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Michel Gondry : “Boris Vian a déclenché un processus créatif en moi”

Le réalisateur français Michel Gondry, qui a effectué la plupart de sa carrière aux Etats-Unis en débutant dans la réalisation de clips musicaux, présente le 18 juillet sur les écrans américains son adaptation du classique de Boris Vian, L’Ecume des jours (Mood Indigo), avec Audrey Tautou, Romain Duris et Omar Sy au casting. Le film raconte l’histoire d’amour tragique de Colin (Duris) et Chloé (Tautou), dans un Paris des années 70 réinventé où les objets semblent avoir des âmes et où la vie intellectuelle est dominée par la figure de Jean-Sol Partre (Philippe Torreton). L’euphorie romantique du couple est stoppée lorsque Chloé tombe malade, un nénuphar commence à pousser dans son poumon. Rencontre avec le cinéaste hyperactif et bricoleur d’images.

France-Amérique : C’est le director’s cut du film qui sort aux Etats-Unis. En quoi cette version est-elle différente de la version française ?

Michel Gondry : C’était une demande du distributeur mais je leur aurais fait la proposition moi-même de toute manière. Pour la sortie à l’étranger, on a raccourci un peu le film, on a donné plus de rythme et on s’est concentré sur les personnages principaux, comme Chloé. Cette version est moins appuyée sur la tristesse. Parfois je préfère cette version à la française, ça dépend de mes humeurs.  On a eu plusieurs mois pour travailler le montage, ce qui pousse à enlever des choses qui paraissent moins utiles que d’autres.

C’est votre première fiction entièrement en français. D’où vient cette envie de « retourner aux sources » ?

On m’a proposé d’adapter Boris Vian. C’est “La source” pour moi, une forme d’inspiration qui a déclenché tout un processus créatif en moi, à un âge où je pensais devenir un professionnel dans les métiers de l’art. Ça paraissait naturel de travailler sur une des histoires de Vian pour faire un retour en français, puisqu’il est un de nos auteurs très appréciés.

Boris Vian est peu connu aux Etats-Unis, mais il est très marqué par la pop culture, la science-fiction et bien entendu le jazz. Etait-ce important pour vous que ce film sorte en Amérique ?

C’était le rêve de Boris Vian de venir aux Etats-Unis, mais un problème cardiaque l’a empêché de prendre l’avion. C’est donc important que le film soit vu aux Etats-Unis. Son livre est le reflet d’une culture française d’après guerre qui est très influencée par les Américains. Il aimait beaucoup aussi les dessins animés, on trouve des références au cinéma américain dans ses œuvres, au jazz. C’était un grand fan de Duke Ellington.

Comment s’est déroulé le casting des acteurs, dont certains sont connus aux Etats-Unis ?

Quand on monte un film, on cherche évidemment les différents moyens de le financer. Le casting en est un. Mais j’ai quand même choisi les acteurs que je préférais. J’adore Audrey Tautou. Il se trouve qu’elle est connue à l’étranger, c’est encore mieux. J’avais besoin d’acteurs solides parce que l’univers est assez complexe, touffu. Les acteurs devaient traduire une histoire sans se laisser distraire par tous ces éléments visuels.

Le film utilise très peu d’effets spéciaux par ordinateur.

Il n’y a quasiment pas d’animations numériques. Nous avions un studio avec plusieurs plateaux, un où on construisait les objets et où on les animait, un autre pour les décors. C’était passionnant, comme les membres d’une petite entreprise qui travaillait ensemble. Je dormais au studio et tous les matins je me levais vers 5h et j’allais faire le tour de chaque atelier pour donner mes indications. C’était très excitant de voir les choses se fabriquer et évoluer comme je les imaginais.

Quelles ont été les techniques d’animation utilisées sur ce film ?

Boris Vian était un fan de dessins animés. J’aime beaucoup ces anciens courts métrages des années 30 avec Mickey, les Silly Symphonies où tout à l’air d’être en caoutchouc. J’ai pensé aux jambes de Mickey pour animer la danse du “biglemoi”. Dans une autre scène, le patineur qui s’étire à l’infini fait un peu penser aux massacres, aux catastrophes à la Tex Avery.

Pourquoi avoir choisi d’apparaître dans le rôle du docteur ?

C’est une expérience unique. J’avais demandé à des acteurs que j’aimais beaucoup de tenir le rôle, mais ils n’étaient pas disponibles. Au bout d’une moment, quelqu’un de la production m’a proposé de le faire. Je ne me sens pas du tout acteur. Si je connais trop la souffrance des acteurs, j’ai peur de ne plus pouvoir leur infliger ce que je dois leur infliger pour qu’ils soient au mieux d’eux-mêmes. Comme réalisateur, ma relation avec les acteurs est un peu comparable avec la position du docteur. Ils se tournent vers moi pour savoir ce que je pense de leur travail. Audrey Tautou et Romain Duris avaient du mal à se retenir de rire lorsqu’il me voyait en docteur.

Où en est votre projet d’adaptation du roman Ubik de Philip K. Dick ?

En pause pour le moment, on verra où cela ira. Ce n’est pas un livre facile à adapter. C’est très atmosphérique. C’est un roman auquel les gens sont attachés. En faire quelque chose de personnel, ce n’est pas facile à porter. C’est une forme de responsabilité que je ne souhaite pas avoir tout de suite.

Votre prochain film sera-t-il français ?

Oui, ça s’appelle Microbes et gasoil. Le film va inclure une série de mes souvenirs personnels et se déroulera aujourd’hui. C’est l’histoire de deux adolescents de 14 ans, qui vivent dans une banlieue un peu chic, à Versailles. Mais ils sont assez à part du reste de la classe. Leur amitié est très forte, même si leurs familles sont différentes. Ils décident de construire une voiture et de traverser la France. Ce sera aussi un road movie.

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