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Mais oui, l’Europe progresse

EDITO. L’accueil des médias aux élections européennes aura été, dans l’ensemble, morose et désabusé. Une morosité qui nous paraît superficielle, parce qu’étrangère au long cours de l’histoire. Rappelons qu’il y a trente-cinq ans, le Parlement européen n’était pas élu au suffrage universel, et n’était qu’une simple chambre d’enregistrement dénuée de légitimité et d’influence.

Cette influence n’est pas, pas encore  celle du Sénat d’une Confédération européenne – ce qui est son destin à terme – mais le seul fait d’être élu lui confère une puissance symbolique considérable. Que près de quatre cents millions de citoyens furent appelés à participer à cette élection, fait de l’Union européenne, aux côtés des Etats-Unis et de l’Inde, l’une des plus grandes démocraties au monde. Démocratie inachevée puisque nombreux restent les peuples qui souhaitent la rejoindre. Mais démocratie authentique où chacun put s’exprimer équitablement et dont aucun parti ne fut exclu, y compris les plus hostiles au principe même de cette Union européenne. Ces partis archéo nationalistes, claquemurés dans leur refus, n’ont pas pour autant boycotté le scrutin : même les anti européens siégeront sur les bancs du Parlement de Strasbourg et se plieront aux règles de cette Assemblée. Une démocratie ne vaut que par le respect de règles et le droit des minorités : la présence de ces partis anti européens paradoxalement conforte plus qu’elle ne nie cette légitimité du Parlement. Ou alors, ils n’auraient pas dû y aller du tout.

Autre source de satisfaction au terme de cette élection : le taux de participation. Abstentions massives promises par les médias et les instituts de sondage ? 43% de participation à l’échelle d’un continent est un succès significatif pour un parlement dont on connaît mal les responsabilités précises. Les électeurs ont deviné à juste titre, qu’avec les autres institutions communautaires, ici se dessine notre destin continental.

Il est certain que ce destin ne sera pas socialiste : les partis dits conservateurs que je qualifierai plutôt de rationnels, ceux-là même qui avaient fondé l’Union européenne (ce fut à l’origine un projet démocrate-chrétien), seront majoritaires dans la nouvelle assemblée. Cette majorité confortera la liberté des échanges, la vitalité de l’euro, l’accueil aux démocraties voisines, l’esprit d’entreprise comme moteur de la croissance. On n’entendra de moins en moins les lubies des Verts devenus marginaux et des archéo marxistes, en voie de volatisation. La Gauche, dans ce Parlement, est ralliée à ce que l’on nomme la social-démocratie : elle veillera, car tel est son rôle nécessaire, à introduire de l’équité dans le marché quand, laissé à lui-même, il tend à devenir amoral.

Venons-en à ce qui mobilise les commentaires, non parce que c’est important, mais parce que c’est excitant : la montée en puissance de partis nationalistes, voire xénophobes. Chacun d’entre eux s’inscrit dans des circonstances locales et exige des explications tout aussi locales. On ne saurait pas nier, par exemple, que l’immigration incontrôlée perturbe des populations déjà fragilisées par une économie anémique. Mais au lieu de proférer des excommunications, ne serait-il pas temps que l’Union européenne adopte une politique commune de l’immigration puisque, par aberration, les politiques d’immigration restent nationales tandis que les frontières sont poreuses ? Daniel Cohn-Bendit, qui fut la grande figure libertaire du Parlement européen, ne cessait de réclamer l’adoption par l’Union européenne de l’ancien modèle suisse (récemment restauré par référendum populaire) du système des quotas qui liait l’immigration aux besoins du marché du travail. Il avait raison.

Une percée du Parti nationaliste  anglais ? L’excentricité, le snobisme et le refus d’être confondus avec des Continentaux n’ont jamais cessé d’être une composante de la participation britannique à l’Union.

Il reste à s’interroger sur le cas singulier du Front national, premier parti de France, par le nombre de ses électeurs dans un scrutin sans trop de conséquences pratiques : ce vote protestataire sanctionne la classe politique la plus incompétente et la plus arrogante en Europe, à droite comme à gauche, incapable depuis trente ans ni d’équilibrer le budget de l’État, ni de cantonner le chômage en-dessous de 10%. Comme cette aristocratie d’Etat, atteinte de crétinisme économique, est incapable d’analyser sa propre incompétence, le Front national y substitue ses solutions fantastiques, théories du complot et autres fantasmes. La jeunesse au chômage s’y rallie, puisque nul autre ne s’intéresse à elle.

Au total, et en déni de tous les Cassandre rendus si bavards par la crise financière de 2008, l’Europe sort de cette élection, consolidée par ses électeurs, et l’Euro légitimé par ses utilisateurs. Nul ne lui propose de substitut régressif vers un Etat dont on affiche haut les couleurs, mais tout en redoutant son retour. Chaque jour, de Riga à Séville, de Tallin à Palerme, nous devenons d’authentiques citoyens européens, ce qui à aucun moment ne nous prive de notre culture locale ou nationale. L’Europe est notre histoire en marche : elle est notre destin, notre espoir, notre viatique contre le déclin. Il reste à l’expliquer, mieux : cette grande Histoire n’est pas encore une belle histoire, parce que l’Europe manque de conteurs à son échelle, plus que d’économistes ou de diplomates. Formulons un vœu pour conclure : que le futur Parlement européen soit élu sur la base de listes européennes et non pas par  un assemblage de partis nationaux. Ainsi l’Europe ne sera plus la projection de nos règlements de comptes nationaux, mais le miroir d’une ambition commune.

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