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Mona Achache : “Nous sommes tous des hérissons”

La réalisatrice du film Le Hérisson était de passage à New York dans le cadre du festival Rendez-vous with French Cinema. Elle présentera également son film avec Josiane Balasko au French Film Festival de Richmond (Virginie) qui aura lieu du 25 au 28 mars prochain. Rencontre en toute simplicité avec Mona Achache qui parle de son coup de foudre pour le livre de Muriel Barbéry.

France-Amérique : Pourquoi avoir choisi d’adapter le livre de Muriel Barbéry, L’Elégance du hérisson, pour votre premier long-métrage ?

Mona Achache : Dès les premières pages, les personnages m’ont séduite. La rencontre improbable entre ces trois individus hors normes, auxquels tout le monde peut s’identifier, mais également l’image du hérisson pour définir le personnage de Madame Michel, la concierge. Je pense que cette image reflète bien la dynamique des relations sociales actuelles dans notre société : tous les individus possèdent des qualités et peuvent être amenés à se défendre ou à se renfermer dans un souci de protection. Nous sommes donc tous des hérissons ! La rencontre entre Madame Michel (la concierge), M. Ozu (le propriétaire japonais) et Paloma (la petite fille) renvoit à cela en mêlant dimension poétique et simplicité. Les relations qui se tissent entre eux se font autour de choses simples, des regards, des échanges plein d’admiration. Ce sont ces petites choses de la vie qui m’ont touchée.

Quelles difficultés avez-vous rencontrées pour adapter cette œuvre à l’écran ?

Le fait que le livre soit une œuvre extrêmement littéraire m’a obligée à trouver d’autres formes d’expression que les mots pour pouvoir raconter cette histoire. Dans le livre, Paloma écrit, Madame Michel est dans une conversation intérieure permanente, il fallait donc que je remplace les mots et les pensées par l’image et le son. Il fallait essayer de retranscrire de la meilleure manière possible les gestes, les regards et les sentiments éprouvés et cela de manière permanente. Mais on ne peut pas adapter parfaitement un livre à l’écran. J’ai remplacé des petites choses, par exemple le journal de bord par la caméra, dans un souci de rendre son action plus concrète , plus imagée. Le poisson rouge n’est pas dans le livre, mais il est présent dans le film. L’adaptation parfaite est impossible. On doit garder l’essence de l’histoire, mais je pense qu’il y a autant d’adaptation possible d’une œuvre que de sensibilités chez l’être humain.

Comment définiriez-vous les trois personnages principaux du film ?

Le personnage de Paloma m’a plu par son côté lucide et cynique. Elle a une vision du monde assez peu commune de la vie pour une petite fille de son âge. La fascination qu’elle porte à tout ce qui a trait à la mort m’a intéressée, parce que je pense que chaque enfant possède une vision de la mort et a parfaitement conscience de la légèreté de la vie. M. Ozu amène un côté conte de fée moderne du film. C’est un homme simple, brillant et d’une simplicité étonnante. Il est touché par la profondeur du personnage de Madame Michel. C’est l’homme parfait ! [Rires.] Madame Michel est une femme seule, qui est dans une sorte de négation de sa féminité mais qui possède une sensibilité intellectuelle incroyable.

Le choix de Josiane Balasko pour incarner le rôle de la concierge était-il une évidence ?

Oui. Je n’aurais pas pu rêver mieux ! Josiane Balasko est une artiste incroyable, simple et humaniste. Elle a parfaitement réussi à se fondre dans le rôle, adoptant exactement les gestes et les actes d’une personne renfermée et bourrue comme l’est Madame Michel. J’ai été très touchée par ce personnage et je voulais qu’il constitue un certain hommage aux femmes que l’on ne remarque pas, celles qui sont en marge et qui sont dévalorisées par la fonction ou par leur place dans la société, comme les concierges par exemple.

Une petite anecdote sur le film ?

On a beaucoup rigolé et fait la fête. Tous les prétextes étaient bons. Malgré le côté un peu sombre du film, l’ambiance lors du tournage a toujours été bon enfant et je suis persuadée que cela a permis à tous de se donner à fond et de réussir ce film. Un soir, en l’honneur de Josiane Balasko, nous avons effectué un concours de Miss Hérisson. Une grande partie de l’équipe s’était déguisée en concierge, en hérisson ou en vieille femme et un jury donnait son avis. Ce fut un des grands moments du tournage : une soirée mémorable !

Quels sont vos projets ?

Dans l’immédiat, je rentre à Paris pour revoir mes enfants ! [Rires.] Je reviens ensuite dans une semaine afin de présenter le film au French Film Festival de Richmond avec Josiane Balasko. Sinon, je reprends actuellement le projet de film sur lequel je travaillais avant de faire Le Hérisson. C’est une histoire liée à la vie de trois femmes. Encore une histoire sur des femmes !  [Rires.] Plus précisément, il s’agira d’une histoire sur les rapports entre une fille, sa mère et sa grande mère, en abordant des thèmes comme la féminité, les hommes, la sexualité.

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