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Parent d’élève, un job à plein temps

Aux Etats-Unis, le parent d’élève ne se contente pas de déposer ses enfants le matin à la porte de l’école. Selon ses aptitudes, il peut devenir organisateur d’événements culturels, coach sportif, lobbyiste, chauffeur, assistant pédagogique, ou encore spécialiste en fundraising. Une implication qui déroute certains nouveaux arrivants, habitués à plus de distance entre école et famille.

Dans les écoles élémentaires publiques de la région de San Francisco, certains instituteurs sont assistés par trois ou quatre mères de famille. Ce travail peut s’avérer passionnant, mais il est bénévole et souvent effectué par des mères de famille qui mettent leurs carrières entre parenthèse. “Ce sont des femmes très instruites qui s’ennuieraient à la maison. Elles sont très contentes de se sentir utiles”, explique Gabrielle Durana, la présidente d’Education Française Bay Area. Leur aide permet à l’enseignant de constituer des petits groupes de niveau, supervisés par les parents. Mais cette omniprésence de certaines mamans ne plaît pas à tout le monde. C’est le cas d’Irene Cozzani, une ingénieure originaire d’Italie : “Je préfèrerais que mon fils soit pris en charge par un professionnel. S’il y a besoin d’un assistant, l’école devrait embaucher quelqu’un”. Elle s’étonne du dévouement absolu de certaines mères qui passent leur vie à l’école et organisent un nombre inimaginable de petites fêtes. Du côté des professeurs, Muriel Molinier Abdoune, qui dirige le programme de français à l’école primaire de Coconut Grove à Miami, trouve que l’aide des parents peut être bénéfique dans certaines conditions. “Il faut bien déterminer les rôles de chacun à l’avance, car certains parents peuvent parfois prendre plus de pouvoir que la maîtresse”.

Au début de l’année, la Parent Teacher Association (PTA) demande aux parents quels sont leurs talents, et comment ils peuvent contribuer à la vie de l’établissement. Dans les écoles publiques de Palo Alto par exemple, les ingénieurs organisent la “science fair”, un concours de projets scientifiques, et les parents artistes proposent des ateliers à l’heure du déjeuner. Rebecca Scholl, une mère franco-américaine et cadre chez Xerox, s’occupe du festival international, et fait du lobbying auprès des autorités locales pour améliorer les repas servis à la cantine. Ses efforts ont permis d’introduire plus de fruits et légumes, ainsi que d’organiser des rencontres avec des chefs de la région. Dans les établissements où il n’y a pas de parent médecin ou architecte qui vient présenter son travail aux enfants, ce sont souvent des associations qui tentent de compenser, mais l’implication de parents bien connectés peut faire toute la différence.

La main à la pâte… et au portefeuille

A PS 84 à New York, une école avec des enfants de milieux socio-économiques plus divers, la présence de parents dynamiques est particulièrement importante. “Il faut vraiment participer car notre école n’est pas très riche”, explique Marie-Noëlle Argenti, une kinésithérapeute qui estime passer une matinée par semaine en bénévolat. Depuis la création du programme bilingue français/anglais par des parents d’élèves, l’école attire des familles plus impliquées, et en quelques années, la situation s’est améliorée : il y a maintenant une kermesse, plus de personnel et une bibliothèque mieux équipée.

C’est surtout au niveau des contributions financières que les différences entre Français et Américains sont les plus flagrantes. “Les expatriés ont parfois du mal à mettre l’argent sur la table. Au départ, ils sont méfiants”, témoigne Muriel Molinier Abdoune. “Je fais des réunions avec eux pour leur expliquer l’intérêt de donner. Il faut leur rappeler qu’ils ne sont pas en France”. Les Américains sont habitués à être constamment sollicités, que ce soit pour soutenir la radio publique ou la campagne de leur candidat politique favori, mais la plupart des Européens n’ont pas grandi en vendant des gâteaux pour financer leur équipe de foot. “Cela énerve beaucoup les Français, car ils ont un autre rapport à l’argent”, explique Gabrielle Durana. Une fois les impôts payés, les Français ne sont pas habitués à devoir trouver de l’argent pour pallier les coupes budgétaires. Et en cette période de récession, les parents ont dû être particulièrement vigilants. Certains font des dossiers pour obtenir des subventions, d’autres cherchent des partenariats avec des commerces locaux, afin que les déficits croissants n’affectent pas la qualité de l’éducation de leurs enfants. En général, les contributions oscillent entre quelques centaines de dollars et plus de mille dollars par enfant et par an. Dans certains cas, les écoles se retrouvent avec des cagnottes considérables. Le New York Times a récemment calculé que certaines écoles publiques des quartiers chics de Manhattan récoltaient plus d’un million de dollars par an en dons, ce qui leur permet un niveau de luxe rivalisant avec les meilleures écoles privées. Certaines villes, comme Portland en Oregon, redistribuent l’argent pour essayer de compenser l’écart entre quartiers.

A Miami, les parents d’élèves ont fondé la French International Program Association (FIPA) afin de centraliser les levées de fonds pour les programmes français. L’association a créé des partenariats avec les commerces français de la ville, ainsi qu’un gala chez le consul de France. Cette année, c’était une soirée disco avec plusieurs voyages mis aux enchères. Gabrielle Durana, qui a enseigné quatre ans dans les lycées français, trouve que les deux systèmes ont leurs bons et mauvais côtés. Le rôle important des parents accentue les inégalités entre établissements, mais en tant que présidente d’association, elle apprécie aussi l’ouverture des écoles aux projets extérieurs. “Ici, nous sommes vraiment maîtres du programme. En France, on n’aurait pas reçu le même accueil”.

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