Subscribe
piaf-the-show-ad-anne-carrere-edith-carnegie-hall-new-york

Nouvelle majorité de droite au Sénat et entrée du FN

Le Front national entre dimanche pour la première fois de son histoire au Sénat, l’une des dernières institutions qui lui résistait, Marine Le Pen saluant “une grande victoire” avec deux élus, dont David Rachline, plus jeune sénateur de la Ve République.

La droite a repris comme prévu à la gauche la majorité au Sénat, lors des élections sénatoriales de dimanche, et pour la première fois le Front national y fait son entrée avec deux élus. Il s’agit de la troisième défaite électorale en six mois pour la gauche au pouvoir, après les municipales de mars, et les européennes de mai.

Vers 17h30, sur la base de résultats encore partiels, l’UMP et l’UDI enregistraient un gain net de 16 sièges, selon l’entourage d’un haut responsable UMP du Sénat, alors que la majorité sortante de gauche était de sept sièges. Selon une autre source UMP, la droite pourrait obtenir au final une majorité de 10 à 20 sièges. Si elle admet sa défaite, la gauche souligne toutefois que la victoire de la droite est plus étroite que prévu. La droite retrouve ainsi au Sénat la majorité qu’elle avait perdue en 2011 au profit de la gauche. “La parenthèse se referme”, a twitté la sénatrice UMP Catherine Deroche.

L’opposition partait largement favorite, de par l’effet mécanique de sa domination lors des élections municipales de mars dernier. Seule la moitié du Sénat (179 sièges sur 348) était renouvelée au cours de ce scrutin, dans 59 départements métropolitains et cinq collectivités d’outre-mer. Quelque 87 000 grands électeurs, pour l’essentiel des conseillers municipaux, votaient.

Etaient connus en milieu d’après-midi les résultats de 11 des 29 circonscriptions où le vote a lieu à la proportionnelle (119 sièges concernés), ainsi que du premier tour de 31 des 35 départements ou collectivités d’outre-mer (59 sièges en tout) votant au scrutin majoritaire. Dans 20 de ces départements métropolitains, le ou les deux sièges en jeu n’ont pas été pourvus au premier tour, et un deuxième tour a eu lieu jusqu’à 17h30.

Défaite en Corrèze

Symbole du recul des socialistes, l’ancien fief de François Hollande, la Corrèze, où l’UMP Daniel Chasseing, avec 51,73% des voix, a pris un siège au PS. Les socialistes ne sont même pas du tout certains de conserver leur deuxième siège, qui pourrait échoir à un candidat UMP si on en juge par les résultats du premier tour.

Outre la Corrèze, la gauche a perdu les deux sièges en Haute-Saône, et en a abandonné un en Corse du sud (l’UMP obtenant le score écrasant de 86,4%), un dans l’Aveyron et un dans le territoire de Belfort. Trois sièges ont été perdus par le PS, deux par les radicaux de gauche. Le sixième siège perdu est celui de Anne-Marie Escoffier, ex-ministre déléguée à la Décentralisation du gouvernement, qui s’est désistée pour le socialiste arrivé devant elle. La défaite de Mme Escoffier est elle aussi un symbole, puisque l’ancienne sénatrice avait défendu le premier volet de la réforme territoriale, créant notamment les métropoles.

En Haute-Saône, l’une des figures du Sénat, Jean-Pierre Michel, qui avait défendu au Palais du Luxembourg la loi sur le mariage homosexuel (et, en 1999, son ancêtre le PACS) a mordu la poussière. “Sa compétence, son expertise, son inlassable combat pour l’égalité nous manqueront beaucoup”, a commenté la sénatrice EELV Esther Benbassa.

La nette poussée de la droite se retrouve de manière éloquente dans l’élection de François Baroin. Actuellement député et par ailleurs seul candidat à la présidence de l’Association des maires de France (AMF) en novembre prochain, l’ancien ministre UMP a obtenu 76,58% des voix. Dans la Vienne, l’ancien Premier ministre Jean-Pierre Raffarin, 66 ans, qui brigue la présidence du Sénat, en obtient 59,61% des voix.

Dans le Tarn-et-Garonne, c’est le siège du président du PRG (radicaux de gauche), Jean-Michel Baylet, qui vacille puisqu’il a dû se contenter de 37,4% des suffrages au premier tour. L’autre siège a échu à un divers gauche. En Savoie, l’ex-secrétaire d’Etat Thierry Repentin (PS) affronte un deuxième tour incertain.

Le PS maintient ses positions dans ses places-fortes comme l’Aude (deux sièges conservés) ou l’Ariège (un siège), et pourrait garder ses deux élus en Dordogne.

Jean-Christophe Cambadélis, premier secrétaire du Parti socialiste, s’est dit “déçu” de cette défaite, “effet mécanique” des résultats des élections municipales, qui n’a pas cependant pas “l’ampleur” pronostiquées.

Le FN fait son entrée au Sénat

En accédant au Palais du Luxembourg avec 19% des voix, M. Rachline, maire de Fréjus (Var) depuis mars, devient à 26 ans un nouveau “symbole” pour le FN, selon les propres mots de Mme Le Pen. Il est le pendant à la Haute Assemblée de la jeune Marion Maréchal-Le Pen, élue députée du Vaucluse à 22 ans, en 2012. Dans les Bouches-du-Rhône, le département qui était la cible numéro un des cadres frontistes, c’est Stéphane Ravier, 45 ans, maire du 7e secteur de Marseille, qui accède au Sénat avec 12,4% des voix. “On nous avait dit que c’était impossible et c’est pour cela que nous l’avons fait !” s’est réjoui le nouvel élu sur Twitter.

“C’est une grande victoire pour le FN, une victoire absolument historique”, s’est félicitée la présidente du FN. Mme Le Pen a voulu y voir la démonstration de la “dynamique (du FN) qui s’accélère d’élections en élections” et un motif de satisfaction: “Plus une seule Assemblée en France n’est interdite au FN.” Pour les cadres du FN, cela s’explique par la capacité du FN à rassembler des voix au-delà de ses propres élus ou grands électeurs. “Nos voix ont été multipliées par trois, jusqu’à par dix” selon les départements par rapport au nombre initial de grands électeurs (GE) FN, a ainsi affirmé Marine Le Pen.

Dans l’Aisne (43 GE), le parti récolte 167 voix, dans le Rhône (55 GE) 163 voix, dans le Gard (80 GE) 179 voix, en Seine-Maritime (52 GE) 161 voix, dans la Somme (une “dizaine” de GE) 88 voix, en Haute-Garonne (3 GE) 74 voix, dans les Vosges (9 GE) 32 voix…, selon des résultats communiqués par des cadres du FN sur Twitter ou à l’AFP.

Michel Guiniot, qui a supervisé les sénatoriales pour le parti, a expliqué à l’AFP que le FN avait réuni dans les départements concernés par ce renouvellement 900 voix en 2004 et 2008 contre 3.972 ce dimanche: le parti de Marine Le Pen a plus que quadruplé ses voix, selon le décompte à 20h15 de cet élu picard. Le FN a toutefois échoué à faire élire un sénateur dans le Vaucluse, payant le prix de sa division avec la liste Ligue du Sud de la maire d’extrême droite de Bollène Marie-Christine Bompard. Large échec aussi dans les Alpes-Maritimes que le FN gardait à l’oeil.

‘Demain l’Elysée’

Pour le FN, l’arrivée de ces deux sénateurs est une aubaine dans cette période où il cherche à démontrer sa capacité à exercer le pouvoir. Cette semaine, le vice-président FN Florian Philippot pariait sur “un probable, deux possibles”, alors qu’avant l’été, les pronostics étaient plus réservés. Mais, isolés, MM. Rachline et Ravier n’auront à leur disposition que le pouvoir de se faire entendre, comme leurs homologues à l’Assemblée Marion Maréchal-Le Pen et Gilbert Collard. “Ils vont faire comme nos députés à l’Assemblée: mettre le doigt là où ça fait mal, imposer des débats qui n’existent pas dans cette Assemblée qui a tendance à ronronner, soumettre les grands sujets de préoccupation des territoires”, espère Marine Le Pen qui, en janvier 2014, s’était dit favorable à la suppression de la Haute Assemblée.

Après Steeve Briois, maire d’Hénin-Beaumont devenu député européen, c’est deux nouveaux maires FN qui décrochent des mandats parlementaires, en contradiction avec le vote des députés FN à l’Assemblée début 2014 contre le cumul des mandats. Le parti d’extrême droite voit dans cette arrivée de deux frontistes à Paris un bon augure pour les prochaines échéances électorales, et tout d’abord 2015, année d’élections départementales et régionales où le FN veut amplifier son implantation locale des municipales. “Il n’y a plus qu’une seule porte à pousser, celle de l’Elysée”, a lancé M. Ravier.

“Cela fait toujours mal de voir le FN faire son entrée là où il n’était pas. Mais il est normal qu’un parti qui a des électeurs ait des élus”, a reconnu de son côté François de Rugy, député EELV de Loire-Atlantique.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Related