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Paris vs New York : la sécurité des femmes dans le métro en question

Thomson Reuters a récemment publié un sondage d’opinion* sur la sécurité des transports en commun dans seize grandes villes du monde. Paris y est beaucoup moins bien placé que New York, jugé réseau le plus sûr pour les femmes. Pourtant, le métro new-yorkais n’a pas toujours eu bonne réputation. Pourquoi les perceptions new-yorkaises et parisiennes sont-elles si différentes ?

Selon Thomson Reuters, le métro new-yorkais n’est plus ce qu’il était. Avec plus de 1,71 milliard de passagers en 2013 et un taux de criminalité qui a considérablement baissé depuis 1980, il est aujourd’hui vu comme le plus sûr parmi seize grandes villes pour les femmes, de nuit comme de jour. Plutôt propre, bien éclairé, souvent bondé, opérant 24h/24, surveillé par des caméras et des policiers, l’utiliser semble peu risqué. Un Parisien de passage pourra être frappé par la cordialité qui y règne. Les hommes laissent souvent les places assises aux femmes et utiliser son smartphone ou sa tablette à la vue de tous n’est pas considéré comme une folie.

Pour arriver à ce résultat dans une mégapole comme New York, la Metropolitan Transportation Authority (MTA), en collaboration avec la ville de New York, s’est démenée. Elle s’efforce de faire intégrer la cordialité à ses usagers comme comportement de base. Jusqu’à aujourd’hui, le message “Courtesy is contagious” (la courtoisie est contagieuse) était régulièrement diffusé dans les rames par une voix grave, à l’intonation presque paternelle. Il sera remplacé en janvier 2015 par de nouvelles recommandations, comme par exemple celle enjoignant les hommes de serrer leur jambes, par souci d’économie d’espace, ou en général de ne pas garder son sac à dos, pour le confort des passagers concomitants.

Selon la MTA, il n’y aura pas d’interdiction légale, seulement des suggestions. Cependant, l’instinct de régulation de l’entreprise publique est frappant. La fraude est punie sévèrement. Ce n’est pas un agent de la MTA qui sévira si vous passez le tourniquet sans payer, mais de véritables policiers, sortis de postes intégrés aux souterrains du réseau. Des amendes autour de 120 dollars peuvent être associées à des travaux d’intérêts généraux ou même de la liberté surveillée, selon le profil et les antécédents. Une autre politique de la MTA consiste à bannir les délinquants attrapés dans ses wagons pendant des durées variables, ce qui, à moins de posséder une voiture, est dissuasif dans une ville de la taille de New York.

La fin du crime à New York

Il y a 25 ans, l’ambiance du métro new-yorkais était radicalement différente. Les wagons couverts de graffitis n’inspiraient pas confiance, de nombreux New-Yorkais refusaient de les emprunter. Ses rames vandalisées restent le symbole d’une époque où la ville était réputée pour sa dangerosité. C’est justement la reconquête du métro qui a amorcé celle de la voie publique.

Dans les années 70, l’affaiblissement des services publics ont entraîné une grave crise criminelle. Face à cette situation, les responsables politiques ont réagi : les effectifs policiers sont renforcés et des patrouilles régulières ont lieu dans le métro à l’heure du crime, entre 20h et 4h du matin. Malgré une baisse du taux de criminalité constante, les New-Yorkais restent réticents. Une étude de 1985 de la Citizens Crime Commission de la ville révélait que les New-Yorkais préféraient ne pas emprunter le métro à cause de mauvaises conditions de sécurité et du taux élevé de vol. “Les femmes portaient de grosses boucles d’oreille en or, et des vestes en cuir ou en fourrure, c’était la mode. Le vol à l’arraché était très pratiqué, ainsi que le racket des vêtements ou des chaussures de sport”, raconte, Bull, officier de la police new-yorkaise en poste depuis 26 ans dans le département des transports.

En 1994 arrive l’homme qui va tout changer, Rudy Giuliani. Il applique la tolérance zéro, et amorce une véritable chasse aux délits, mêmes mineurs. Pour le nouveau maire, il faut réparer la vitre brisée, ces petits délabrements qui dessinent le cercle vicieux de la délinquance. Prostituées, graffitis, voire même laveurs de vitres sauvages sont dans son collimateur. La méthode porte ses fruits et les transports sont l’un des premiers endroits où cela se ressent. Michael Bloomberg, successeur de Giuliani, annonce en 2004 que “le métro est plus sûr qu’il ne l’a jamais été depuis 40 ans”.

En 13 ans, le crime aurait baissé de presque 80% à New York. Un chiffre étourdissant annoncé par le département de police de la ville. Mais à quel prix ? Le journaliste de L’Express Phillipe Coste décrivait en 1999, après la rééléction de Giuliani à la mairie de New York, les effets de sa politique sécuritaire d’une plume acerbe. Des bavures policières qui ont entaché l’ère Giuliani, à la méthode controversée du “stop and frisk” (ces fouilles sans préavis de milliers de passants chaque année), la transformation de la ville ne s’est pas faite dans la douceur. L’omniprésence policière a néanmoins eu pour effet de rassurer les usagers des rames comme le démontre le sondage de Thomson Reuters.

La représentation d’un Paris dangereux

Un autre sondage d’OpinionWay – Axis Communications (fabricant de systèmes de vidéosurveillance) a été rendu public ce jeudi 20 novembre. Il établit que près de la moitié des usagers auraient peur dans les transports publics en France, surtout en région parisienne, notamment les femmes. 86% des interrogés sont rassurés par “les moyens humains”, telle qu’une présence policière ou un agent d’accueil, un critère qui augmente de 4 points par rapport à l’an dernier. Un sondage qui va dans le sens de celui de Thomson Reuters.

En cas d’agression, les Parisiennes ont peu d’espoir qu’une tierce personne vienne les secourir. 85% d’entre elles ne s’attendent pas à l’implication d’autres passagers. Pour le sociologue Michel Wieviorka, qui a mené en 1999 une étude sur la violence dans les transports publics pour la RATP, “il faut prendre de la distance entre la réalité et les représentations. La violence n’est pas toujours où on croit la voir. Si vous demandez à des usagers quelle station est la plus dangereuse entre Opéra et une station de banlieue, ils dénonceront la station excentrée. Les statistiques démontrent pourtant que les crimes se produisent dans les stations centrales et bondées.”

Le sociologue reconnaît pourtant que la passivité semble être un trait de caractère parisien. “Lorsque l’histoire de l’affabulatrice du RER D a été diffusée dans les médias, tout le monde y a cru. Même les hommes politiques se sont exprimés, car l’histoire semblait plausible. Nous avons tous été témoins de faits délictueux et de passagers qui ne font rien. Le réseau de la RATP n’est pas plus dangereux qu’un autre, mais l’indifférence des usagers par rapport à ce qui les entoure est grande, il n’y a pas de culture de l’assistance en France.” Faisant écho à Michel Wievorka, un court métrage choc mis en ligne fin octobre dénonçait la passivité des usagers face au viol dans le RER. “Il y a des différence majeures entre Paris et New York, le machisme fait toujours partie de la culture française. Les Américains sont plus modernes de ce point de vue là.”

*6 300 femmes ont été interrogées dans 16 grandes villes du monde.

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