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Opération séduction de Jean-Marc Ayrault au Canada

Lors de sa deuxième journée en visite officielle au Canada, le Premier ministre français Jean-Marc Ayrault a, d’Ottawa à Montréal, rappelé les liens historiques et économiques importants entre les deux pays, mais aussi défendu l’attractivité et la compétitivité de la France comme terre d’investissement. Retour sur une opération séduction.

C’est avec un grand sourire que Pauline Marois, Première ministre du Québec, a accueilli Jean-Marc Ayrault hier soir à Montréal, lors de la conférence donnée en l’honneur du Premier ministre français devant la Chambre du commerce française du Canada. Devant tout le milieu d’affaire franco-québécois mais aussi de nombreux politiques locaux (Michael Applebaum, maire de Montréal, ou encore Lucien Bouchard, ancien Premier ministre du Québec), les deux chefs de gouvernement ont entamé la 17e rencontre alternée des Premiers ministres français et québécois sous le signe de la coopération économique.

La France, terre d’investissement

Rappelant que la France reste le deuxième investisseur du Québec, et soulignant l’intérêt de la France envers la Belle Province, Jean-Marc Ayrault a profité de son discours pour mettre en avant les “35 mesures du pacte national pour la croissance”. Mises en place par son gouvernement dans l’objectif de réformer le marché du travail, elles visent notamment à “diminu[er] de 6% le coût du travail d’ici 2014”, et à stabiliser le régime fiscal tout en “redonnant sa place au dialogue social et en encourageant la recherche de compromis”.

Des mesures qui “ne suffiront pas” selon Frédéric Lefebvre (UMP), également présent hier soir et de nouveau en campagne pour le poste de député des Français de l’Amérique du Nord, mais qui salue tout de même l’action du Premier ministre français au Canada. De la même manière qu’il l’avait fait la veille à Toronto et le matin même à Ottawa, le Premier ministre a donc joué de ses charmes, vantant la France et sa “tradition d’excellence en matière d’innovation, de recherche et de qualité de sa main-d’œuvre” sans pour autant ignorer la nécessité d’un assainissement de ses finances publiques.

Il a enfin rappelé que “la France soutient grandement la négociation rapide des accords en cours” sur la mise en place d’un libre-échange entre le Canada et l’Union européenne. Une position partagée avec le gouvernement fédéral canadien et qui devrait “d’après les estimations des experts, entraîner une hausse potentielle de 20% des échanges” entre les deux zones.

Et si la France est une terre d’investissement, le Québec l’est tout autant. Jean-Marc Ayrault a mis l’accent sur l’importance du développement nordique du Québec, région aux ressources importantes mais encore sous exploitées, et a assuré l’intérêt de la France dans la valorisation de ses sites miniers et le développement de sa couverture numérique. Il a de plus tenu à saluer l’expertise québécoise en matière d’énergie, reconnaissant, de la même manière que Pauline Marois l’avait fait dans son intervention, la nécessité de les développer dans un souci à la fois économique et écologique. Une question sur laquelle devrait particulièrement se pencher Delphine Batho, ministre française de l’Ecologie, du développement durable et de l’énergie, venue accompagner Jean-Marc Ayrault dans cette visite, aux côtés de Yamina Benguigui (Francophonie), Benoît Hamon (Economie Solidaire) et Valérie Fourneyron (Sports et Jeunesse).

Immigration et mobilité des jeunes

En campagne pour séduire l’investissement canadien, le Premier ministre n’a pas oublié de profiter de son déplacement pour discuter d’un autre accord majeur de la relation franco-canadienne : la mobilité des jeunes. “C’est une question morale”, a commenté Jean-Marc Ayrault à France-Amérique, “les gens veulent se déplacer, et c’est important car c’est une vraie chance pour nos deux nations”. Lors de sa rencontre hier matin avec son homologue canadien Stephen Harper, le Premier ministre a conclu un accord prolongeant “de quelques mois” la durée des permis de travail pouvant être délivrés aux jeunes professionnels français et canadiens désireux d’émigrer et de travailler dans leur domaine d’étude. Une information confirmée quelques heures plus tard par Valérie Fourneyron, ministre des Sports et de la jeunesse, sur son compte twitter, déclarant que le célèbre permis vacances-travail (PVT) verrait sa durée doubler et donc passer de 12 à 24 mois. Aucune date n’a encore été avancée pour la mise en pratique de ces nouveaux accords, mais elle pourrait concerner les demandes de PVT de novembre 2014.

Concernant le Québec, la jeunesse est également au programme de la rencontre des Premiers ministres. Ce matin, Jean-Marc Ayrault et Pauline Marois étaient tous deux à la conférence de l’Organisme Franco-Québécois pour la Jeunesse (OFQJ) afin d’y défendre les valeurs des échanges universitaires et des programmes mis en place pour la mobilité des jeunes entre la Belle Province et l’Hexagone. Près de 8 600 étudiants français intégrent les universités québécoises chaque année, un nombre toujours croissant mais huit fois plus grand que celui des étudiants québécois dans les universités françaises, remettant en cause l’état du système universitaire français et donnant à Jean-Marc Ayrault une raison de s’inspirer du modèle québécois. Un modèle pourtant lui aussi en crise sur la question de son financement depuis le printemps érable.

La visite officielle du chef de gouvernement français se poursuivra ensuite cet après-midi à Québec, capitale de la Province, où il devrait s’entretenir avec Pauline Marois, mais aussi avec le président de l’Assemblée nationale et les chefs des partis d’opposition du Québec, avant de tenir une réception avec la communauté française de la ville de Québec.

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