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Lydie Salvayre, lauréate surprise du Goncourt

Lydie Salvayre a été sacrée mercredi par le Goncourt, le plus convoité des prix littéraires français, pour “Pas pleurer”, roman sur la guerre d’Espagne, devançant les deux grands favoris, l’Algérien Kamel Daoud et le Français David Foenkinos.

Privé de Goncourt, David Foenkinos, 40 ans, a été récompensé par l’autre prix très convoité, le Renaudot, décerné dans la foulée et qui évoque une autre guerre. “Pas pleurer” (Seuil) a été choisi par les jurés au 5e tour, par 6 voix contre 4 au roman de Kamel Daoud, “Meursault contre-enquête”. Avec ce prix, Le Seuil réussit un beau doublé après le Médicis mardi à Antoine Volodine.

Daoud, qui aurait été le premier Algérien à décrocher le Goncourt, avait semblé anticiper le résultat en postant mercredi matin un message sur sa page Facebook: “J’aurais voulu offrir de la joie aux miens, aux gens, aux lecteurs. Tous. Rentrer au pays avec une belle image de soi”, avait-il écrit. “Je suis très heureuse, je suis très émue”, a commenté Lydie Salvayre, les larmes aux yeux, en se faufilant dans la cohue des journalistes qui se pressaient chez Drouant.

Le roman de cette auteure française est hanté par la figure de Georges Bernanos et la voix de sa propre mère qui lui raconte au soir de sa vie l’insurrection libertaire de 1936 en Espagne. Montse, qui ne se souvient plus de rien si ce n’est de ces jours radieux de l’été 36, raconte à sa fille dans un savoureux mélange de français et d’espagnol la misère d’une enfance catalane et comment les idées nouvelles ont agité l’Espagne rurale de cette époque.

Le Premier ministre Manuel Valls, originaire de Catalogne, a aussitôt salué sur Twitter la lauréate. “Avec cette vivacité du style, Lydie Salvayre a dit l’Histoire, la sienne et celle de tant d’autres. Bravo!” “Nous avons d’abord couronné un roman d’une grande qualité littéraire, un livre à l’écriture très originale, même si je regrette qu’il y ait parfois trop d’espagnol”, a souligné Bernard Pivot, président de l’Académie Goncourt. Lydie Salvayre est née en 1948 de parents républicains espagnols exilés dans le sud de la France pour fuir le franquisme. Son père est andalou et sa mère catalane. Elle a passé son enfance près de Toulouse et appris le français seulement à l’école primaire.

Après des études de lettres puis de médecine et avoir exercé comme psychiatre, Lydie Salvayre publie son premier roman, “La Déclaration”, en 1990, puis viendront notamment “La médaille”, en 1993, “La Compagnie des spectres”, en 1997, élu meilleur livre de l’année par le magazine Lire et prix Novembre (aujourd’hui prix Décembre), “BW”, en 2008, ou “Sept femmes”, en 2013. Son oeuvre est traduite dans une vingtaine de langues.

Cri d’amour

David Foenkinos a raflé le Renaudot pour “Charlotte”, cri d’amour pour Charlotte Salomon, jeune artiste juive allemande assassinée à Auschwitz à 26 ans. L’écrivain fait revivre avec passion le destin tragique de cette jeune femme dans ce livre édité chez Gallimard. “Charlotte” a été élu en septembre “Livre préféré des libraires” et s’est déjà écoulé à 180 000 exemplaires. Il est réimprimé à 100 000 et 30 000 autres livres sont prêts à être imprimés en 24h, précise Gallimard, déjà éditeur du Nobel Patrick Modiano. L’écrivain n’a pas choisi la facilité avec ce roman sous forme d’un long poème de 220 pages en vers libres.

L’auteur au visage juvénile orné d’une barbichette noire est connu pour ses romans populaires dont le best-seller “La Délicatesse”, porté avec succès à l’écran. “C’est absolument magique. Charlotte Salomon va être découverte par beaucoup de gens avec ce prix prestigieux qui va donner un éclairage formidable, c’est donc aussi un prix pour elle et pour sa mémoire, je suis très heureux car je pensais que ce livre ne se ferait jamais”, a-t-il déclaré. La ministre de la Culture Fleur Pellerin s’est réjouie à propos de Lydie Salvayre “de voir ainsi mis à l’honneur l’histoire de nos deux pays et le dialogue fructueux de nos langues” et a salué “une voix chère au coeur des Français” pour David Foenkinos.

Célèbre dans le monde entier, le Goncourt reste la consécration suprême pour un auteur mais aussi un jackpot, avec en moyenne 400 000 ventes à la clé pour le roman primé et des traductions en hausse. Ainsi, le Goncourt 2013, “Au revoir là-haut”, de Pierre Lemaitre, tiré initialement à 30 000 exemplaires, s’est écoulé à ce jour à 620 000 (Canada compris), après 21 réimpressions. Il est traduit en 30 langues. La dernière femme lauréate du Goncourt a été Marie NDiaye, en 2009. Le Renaudot 2013 avait été attribué à Yann Moix.

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