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Moonengineer ou l’ingénieur de la Lune

Ingénieur de la Lune… Voilà un nom de métier qui fait rêver. Mais il n’y a pas que le nom qui compte, il y a aussi le talent de l’artiste. La musique que crée Moonengineer en est la preuve. Totalement envoûtante une fois lancée, il ne reste qu’à se laisser bercer par toute sa douceur…

Moonengineer, pourquoi ce nom ?
Avant de faire de la musique, je voulais être ingénieur de la lune. Je me disais que je venais d’ailleurs et que j’étais venu étudier l’espèce humaine sur Terre. J’ai donc exploré et mis en matière les émotions. C’est en cela que je suis ingénieur. Je travaille donc les émotions à travers la musique et depuis mon ordinateur, une sorte de cockpit. Le concept est né sans réellement y penser.

Il paraît que tu vis entre Paris, New York et la Lune…
Je ne viens pas de la Lune mais de là-bas, je peux bien voir la Terre. C’est une sorte de première base. Paris, c’est là d’où je viens. En fait, je suis né à Rosny-sous-Bois dans le 93. Quand j’avais un an, mes parents ont déménagé en Arizona. J’ai vécu entre Los Angeles et l’Arizona pendant cinq ans et je suis revenu à Paris. Aujourd’hui, je suis de plus en plus à New York. Au lieu d’avoir une seule base, j’en ai désormais deux supplémentaires sur Terre, à Paris et à New York.

Combien de personnes composent Moonengineer ?
Il n’y a que moi. Je me suis entouré d’un groupe de musiciens quand j’étais à Paris, mais pour venir à New York, c’était plus évident que je sois tout seul. Faire des concerts gratuits, ne pas savoir où dormir… je ne pouvais me l’infliger qu’à moi-même. Je me suis aussi dit que ça me rendrait plus fort. Il fallait pouvoir tenir tout seul. Le premier jour où je suis arrivé à New York, j’ai fait un concert et j’ai atterri sur le canapé d’un loft à Brooklyn chez des gens rencontrés le soir même. Aujourd’hui, je trouve beaucoup de choses en moi que je ne connaissais pas. Quand je joue avec d’autres musiciens, la différence est énorme par rapport à avant. C’est très agréable pour moi, comme pour eux.

Quand as-tu commencé la musique ?
J’ai vraiment commencé la musique il y a dix ans, j’avais alors 23 ans. Je faisais de la guitare et un peu de piano. J’écrivais des chansons mais je ne voulais pas faire la même chose que mes idoles, tels que Bob Dylan ou Neil Young que je trouve incroyables. Puis j’ai écouté Portishead. C’est à ce moment que je me suis dit que je pouvais faire de la musique en traduisant les mêmes émotions et la même grâce que ces artistes, mais avec des instruments différents plus actuels. J’ai voulu utiliser l’ordinateur comme une vraie matière pour produire des sons qu’un musicien ne pouvait pas faire.

Quel est ton style ?
A la base, ce sont des chansons pop, un peu électro à cause de l’ordinateur. Maintenant, je dirais que je fais de l’électro pop/folk. Si j’enlève l’ordinateur, je peux jouer mes chansons au piano ou à la guitare, de manière complètement folk. J’aime beaucoup ce côté acoustique car il y a certaines chansons qui n’ont pas besoin de l’ordinateur. Je ne suis pas enfermé dans l’électro ou dans la folk. C’est très agréable de pouvoir passer de l’un à l’autre.

La musique est-elle une passion familiale ?
J’ai vraiment été bercé dans la musique depuis que je suis né. Mon père, Bernard Swell, est auteur-compositeur. Il a écrit beaucoup de chansons pour lui-même et d’autres artistes, comme Véronique Sanson par exemple. En 1990, il a complètement changé de style et s’est mis à faire de la musique électronique. Il a créé un projet qui s’appelle Izdatso et a fait trois albums avec un label canadien. Aujourd’hui, il va encore plus loin en partant vers la musique berlinoise. Son album s’appelle Edith Progue. L’an dernier, il a gagné les Quartz Awards du meilleur album de l’année à Paris.

"Le public est réceptif à ma musique aujourd’hui"

Comment se passe ton procédé d’écriture ?
J’ai toujours écrit. Pas forcément des chansons, mais juste des idées. J’ai un carnet rempli de mots. Souvent, la musique me vient d’un coup. Pour moi, c’est le plus facile. Parfois, les mots me viennent, induits par la mélodie. Mais d’autres fois, ce n’est pas le cas et je regarde dans mon carnet. Ces mots que j’y écris viennent d’observations, de conversations, de choses entendues, de films…

Ton premier album est prêt et s’intitule Lite Comas
C’est presque de l’argot. Je cherchais une anagramme à mon prénom, Mescalito. C’est comme ça que m’est venu le titre Lite Comas. C’est drôle car ça pourrait se traduire en français par « coma léger ». En fait, je ne sais pas si ça veut vraiment dire ça mais ça sonne bien. J’ai composé ma musique dans mon appartement à Paris. C’était vraiment des journées de solitude dans ma petite bulle, mais une bulle très relaxante qui entraine une semi-somnolence. Ma musique est un peu comme ça, en apesanteur. C’est comme une caresse.

Combien de temps as-tu pris pour l’enregistrer ?
Je dirais un an. Le disque n’est pas sorti, donc je peux toujours le travailler. Je veux toujours qu’il soit meilleur. Je ne l’ai pas sorti plus tôt car je n’ai pas trouvé de label, c’est pour ça que j’ai décidé de passer par cet autre côté qui m’est inconnu : les concerts. C’est un autre métier qu’il me fallait apprendre. Depuis l’an dernier, j’ai donné 15 concerts en France et 22 à New York. J’aime bien ça et je commence à avoir de l’expérience. Le public est plus réceptif à ma musique aujourd’hui. Pourtant, je n’ai rien changé. Je crois simplement que les oreilles sont prêtes pour ce genre de musique à présent. Si je l’avais sorti il y a un an, ça n’aurait pas marché.

Le choix de l’anglais dans les textes, c’était une nécessité ?
Je n’ai jamais pensé autrement. J’ai toujours vécu entre les États-Unis et la France. Je n’ai écouté que de la musique anglo-saxonne. A part Serge Gainsbourg que je trouve exceptionnel en France, il n’y a pas d’autre artiste français que j’adore. Si je chantais mes chansons en français, je tomberais en plein dans la variété et je n’aime pas du tout ça. Mais je ne suis pas fermé au français. Si on me propose une chanson en français ou si elle me vient naturellement, pourquoi pas.

Tu penses déjà à un second album ?
Oui et il sera plus organique, plus présent. C’est comme si pour le premier album j’avais été en position arrière, comme allongé, et que pour le second, je me redressais. Pour le troisième, je serai encore plus en avant. Ensuite, il restera à dénuder le tout, à enlever les couches. Pour l’instant, je suis dans un petit confort pop et j’espère que je ne manquerai pas d’inspiration. On a toujours peur que ça s’arrête. Ou alors, peut-être que je n’aurai plus envie de faire des chansons. Mais j’aime voyager avec le son et sa texture.

Tu n’as pas de label…
Je suis toujours en recherche même si j’ai arrêté d’aller frapper aux portes il y a un an. J’ai rencontré beaucoup de personnes en France qui trouvent ce que je fais intéressant mais ils ne savent pas comment vendre cette musique, ni comment la faire passer à la radio. Je me suis alors dit que faire des concerts de qualité pourrait me faire avancer. C’est très difficile d’approcher les maisons de disques. Je crois que je suis dans un style un peu différent des autres en plus, donc ça va être dur de m’imposer.

N’est-ce pas le bon moment pour aller les chercher…
Absolument. J’ai fait une télé à Paris le 4 juin dans l’émission Ce soir (ou jamais !) de Frédéric Taddeï sur France 3. Depuis un an, les écoutes sur mon myspace ont doublé et depuis l’émission, il y a eu 12 000 écoutes en un mois. C’est vraiment énorme par rapport à ce que j’avais. C’est la même chose pour les concerts à Paris, mon public a triplé. Je pense que je dois me développer un peu plus car pour l’instant, ce que je fais n’a pas un gros impact. Quant aux Etats-Unis, je dois tout commencer.

"J’ai envie de jouer dans des endroits plus ciblés"

Peux-tu me parler de la chanson Love who you are ?
Cette chanson est née quand j’étais en Bretagne, au bord de la mer. C’était à l’époque où j’explorais encore les sons. Je marchais sur la plage en me demandant comment je pourrais expliquer ce que je veux faire. Est-ce qu’il fallait faire un trou dans ma tête pour percer tous mes secrets ou déchirer mon cœur pour comprendre mes émotions ou mes plaisirs ? Cette chanson explique qu’il faut s’aimer soi-même. Toutes mes chansons sont autobiographiques. C’est essentiel et elles sont plutôt positives.

Parle-moi de ta première tournée de 22 dates à New York…
Je suis parti de Paris en mars avec 7 concerts organisés. C’était la grande aventure pour moi. Comme ça marchait bien, on m’a rappelé et redemandé. J’ai joué aussi bien dans de bonnes salles que dans des petits bars et d’autres endroits complètement surréalistes le dimanche soir, mais essentiels. C’était la première fois que je vivais une vraie vie du musicien. Je n’étais plus en train de rêver dans ma chambre, j’étais en plein dedans. Maintenant, j’ai moins besoin de me prouver que je peux le faire. J’ai envie de jouer dans des endroits plus ciblés et de rencontrer des gens. A New York, tu peux jouer partout si tu veux, mais sans être payé. Ce n’est pas vraiment pour l’argent que je fais de la musique mais c’est quand même important. Si je veux rester à New York et me faire un nom, il va falloir que j’intègre le milieu.

Pourquoi choisir de tourner à New York ?
C’est plus facile tout simplement. Je ne sais pas si c’est le meilleur endroit mais j’y ai eu un bon accueil et que j’y ai trouvé un appartement. J’adore la France, mais c’est trop petit pour moi. A New York, je me sens plus moi-même. Je ne suis ni jugé ni critiqué, et je peux activer un peu plus les choses. Mon idéal serait d’être entre la France et les Etats-Unis bien sûr. Mais pour la musique, je ne pouvais pas me contenter de la France. Passer l’année avec un seul concert par mois me déprimait. En deux mois aux États-Unis, j’ai fait plus de concerts qu’en un an en France. Je suis largement plus à l’aise sur scène aujourd’hui. Au début, ça me terrorisait. Plus ça va et plus je me dis que je suis vraiment à ma place. J’adore cette vie et je suis prêt à la supporter, ses avantages comme ses inconvénients.

Qui sont tes contacts à New York ?
Il y a François Maheux. C’est la première personne que j’ai rencontrée à New York. Il s’occupe de trouver des endroits pour des artistes français qui arrivent ici. Il est là depuis 12 ans et connait un peu tout le monde. C’est lui qui m’a présenté à l’Alliance Française, c’est d’ailleurs pour ça que je joue à l’occasion du Bastille Day, et à Robert Singerman, le responsable du Bureau Export de la musique française à New York.

Tu rentre en France en septembre. Que vas-tu y faire ?
Pour l’instant, j’ai un concert de prévu à Nice. Quand je suis parti de France au mois de juin, on m’a proposé beaucoup de choses qui devaient arriver en septembre et en octobre. Mais je ne sais pas où ça en est. Normalement, je devrais jouer au Divan du Monde près de Montamartre à Paris, et peut-être au Nouveau Casino aussi. Mon idéal était de passer tout le mois de septembre à faire des concerts. Ce que je vise maintenant, c’est les premières parties de gros groupes.

 

Myspace de Moonengineer :
http://www.myspace.com/moonengineer

 

Prochaines dates de concert :
13 juillet 2008 à 13h – Bastille Day – New York
13 juillet 2008 à 22h – Pianos Upstairs Lounge – New York
15 juillet 2008 à 23h – Unplugged @ Delancey – New York
20 juillet 2008 à 22h – Goodbye Blue Monday – New York
24 juillet 2008 à 21h – Coco 66 – New York
29 juillet 2008 à 21h – Sidewalk Café – New York
5 août 2008 à 21h – Nublu – New York
30 août 2008 à 20h – Hi Beach – Nice (France)

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