Subscribe

L’expert

Extrait de France-Amérique n°17, du 2 au 22 janvier 2008 

Membre du mois des French Tuesdays Emmanuel Jaegle fait tourner son cabinet d’expert-comptable à un train d’enfer.

Un bourreau de travail, c’est ainsi qu’on pourrait qualifier sans exagérer Emmanuel Jaegle. Sept jours sur sept, 10 à 14 heures par jour, il est sur le pont, au bureau la plupart du temps, et il n’a pas pris de vacances depuis un an. « Jusqu’à l’âge de 28 ans, je n’ai rien fait », s’excuse-t-il presque lorsqu’on l’interroge sur les raisons de cet investissement, omettant au passage les études longues et fastidieuses nécessaires pour devenir expert-comptable. Alors qu’il fête ses dix ans de vie américaine, Emmanuel Jaegle inaugure un troisième bureau à San Francisco, après ceux de New York et de Miami, ouverts simultanément début 2003, et se partage désormais entre ces trois villes, sans compter un bureau à Paris. Dans son cabinet, Jade Associates, qui a pour but de servir la communauté française aux États-Unis, on parle français, ce qui est très important pour la communication : « Lorsqu’on discute de choses aussi essentielles qu’un bilan comptable, la communication est primordiale, il faut bien se comprendre : une méprise peut avoir des conséquences désastreuses. Et, autre avantage sur nos confrères américains, nous soignons beaucoup la finition. » Au fil de l’année, le cabinet voit passer des clients très divers. Durant les trois premiers mois de l’année défilent des particuliers avec des visas spécifiques (J1, F1…) pour lesquels une déclaration d’impôt plus soignée peut rapporter gros ou des clients qui ont des revenus dans différents pays. Le cabinet propose aussi du consulting pour des entreprises françaises assez importantes qui s’implantent aux États-Unis et ne désirent pas, dans un premier temps, avoir une infrastructure trop lourde : elles délèguent dans ce cas la direction financière au cabinet. Pour les plus grosses entreprises, Jade Associates propose un travail de comptabilité mensuelle, la rédaction d’un rapport régulier envoyé à la maison mère, et désormais un service d’audit. « Nous avons aussi un rôle de conseil. Nous intervenons dans des séminaires à destination des investisseurs français, où nous leur expliquons qu’il vaut mieux commencer petit, se cantonner à une ville, adapter ses produits, tester le marché » Il estime que 90% des investisseurs français – gros ou petits – ne tiennent pas 5 ans aux États-Unis. « Par contre, ceux qui réussissent le font de façon brillante. Nous avons quelques success-story parmi nos clients… » Dont un pâtissier, arrivé il y a quinze ans avec un seul CAP, et qui aujourd’hui fournit en viennoiseries des palaces dans tous les États-Unis. Emmanuel Jaegle pourrait d’ailleurs se compter dans ces success-story : Alsacien d’origine, il est arrivé à New York en 1998 pour une année sabbatique. Au bout de trois mois, il avait mangé son capital, et s’est mis à la recherche d’un emploi pour financer son séjour. Embauché comme stagiaire dans un cabinet international, six mois après il remplace son superviseur, démissionnaire, un an après, il remplace son manager, et passe son diplôme de Certified Public Accountant (CPA). Cinq ans après, il part fonder son propre cabinet. Aujourd’hui, il a deux associés, trois bureaux, et une trentaine d’employés aux États-Unis.

 

Un service clé en main

 

Malgré sa position de niche, il a confiance dans le potentiel de son marché. « Nous tablons sur le fait que l’immigration française aux États-Unis est plus que conjoncturelle. Et notre localisation sur la côte Est et la côte Ouest est un atout que la plupart de nos concurrents n’ont pas » Le service phare du cabinet, c’est en effet le « babysitting », qui consiste à épauler les investisseurs français en leur proposant un service clé en main, qui va de l’évaluation du coût de la vie à la recherche d’un bureau, en passant par les services d’un avocat pour obtenir un visa, et bien sûr la comptabilité. Le tout en français. « Nous utilisons notre réseau local, l’avantage pour le client étant de n’avoir qu’un seul interlocuteur. Il peut donc se consacrer pleinement à son projet » Aujourd’hui, le cabinet d’Emmanuel Jaegle épluche les comptes de 600 particuliers et 500 entreprises, dont Roche-Bobois, Jean-Claude Biguine, Lacoste, Paul le Boulanger, Paul & Joe, Alter Eco. L’un de ses premiers clients fut French Tuesdays, dont il a accompagné l’ascension. Mais au fond, quitte à travailler en permanence, quel est l’intérêt d’être expert-comptable ici plutôt qu’en France ? « En France, je n’aurais jamais eu accès en direct à des entreprises aussi prestigieuses. Et nous nous occupons aussi des impôts des artistes français qui gagnent de l’argent aux États-Unis : des vedettes qui font des tournées ici, des sculpteurs, des artistes… » Ce dernier argument semble valoir pour lui toutes les vacances sacrifiées. Dans son vaste bureau, qui évoque plus celui d’un galeriste que celui d’un expert-comptable, des œuvres d’art décorent les murs, jusqu’aux chaises qu’on devine collectors, et il avoue que son seul hobby, c’est l’art. Pour la suite, elle est déjà écrite : Emmanuel Jaegle se voit travailler à ce rythme encore 15 ans : « Pas au-delà, parce que c’est un métier très ardu, avec de grosses responsabilités, il faut se former chaque année pour être à jour des réformes fiscales » D’ici là, il prévoit d’ouvrir un bureau à Los Angeles en 2010, à Chicago en 2013, puis à Boston, à Atlanta, et à Houston. Encore quelques années sans vacances en perspective.

 

Contact : www.jade-associates.com

 

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Related