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Nan Kempner, la passion d’une femme du monde

Femme d’un riche banquier, Nan Kempner appartenait au cercle restreint des clientes de haute couture. « La mode fut la passion de sa vie, reprend Joy Henderiks. Elle tenait cet engouement de sa mère qu’elle accompagnait enfant aux présentations parisiennes. » Une passion pour les toilettes à laquelle on doit aujourd’hui une véritable collection car cette icône du chic conservait ses effets. À sa mort en 2005, elle a laissé 3 000 vêtements et accessoires, dont 376 pièces griffées Saint Laurent.

En exposant 77 de ces tenues à Paris, la fondation Pierre BergéYves Saint Laurent rend hommage à cette fidèle parmi les fidèles, cliente de 1964 à 2002 sans discontinuer, spectatrice assidue de tous les défilés – une présentation de 1993 mise AUJOURD’HUI, les célébrités prescrivent la tendance quand, autrefois, les femmes du monde donnaient le ton. L’Américaine Nan Kempner (1930-2005) fut de celles-là, régnant quatre décennies durant sur les élégances de Park Avenue, àNewYork. « Nan était de toutes les fêtes, se souvient son amie Joy Henderiks. à part, lors du décès de son père. « Elle faisait presque partie de la maison » , assureVirginie Laubie, première vendeuse couture.

Si Betty Catroux, muse et amie d’Yves Saint Laurent, incarnait l’esprit rock du couturier, sa collaboratrice Loulou de la Falaise une facette bohème, Nan Kempner représentait une approche chic et casual. « Elle portait la haute couture comme du Gap » , reconnaît Joy Henderiks. Pas de chichis, pas de froufrous. La belle Américaine s’est façonné un style intemporel, reflet de sa personnalité, de son mode de vie, mais en aucun cas des engouements du moment. « Les créations d’Yves Saint Laurent n’éclipsent personne, assurait- elle lors d’un discours en 1999. C’est agréable d’être regardée pour soi, pas pour les vêtements que l’on porte. En Saint Laurent, on ne se sent jamais ” clinquante”. »

Les lignes des vêtements présentés dans l’exposition sont longilignes, les épaules dessinées, les silhouettes presque masculines. Ces pièces réalisées à ses mesures, lors de deux ou trois essayages, dans les règles de la couture, sont le reflet de son corps. Nan Kempner, hissée sur des jambes sans fin et dotée de peu de poitrine, jouait d’une anatomie athlétique sculptée à la force d’entraînements quotidiens. Le soir venu, elle pouvait donc oser de longues jupes fendues, des chemisiers transparents ou encore des décolletés plongeant jusqu’à la taille, voilés d’une nuée de sautoirs. « Je ne dirais pas qu’elle était excentrique, plutôt hardie » , convient Joy Henderiks.

Une garde- robe digne des musées

On regrettera tout de même que l’exposition parisienne, concentrée sur les créations d’Yves Saint Laurent, ne reprenne pas le dispositif de la manifestation mise en place au Metroplitan Museum of Art de New York l’hiver dernier, qui présentait la garde- robe de Nan Kempner dans sa globalité. Car, loin de se fournir exclusivement chez Yves Saint Laurent, Nan Kempner appréciait également Madame Grès, Carolina Herrera et Oscar de la Renta.

« Elle nous répétait – et cela nous faisait sourire – que, le jour où elle ne serait plus là, elle ne voulait pas être revêtue de ses vêtements dans sa tombe, par peur de les abîmer » , confie Virginie Laubie. Nan Kempner peut être rassurée, ses tenues tant aimées sont vouées à l’éternité, méticuleusement conservées dans les armoires réfrigérées des musées du costume.

« Nan Kempner, une Américaine à Paris » , jusqu’au 29 juillet.

Fondation Pierre Bergé Yves Saint Laurent

3 rue Léonce-Reynaud

75116 Paris

www. fondation- pb- ysl. net

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