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Lycées Français, une facture salée pour la rentrée

La suppression en plein mois de juillet de la prise en charge des frais de scolarité dans les Lycées Français a provoqué la colère de nombreux parents d’élèves aux Etats-Unis. La rentrée s’annonce difficile et tendue pour les familles, les établissements scolaires et le gouvernement.

“Honteux, malhonnête, inadmissible, irrespectueux”. Les adjectifs ne manquent pas lorsque les parents d’élèves évoquent l’arrêt brutal de la prise en charge (PEC) des frais de scolarité pour les étudiants de seconde, première et terminale des Lycées Français des États-Unis. Ce n’est pas tant la suppression de la mesure, mise en place par Nicolas Sarkozy en 2007, qui pose problème. François Hollande et Corinne Narassiguin, députée des Français d’Amérique du Nord, avaient annoncé depuis longtemps leur volonté de mettre fin à la PEC afin de faire des économies et de développer le système de bourses. Mais l’annonce, en plein mois de juillet et à quelques semaines de la rentrée de la suppression de cette aide aux expatriés, a suscité l’incompréhension des parents d’élèves.

“J’avais envoyé en avril un courriel à Corinne Narassiguin à ce sujet pour savoir si je devais inscrire mon enfant dans une école américaine. Une personne de son équipe m’avait alors assuré que la réforme ne serait pas appliquée pour la rentrée 2012. J’avais transmis cette information à d’autres familles qui hésitaient aussi”, se souvient Dominique Rinaldi, mère d’un enfant actuellement en terminale au Lycée La Pérouse de San Francisco. Autre problème, la réévaluation du barème des bourses qui devait aller de pair avec la fin de la gratuité ne sera effective qu’à la rentrée 2013. À moins que Corinne Narassiguin n’arrive à convaincre le gouvernement de la nécessité d’une légère revalorisation des bourses dès cette rentrée. La députée avait, dans un premier temps, défendu la fin de la PEC pour 2013 et non 2012 afin de laisser le temps aux parents d’élèves de prendre les dispositions nécessaires. Mais elle a été prise de court par une Assemblée nationale bien décidée à mettre fin à ce qui était vu comme un cadeau à une population déjà aisée.

Des répercussions encore méconnues

Damien Regnard, élu UMP à l’Assemblée des Français de l’étranger (AFE), a lancé le 13 juillet une pétition sommant la majorité de repousser la suppression de la PEC à 2013. “On demande juste au gouvernement un peu de respect envers les Français de l’étranger. De nombreux Français vont devoir puiser dans leur pension de retraite. Avec le système actuel, les bourses ne garantissent pas une meilleure justice sociale, comme le prétend le PS. Certains parents vont se retrouver dans de grandes difficultés financières dès la rentrée scolaire, tout ça parce que les sénateurs et les députés de l’étranger n’ont pas su se faire entendre et informer le gouvernement sur la situation réelle de la majorité des expatriés français”.

Dans un courrier envoyé le 19 juillet dernier par l’ambassade de France aux Etats-Unis aux élus AFE, on peut notamment lire “qu’il a été demandé aux postes consulaires d’identifier dans les meilleurs délais [les familles] pour lesquelles la suppression de la PEC serait à l’origine de difficultés financières”. Des mesures exceptionnelles seront alors mises en place pour ces parents, assure Hélène Conway-Mouret, ministre déléguée chargée des Français de l’étranger : “Les consulats ont reçu instruction de contacter toutes les familles pour lesquelles la PEC peut être remplacée par une bourse sur critères sociaux. Mais il n’est pas envisageable de modifier les critères d’attribution alors que les décisions de la commission nationale des bourses viennent à peine d’être prises”. Des mesures qui seront financées grâce au budget résiduel de la PEC, une grande partie de l’argent ayant déjà été utilisée de janvier à juin 2012.

Des parents dans l’impasse

Changer son enfant d’établissement à un an de la fin du lycée, Domnique Rinaldi y a songé. “Dès mi-juillet, lorsque j’ai appris la nouvelle, je me suis renseignée auprès des lycées français publics et privés de Rueil-Malmaison, en banlieue parisienne, où j’ai de la famille. Aucun n’avait de place. Comme mon enfant veut aller à l’université en France, je ne me voyais pas le mettre dans une école américaine”. Comme Dominique Rinaldi, de nombreux parents se retrouvent sans autre choix que de laisser leurs enfants au Lycée Français. D’abord parce que le contrat pour l’année scolaire 2012-2013 a été signé au printemps entre les familles et les établissements, et qu’il est irrévocable.

A San Francisco, une quarantaine de parents d’élèves se sont ainsi alliés afin de demander au Lycée La Pérouse de laisser partir les parents qui n’auraient pas les moyens de payer les 23 300 dollars requis. Plusieurs familles ont en effet décidé d’envoyer leur enfant en pensionnat en France. D’autres ont préféré retirer leurs enfants des Lycées Français pour les mettre dans une école publique qui a bien voulu les accepter à quelques jours de la rentrée. Le proviseur du Lycée Français de New York assurait qu’à mi-août, deux familles avaient décidé de désinscrire leur enfant. L’établissement ne s’y est pas opposé. Afin de ne pas perdre plus d’élèves, “le Lycée Français a mis en place un étalement sur six mois du paiement des frais de scolarité pour les familles mises dans l’urgence suite à la suppression de la PEC” affirme Sean Lynch, proviseur du Lycée Français de New York.

Lutter contre les effets pervers de la PEC

À Houston, la famille Dekiouk, comme beaucoup d’autres, a fait une demande de bourse pour leur enfant qui entre en seconde au Lycée Français Awny. “Peut-être que si l’on avait su à l’avance que ça ne serait pas gratuit, on ne l’aurait pas inscrit ici. On a un temps envisagé de payer en trois fois, mais on doit alors payer des intérêts à hauteur de 7%”. Là où il y a cinq ans certaines familles pouvaient espérer une aide de l’entreprise, cette option a quasiment disparu. Un désengagement souvent cité parmi les effets pervers de la PEC. “On oublie de dire que grâce à la PEC, de nombreuses sociétés pouvaient envoyer leurs cadres français aux Etats-Unis sans se soucier des frais de scolarité. Cette mesure était aussi un coup de pouce aux entreprises”, nuance l’élu UMP Damien Regnard.

Pour faire face à ce problème, le gouvernement a lancé un appel aux entreprises qui payaient encore la scolarité des enfants de leurs employés en 2007 à reconsidérer cette possibilité. Les grandes banques sont notamment visées. Autre effet pervers selon le Parti socialiste: l’augmentation des frais de scolarité dans certains établissements depuis l’introduction de la PEC. Clara-Lisa Kabbaz, proviseure du Lycée Français de Los Angeles confirme l’abus de certains établissements. “Nous avons augmenté nos prix de 4% par an, comme cela se fait partout aux Etats-Unis. Mais beaucoup d’écoles ont augmenté leurs tarifs de manière dramatique pour se servir de la PEC”. C’est aussi ce que pense Rosaura Valle, dont la fille a été admise en terminale au Lycée La Pérouse à la rentrée. “Les prix ont augmenté d’au moins 25% depuis le lancement de la PEC !” Selon Damien Regnard, élu UMP d’Amérique du Nord, la hausse des prix peut aussi s’expliquer par les grands projets d’investissements immobiliers qu’ont lancé de nombreux Lycées Français, sûrs d’avoir un nombre conséquent d’élèves grâce à la PEC, et donc des revenus importants.

Avec un coût qui était passé de 17 à 31 millions en quatre ans, la PEC, qui concernait seulement 7 800 élèves, avait de nombreux adversaires et sa suppression était de plus en plus acceptée. “Ce n’est pas une mauvaise chose de vouloir mettre fin à cette réforme” confirme Clara-Lisa Kabbaz, la présidente américaine du Lycée Français de Los Angeles. “La PEC était un énorme cadeau. Le gouvernement français s’est montré très généreux. Aucun autre pays ne fait ça. C’était un rêve formidable que la France ne pouvait pas soutenir en ces temps de crise. Que l’argent soit désormais destiné aux familles les plus nécessiteuses, c’est normal. Mais il y avait sans doute une manière de le faire. On ne parle pas ici de business mais bien d’école”.

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