Entretien

Melissa Clark : « C’est en France que j’ai appris à cuisiner »

Au moment où le confinement a été décrété à New York, Melissa Clark fêtait la publication de son dernier livre de recettes, Dinner in French. La journaliste culinaire du New York Times, auteure de 43 livres de cuisine (dont un écrit à quatre mains avec le chef Daniel Boulud) partage sa passion pour la cuisine française au travers de démonstrations en ligne, de vidéos live sur Instagram et de recettes simples adaptées aux francophiles confinés qui ont un accès limité aux ingrédients.
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© Stephanie Stanley

France-Amérique : Comment la pandémie de Covid-19 a-t-elle affecté votre activité ?

Melissa Clark : La tournée de promotion de mon livre a été annulée. C’est décevant ; j’avais hâte de sillonner le pays et de rencontrer des gens. Par chance, il me reste les démonstrations de cuisine en ligne ! J’en ferai une en collaboration avec la French-American Foundation le 14 mai prochain. Le printemps sera déjà bien avancé, j’espère trouver des asperges et faire une tarte aux asperges, au fromage de chèvre et à l’estragon. J’ai animé une démonstration récemment où j’ai cuisiné de la pâte d’amande à la rose, donc c’est une autre option. Mais trouver les ingrédients dont j’ai besoin est plus en plus difficile.

Quels sont vos ingrédients essentiels ?

J’achète habituellement mes ingrédients en gros. J’ai beaucoup de pâtes et de conserves de tomates, j’ai des anchois, des sardines, beaucoup d’oignions, d’échalotes et d’ail, et des citrons, qui se gardent longtemps. Mais je suis toujours à court de beurre, de fruits rouges, de fruits frais et de légumes. C’est ce qui me pousse à aller au supermarché ! J’essaye aussi de faire mes courses en ligne, mais les services de livraison sont pris d’assaut et les places sont rares…

Votre dernier livre de recettes, Dinner in French, est dédié à vos parents « pour avoir fait de la France une part si importante de [votre] vie ».

Mes parents sont tombés amoureux de la France avant ma naissance. Ils étaient psychiatres et il était courant pour les psychiatres de prendre un mois de vacances en août. Avant Airbnb et internet, mes parents échangeaient leur maison avec des gens en France. Un gros catalogue était publié en janvier et tous ceux qui souhaitaient participer y inscrivaient leur maison. Mes parents parcouraient le catalogue et cherchaient des maisons en France, en Provence surtout. On écrivait des lettres, on les envoyait et des semaines après, on recevait les réponses et on arrangeait un échange. C’était un excellent moyen pour voyager et voir du pays.

En quoi ces séjours en France vous ont-ils influencé ?

C’est en France que j’ai appris à cuisiner. A Brooklyn, où j’ai grandi, mes parents n’avaient pas beaucoup de temps pour cuisiner. Mais en vacances, on faisait ce que tout le monde fait en France : on allait au marché et on cuisinait tous ensemble. Mes parents ont appris à cuisiner avec Julia Child – ils suivaient ses émissions à la télévision et cuisinaient les recettes de ses livres ! – et j’ai grandi en achetant des produits locaux et de saison avant que ça ne devienne la mode aux Etats-Unis. J’ai le souvenir du fromage blanc avec du sucre et des framboises. J’adorais la texture du sucre et le goût du fromage, frais et acide. C’était si simple.

Petits gâteaux au comté, salade de betteraves rôties, tagine de poulet aux oranges sanguines… Les recettes de votre livre correspondent davantage à ce que les Français mangent à la maison qu’à ce qu’ils commandent dans un restaurant gastronomique. Comment avez-vous fait votre choix ?

Comme je dis toujours, les Français eux aussi doivent préparer le dîner tous les soirs ! On veut tous un repas délicieux, mais on le veut le plus rapidement possible. J’essaye de simplifier la cuisine française. Pour vous donner un exemple, une Française m’a appris à concevoir une ratatouille à l’aide d’une plaque de cuisson. Elle n’aimait pas rester devant la cuisinière et utilisait le four pour gagner du temps. Elle a pris un plat français traditionnel et l’a simplifié. J’ai repris son idée et j’ai ajouté un poulet en plus des légumes ! J’ai voulu rendre ce plat encore plus simple et en faire un repas complet. Cette recette résume ce que j’ai essayé de faire avec ce livre : je prends les saveurs et les traditions françaises, les simplifie et ajoute un soupçon de Brooklyn.

Quel conseil donneriez-vous à nos lecteurs qui essayent de renouveler ce qu’ils mangent en ce moment ?

S’il y a un plat que vous avez toujours voulu réaliser, c’est le moment ! Vous ne cuisinez pas pour des invités, c’est juste vous et votre famille. Mais le plus dur en ce moment est de trouver les ingrédients. Ne soyez pas obsédés par ce que vous ne pouvez pas trouver et réjouissez-vous de ce qui est accessible. Essayez de vous adapter. Il y a toujours quelque chose que vous pouvez cuisiner. Si vous avez quelques ingrédients et internet, vous trouverez quoi faire !

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Dinner in French de Melissa Clark, Clarkson Potter, 2020. 336 pages, 37,50 dollars.

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Le meilleur de la culture française

Publiée dans un format bilingue, en français et en anglais, la revue France-Amérique s’adresse à tous ceux qui s’intéressent à la culture française et à l’amitié franco-américaine.

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