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L’inédite partition diplomatique d’un couple présidentiel

MÊME JOHN et Jackie Kennedy, leurs modèles, n’y avaient pas pensé ! En propulsant son épouse, Cécilia, en première ligne d’une complexe négociation internationale, Nicolas Sarkozy a pris tous les risques pour obtenir l’extradition des infirmières bulgares. Le succès diplomatique est de taille pour le successeur de Jacques Chirac. Il permet au nouveau président de la République, trois mois à peine après son élection, de s’affirmer sur la scène internationale. Quitte à bousculer les us et coutumes diplomatiques.


 


Ce coup d’éclat assure, dans l’immédiat, une promotion planétaire inespérée au couple Sarkozy. Il conforte l’état de grâce dont bénéficie déjà le président. Ce succès garantit aussi à son épouse une inédite aura internationale. Les images de la première dame de France au milieu des infirmières bulgares sur le tarmac de l’aéroport de Sofia sont passées en boucle, hier. Cécilia Sarkozy, qui se cherchait un rôle, a réussi sa mission au-delà de tous ses espoirs. Jamais une femme de chef de d’État n’avait participé, jusqu’à présent, à une négociation diplomatique de premier plan. Même Hillary Clinton avait été tenue à l’écart des affaires étrangères, son mari ayant préféré lui confier le dossier de l’assurance-santé.


 


Hier, Nicolas Sarkozy s’est montré agacé par les questions sur le rôle de sa femme : « On a résolu un problème. Point. Il n’y a pas à théoriser sur une nouvelle organisation de la diplomatie française, le statut de l’épouse du chef de l’État ou je ne sais quel raisonnement. » Hier soir, le porte-parole de l’Élysée, David Martinon, a déclaré que Cécilia Sarkozy pourrait choisir d’accomplir d’autres missions au nom de son mari, « au cas par cas ». « Elle a eu le sentiment d’être utile », a-t-il ajouté.


 


Provoquer la chance


 


Cécilia est rentrée discrètement à Paris préférant laisser parler les infirmières à sa place. « Je remercie la France, le président Sarkozy et sa femme », a expliqué en larmes Valia, une des ex-détenues. Pour réussir ce coup de maître, Sarkozy n’a en tout cas pas hésité à inaugurer une nouvelle diplomatie, à la fois personnelle et conjugale. Une « méthode Sarko », bien connue sur la scène nationale, mêlant culot, discrétion, pragmatisme et, enfin, une bonne dose de communication. Avec une règle intangible répétée encore, hier matin, à l’Élysée, par le président de la République : « Les Français nous demandent d’obtenir des résultats. »


 


Pour débloquer la négociation avec le colonel Kadhafi, Nicolas Sarkozy a préféré s’appuyer sur sa garde rapprochée (Claude Guéant, fidèle secrétaire général de l’Élysée et son épouse, Cécilia) plutôt que sur le Quai d’Orsay. Une méthode qui a fait grincer des dents au ministère des Affaires étrangères et laissé Bernard Kouchner en dehors de ce joli coup médiatique, contraignant également le premier ministre à annuler in extremis une déclaration devant la presse. Une méthode qui est aussi la marque de fabrique de Nicolas Sarkozy. Cet homme de coups a déjà épaté les Français dans le passé. On se souvient de l’arrestation le 4 juillet 2003 d’Yvan Colonna, l’assassin présumé du préfet Érignac, au terme d’une traque conduite en grand secret par les hommes du ministre de l’Intérieur. Avant cela, le 13 mai 1993, Sarkozy avait fait preuve de courage et su en convaincre les Français lors de la prise d’otages dans une école maternelle à Neuilly.


 


« La baraka fait partie de la bonne gouvernance », a coutume de dire Sarkozy. Une fois encore, il a su provoquer la chance. Mais la méthode a parfois des ratés. Ce fut le cas lorsqu’il a tenté en vain de faire libérer Ingrid Betancourt, toujours détenue par les Farc en Colombie.

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