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Mariages blancs pour carte verte : malgré les risques, une recette qui fonctionne

Ils sont Français, expatriés et veulent se donner les moyens d’accéder au rêve américain. Leur sésame : la “green card”, qui leur permettrait de travailler et de vivre légalement aux Etats-Unis sans limite de temps. Pour l’obtenir, le mariage blanc (ou “sham marriage”) est une étape que beaucoup sont prêts à franchir, souvent à l’aide d’un avocat.

Julien, dont nous avons modifié le prénom, est arrivé à New York en 2006 avec un ami et un sac à dos. Un business, un mariage blanc et sept années plus tard, le jeune homme est l’heureux détenteur de la carte verte et ne compte pas quitter les Etats-Unis de sitôt.

“J’ai demandé à ma femme de m’épouser avant même de connaître son prénom”

“Lorsque mon visa étudiant a expiré, nous explique-t-il, je suis resté à New York pendant deux ans, dans la plus parfaite illégalité. Et puis autour de moi, des amis ont commencé à se marier pour avoir la carte verte. Ça m’a donné le courage de franchir le pas. Ce n’est pas facile de dénicher la bonne personne, il faut qu’elle soit assez folle pour accepter, mais pas trop, pour ne pas tout gâcher. Quand je l’ai trouvée, j’ai demandé à ma femme de m’épouser avant même de connaître son prénom.”

Pour les vrais couples comme pour les mariages blancs, la procédure d’officialisation de l’union auprès des services américains d’immigration (USCIS) est longue et laborieuse.

Il faut commencer par constituer un dossier solide regroupant les documents relatifs au mariage en question et aux éventuels divorces précédents. L’époux ou l’épouse américain(e) doit également prouver qu’il est bien en mesure de supporter financièrement son compagnon étranger. Les critères : avoir payé ses taxes durant les trois dernières années et posséder un logement à son nom.

C’est à ce moment que le couple peut demander le précieux ajustement de statut, qui permettra au concubin de vivre légalement sur le territoire américain. Mais déjà, les délais s’allongent et deviennent difficiles à gérer : ce document est délivré environ quatre-vingt jours après l’enregistrement de la demande.

Un “background check” très poussé

La récupération des empreintes digitales du conjoint est un passage obligé. Elles sont soumises à un “background check” très poussé de la part de l’UCSIS. Avant que Barack Obama n’interdise ce dispositif en 2009, le candidat devait également subir une batterie de tests médicaux et prouver qu’il n’était pas atteint du VIH, entre autres.

Enfin, six à douze mois après l’envoi de la demande, le couple est convoqué par le bureau local des services d’immigration, pour la fameuse et très redoutée étape de l’interview. Les nouveaux époux doivent alors répondre à une série de questions relevant de leur intimité (de quel côté du lit dormez-vous ? Quelle est la couleur des rideaux de la chambre ?…) et adopter un comportement qui ne laisse aucun doute sur la crédibilité de leur couple : c’est le “body language”, l’interaction du couple qui est ici observée.

Carte verte par courrier

Après cet entretien, si le dossier est validé, la Green Card est envoyée dans les deux-trois semaines par courrier. Vous pensez que c’est fini ? Loin de là ! Si le mariage date de moins de deux ans, la carte ainsi délivrée n’est pas considérée comme permanente.

Il faut alors faire une nouvelle demande pour convertir cette carte en une carte de dix ans, et prouver, là encore, la légitimité du mariage. La procédure se complique davantage si le couple a divorcé durant ces deux premières années.

Dans la jungle de ces démarches administratives, comme la plupart des étrangers qui se lancent dans la procédure d’un faux mariage, notre jeune entrepreneur français a choisi de recourir aux services d’un avocat spécialisé dans l’immigration.

Résister aux tactiques d’intimidation des services d’immigration

Ophélie Jaschke est avocate au barreau de New-York depuis 2008, après un passage en Floride et en Europe. Elle pratique le droit de l’immigration et reconnaît qu’elle traite un solide quota de mariages franco-américains dans l’année : ils représentent environ 30% de sa clientèle.

“Le type de client est assez récurrent, confirme-t-elle, il s’agit de jeunes Français vivant aux Etats-Unis depuis un certain moment, ayant rencontré leur petit(e) ami(e) sur place ou souvent sur match.com, et souhaitant se marier.” Son rôle est de s’assurer que les couples arrivent avec un dossier complet devant les agents de l’USCIS et surtout qu’ils soient bien préparés pour l’épreuve cruciale de l’interview.

Elle ajoute : “Suivant les cas, mes clients me demandent de les accompagner. J’ai un certain nombre de clients nerveux par nature et il est en effet mieux que je vienne car les officiers de l’USCIS utilisent toujours des tactiques d’intimidation. Par exemple, ils commencent par être très désagréables, puis quand ils voient que le dossier est bon, ils sympathisent avec vous.”

Pour ce type de dossiers, je suis très vigilante

Concernant les mariages blancs, Ophélie Jaschke assure n’en compter aucun parmi ses clients : “Pour ce type de dossiers, je suis très vigilante. En effet, ma réputation ne me permet pas de représenter des mariages frauduleux. Pour les couples qui me sont référés par d’autres clients, je n’ai pas de problèmes. Pour ceux qui me contactent par Internet, je leur fais passer un entretien téléphonique où ils doivent me raconter, entre autres, les circonstances de leur rencontre.”

Suite à cet entretien, l’avocate étudie attentivement les documents requis pour prouver la légitimité du mariage, comme les photos du mariage et de scènes de la vie privée, les preuves de domicile commun et de ressources financières. Par ailleurs, elle dit utiliser les mêmes critères que les officiers de USCIS pour détecter les cas frauduleux. Elle s’attarde sur la différence d’âge entre les époux, le nombre de mariage et de divorce de chacun d’entre eux, et le nombre de demandes de cartes vertes présentées pour d’autres conjoints.

L’avocate n’émet donc aucun doute quant à la bonne foi des mariages qu’elle présente aux inspecteurs de l’immigration. De son côté, Julien parle d’expérience lorsqu’il revendique qu’un faux mariage est très difficile à détecter. Sans jamais en toucher un mot à son avocat, il a d’ailleurs opté pour le même défenseur que ses amis, tous engagés dans un mariage blanc.

Retrouvez la suite de l’article dans le numéro de septembre de France-Amérique.

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