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Mort suspecte d’un Français à San Francisco : la mobilisation s’organise

Hugues de la Plaza a été retrouvé poignardé le 2 juin dernier dans son appartement de Hayes Valley, en Californie. Alors que l’enquête piétine, les parents du jeune homme, réfutant la thèse du suicide, veulent “faire la lumière” sur le décès de leur fils unique. France-Amérique revient ses les faits.

Hugues de la Plaza, un jeune Franco-Américain de 36 ans a été retrouvé mort le 2 juin 2007 dans son appartement californien. Installé à San Fransisco depuis 4 ans et ingénieur du son chez Leapfrog (fabricant de jouets éducatifs), il est décrit par ses proches comme un “hédoniste”.  La police locale semble vouloir conclure au suicide, thèse que réfute catégoriquement la famille. Retour sur les faits.

Dans la nuit du 1e au 2 juin, il sort avec une bande d’amis au Underground SF, un club du quartier de Lower Haight, non loin de son domicile. Il quitte le lieu vers 2 heures du matin, après une soirée bien arrosée et rentre chez lui à pied. Vers 8 heures du matin un voisin appelle la police, alerté par la découverte d’une marre de sang devant l’appartement du Français. Les policiers découvrent le corps de ce dernier lardé de coups de couteau. Il a 80 dollars dans la poche, une carte de crédit et son téléphone portable. Aucune arme n’est retrouvée. Les enquêteurs embarquent trois couteaux, dont deux à fromage, ainsi qu’un couteau propre trouvé dans l’évier de la cuisine. Les voisins témoignent avoir entendu une porte claquer 3 fois de suite vers 2h30 du matin ainsi que des bruits de pas dans l’escalier.

L’hypothèse du suicide n’est pas exclue par les enquêteurs sous prétexte, selon le père de la victime François de la Plaza, qu’«Hugues a été touché de 3 coups de couteau sur le côté gauche alors qu’il est droitier, qu’il ne s’est manifestement pas débattu, et n’a pas tenté d’appeler le 911». Parents et amis dénoncent cette hypothèse comme “absurde” en affirmant, témoignages à l’appui, qu’Hugues avait des projets à long terme, venait de fêter une promotion, et envisageait notamment de s’installer en Argentine au cours des six prochains mois.

A San Francisco pendant 5 semaines suivant le décès de leur fils unique, François et Mireille de la Plaza, retraités de la fonction publique qui résident en Bretagne, dénoncent la lenteur de l’enquête et son déroulement. Ils finissent par engager un détective privé qui interroge l’entourage d’Hugues pour essayer de déterminer l’état psychologique du jeune homme. «Les enquêteurs ont quand même mis cinq jours à contacter la dernière personne qui avait été en contact avec Hugues par téléphone à 2h15 du matin, alors que cette personne, un ami de la victime, avait contacté la police à plusieurs reprises pour leur faire part de sa conversation avec Hugues. Quant aux rapports d’autopsie et d’ADN nous attendons toujours des résultats complets», regrette Christophe Schuhmann, un proche d’Hugues qui reconnaît cependant que « le SFPD (San Francisco Police Department) fait avec les moyens du bord. »

«S’il s’agit d’un suicide, où est l’arme avec laquelle Hugues aurait mis fin à ses jours?», s’interroge John Murphy, le détective engagé par les parents, qui semble privilégier la thèse du meurtre, tout en reconnaissant ne pas avoir les éléments clés du dossier. «Hugues, un peu éméché, aurait-il provoqué ou été suivi par un inconnu dans la rue? Adepte de rencontres sur Internet –décrit par ses amis comme un “serial dater”- a-t-il eu des liaisons dangereuses qui lui auraient été fatales?», s’interroge Murphy. Autant d’hypothèses qui restent, pour le moment, sans réponse alors que les enquêteurs épluchent les courriers électroniques de la victime en quête d’indices.

Jean-Philippe Goudet, attaché de police français basé à Los Angeles et chargé du suivi de l’affaire avec la justice américaine confirme qu’«il y a eu en effet quelques retards sur certaines expertises techniques auxquels il faut ajouter des problèmes structurels dus au peu de moyens dont dispose la police de San Francisco. A titre de comparaison en France il y a à peu près 6 à 10 enquêteurs qui travaillent sur un cas d’homicide comme celui-ci contre un dans le cas présent», explique-t-il.

De retour en France et frustrés par la lenteur de l’enquête, François et Mireille de la Plaza, ont porté plainte avec constitution de partie civile auprès du doyen du juge d’instruction de Paris dans l’espoir d’obtenir une commission rogatoire internationale permettant de solliciter l’appui des autorités françaises. Dans une lettre adressée à Monsieur Pierre Vimont, nouvel ambassadeur de France à Washington, les parents, qui ont également l’intention de contacter l’Elysée, expliquent qu’ils souhaitent simplement que leur fils ne soit pas mort pour rien. La famille mentionne également son souhait de « créer un site de ressources aux familles et amis confrontés aux mêmes tragédies afin qu’ils bénéficient de notre expérience et de nos actions ».

Antonio Casillas, l’inspecteur du SFPD chargé de cette enquête, admet volontiers le manque de ressources de son département et déclare « ne pouvoir qu’admirer le combat des parents qui se démènent pour que l’affaire soit élucidée. Faire appel aux plus hautes autorités de l’État français a le mérite d’attirer l’attention sur cette affaire », ajoute-t-il.

Selon Melissa Nix, journaliste au Sacramanto Bee, et ancienne petite amie de la victime, à l’origine de la mobilisation des amis et de la famille pour que le cas soit traité comme un homicide à part entière, la pression exercée par les proches de Hugues de la Plaza sur le San Francisco Police Department, a eu le mérite d’éviter que l’affaire finisse aux oubliettes. Et de rappeler, statistiques du SFPD en main, qu’entre 2004 et octobre 2006, sur les 253 homicides recensés à San Francisco, un seul s’est conclu par l’inculpation d’un suspect.

http://huguesdelaplaza.blogspot.com/

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