrêtée à Louis XIV et Marie-Antoinette. On pourrait rapprocher l’Américaine de classe aisée, de la Versaillaise historique », explique l’enseignante de l’étiquette française. Sa mission la plus délicate est sans doute de faire sortir ces « Versaillaises à l’américaine » de leur carcan trop rigide, en somme de les « décoincer ». « Les Américaines ont du mal à ne pas surjouer. Ce qu’elles doivent comprendre, c’est qu’il ne faut pas être trop bien élevé. Il faut qu’il y ait toujours un détail qui ne soit pas sophistiqué mais naturel », estime-t-elle.

Le seul moment où le sans-faute est de rigueur est certainement le dîner avec son date, au risque de se retrouver célibataire. « Si vous invitez votre compagne ou compagnon pour la Saint-Valentin, évitez de parler la bouche pleine », résume Marie de Tilly. « C’est épouvantable. Le couteau en l’air ce n’est pas mieux et trop boire c’est loin d’être fantastique ! ». Avant d’enseigner les codes de bienséance, elle aime à rappeler certaines règles basiques mais souvent oubliées. « Le vrai secret d’une soirée réussie reste l’écoute et le respect envers son partenaire », ajoute-t-elle.

Le savoir-vivre pour tous

Cette dernière décennie, les cours de savoir-vivre se sont multipliés. Outre les étrangers fortunés, les Français viennent aussi frapper à la porte des bonnes mœurs. En cause : la fracture du noyau familial, s’accordent à dire Marie de Tilly et Nadine de Rothschild, qui est, elle, fondatrice et directrice de l’Académie International Way of Life à Genève. « Autrefois, les familles enseignaient les bonnes manières. Maintenant, vous savez quel est le plus grand club du monde ? C’est celui des divorcés. Alors comment voulez-vous qu’un enfant trimballé à droite et à gauche puisse avoir du savoir-vivre », s’exclame la baronne. « Malheureusement, les parents n’ont plus le temps d’éduquer leurs enfants. Je crois que la bonne éducation est ce qui est recherché et qui se vend le mieux, car sinon vous n’auriez pas toutes ces écoles », ajoute-t-elle.

Issue d’une famille modeste, rien ne destinait Nadine de Rothschild, née Nadine Lhopitalier, à faire partie de l’une des dynasties les plus riches d’Europe. « Ma mère m’a appris certaines formes de bonnes manières mais à son niveau. Vous pouvez avoir tous les diplômes de la terre, si vous n’avez pas l’attitude, et que vous ne savez pas comment vous comporter dans certains milieux, vous y irez une fois mais pas deux ! », estime-t-elle. Nadine de Rothschild en sait quelque chose. Elle a dû apprendre à maîtriser l’étiquette pour se fondre dans la famille de son défunt mari, le baron Edmond de Rothschild, et a fini par en faire sa spécialité. Désormais, elle est incollable sur la position des fourchettes à table et  sur la dimension de verres. Lorsqu’on lui demande si cela n’est pas futile après tout, la baronne est catégorique. « Ça l’est si vous vivez en vase clos, si vous ne sortez jamais et si vous n’avez  aucune envie de grimper  socialement ! »

Les bonnes manières sont l’affaire de tous, même de ceux qui n’ont pas l’intention de gravir les échelons de l’échelle sociale. « Dans tous les milieux, il y a vraiment une demande. Je n’ai pas qu’une clientèle élitiste », précise Marie de Tilly. Après avoir dicté la bonne conduite aux plus aisés, elle participera cette année à un projet intitulé « l’école du comportement » qui propose d’offrir des cours d’étiquette du travail à des jeunes de banlieue qui se destinent à l’hôtellerie ou encore à la restauration. « C’est un projet qui me tient particulièrement à cœur. Je pense qu’ils en ont vraiment besoin. Mais quand je dis ça, je pense  que les gens du XVIe arrondissement en ont autant besoin. En revanche, cette nouvelle clientèle me plaît parce que j’ai l’impression d’avoir un rôle prépondérant », se réjouit-elle.

Bien plus qu’une question de briller en société, le savoir-vivre est recherché et estimé dans le milieu professionnel puisque, explique-t-elle, de plus en plus d’entreprises prestigieuses mais aussi des femmes ou d’hommes d’affaires promus font appel aux écoles dites de bonnes manières. « Il y a quelques semaines, j’ai eu la compagne d’un monsieur nommé à la tête d’une compagnie d’aviation, conclut Nadine de Rothschild. Paniquée, elle ne savait pas comment s’habiller, quelle conversation tenir, ni comment elle devait se comporter lors du dîner organisé dans un château. C’est toujours au dernier moment que l’on se rend compte qu’on ne sait pas. »

Informations pratiques
Marie de Tilly
Tél. :  011 33 6 61 34 14 76

www.mariedetilly.com

Nadine de Rothschild
Tél. : 00 11 41 22 301 14 30       
fax : 00 11 41 22 301 14 32

www.academienadinederothschild.ch

Elisabeth New
French Affaires
Tél. :(214) 232 5344

www.frenchaffaires.com

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Related