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Paris sonne le glas pour le cardinal Lustiger

Les obsèques de Jean-Marie Lustiger, ancien archevêque de Paris décédé dimanche, se tiendront vendredi à Notre-Dame, où une première messe d’hommage a été célébrée hier soir. Un kaddish, la prière juive du deuil, sera lu sur le parvis de la cathédrale.


 


HIER MATIN, vers 8 h 30, Paris a résonné des quatre-vingts coups du glas venant signifier aux habitants de la capitale la perte ressentie par l’Église catholique. La veille au soir, le cardinal Jean-Marie Aaron Lustiger s’était éteint, à 80 ans, dans la maison médicale Jeanne-Garnier où il avait été admis en avril, pour soulager sa douleur et terminer ses jours. Au même moment, des fidèles commençaient à entrer dans la cathédrale Notre-Dame pour commencer à signer les registres de condoléances et à se recueillir.


 


Dès dimanche soir, le président de la République, Nicolas Sarkozy, a rendu hommage à « une grande figure de la vie spirituelle, morale, intellectuelle et naturellement religieuse de notre pays ». Saluant un « homme de caractère, mais aussi d’engagement et de liberté d’esprit », Nicolas Sarkozy dit avoir trouvé en l’ancien archevêque de Paris « un interlocuteur authentique, qui ne dissimulait pas ses convictions ». Quelques heures plus tard, depuis sa résidence estivale de Castel-Gandolfo, le pape Benoît XVI a salué « avec une vive émotion » la mémoire d’un « homme de foi et de dialogue » qui « se dépensa généreusement afin de promouvoir des relations toujours plus fraternelles entre chrétiens et juifs », d’un « pasteur passionné par la recherche de Dieu et par l’annonce de l’Évangile au monde ».


 


Mais au-delà des mots, le symbole le plus fort de ces jours pourrait être, vendredi matin, la lecture d’un psaume et du kaddish – la prière juive des endeuillés – par le cousin du cardinal défunt, Arno Lustiger, suivie de la lecture d’un message familial. Ce temps fort se déroulera sur le parvis de la cathédrale, en ouverture de la cérémonie religieuse. « Cette lecture du kaddish était une des dernières volontés de mon cousin », explique Arno Lustiger, bouleversé par le deuil. « Il me l’a exprimé lorsque je suis venu le voir pour la dernière fois. » « Je suis né juif et je reste juif, ne cessait-il pas de nous répéter », ajoute l’historien qui se dit « particulièrement touché » par le fait que cette prière de deuil soit une des rares du livre des prières à ne pas être dite en hébreu mais en araméen. « Et la langue araméenne était celle de Jésus ».


 


Arno Lustiger est encore ému par une autre volonté du cardinal Lustiger. « Il a souhaité que ce soit son petit-neveu, fils de ma fille Gila, qui lise ensuite le message de la famille. Jonas est un adolescent, un gamin de Paris, comme l’a été son oncle… »


 


Dialogue entre les deux communautés


 


Pour le père Patrick Desbois, directeur du service national pour les relations avec le judaïsme, ce temps de prière est « naturel ». « Sans rien renier de sa judaïté, le cardinal a été de ceux qui ont poussé le plus loin le dialogue entre les deux communautés, parvenant à rencontrer certaines des plus hautes autorités, et à dialoguer avec elles. »


 


Après cette ouverture symbolique, Notre-Dame de Paris accueillera une dernière fois dans son choeur celui qui aura été le « maître des lieux » comme archevêque de Paris, entre 1981 et 2005, et qui va reposer ensuite dans la crypte comme le veut la tradition pour les archevêques qui le souhaitent. C’est son successeur, Mgr André Vingt-Trois, qui devrait présider la cérémonie de ces obsèques. À moins que Benoît XVI décide d’envoyer un légat, un représentant. Outre les prêtres et les fidèles – qui auront pu se recueillir toute la journée de jeudi dans une chapelle ardente – le cercueil sera entouré d’officiels, ecclésiastiques ou non, catholiques ou représentants des autres religions.


 


Si l’Élysée réservait hier sa réponse concernant l’éventuelle présence du président (en vacances aux États-Unis), le premier ministre, François Fillon, et le ministre de l’Intérieur, Michèle Alliot-Marie, en charge des dossiers concernant les cultes, ont confirmé leur présence.


 


Côté cardinaux, le président de la Conférence des évêques de France, le cardinal Jean-Pierre Ricard sera au côté de Mgr Vingt-Trois ainsi que les autres cardinaux français, résidant ou non au Vatican. De l’étranger, devraient au moins venir de Vienne et de Bruxelles les cardinaux Christophe Schönborn et Godfried Danneels.

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