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Paul-Henri Nargeolet, l’explorateur français du Titanic

L’ancien démineur de la Marine nationale a participé à la première exploration de l’épave en 1987, deux ans après sa découverte. Souvenirs.

Il connaît le Titanic presque par cœur. Paul-Henri Nargeolet est le principal explorateur de la célèbre épave, avec le réalisateur américain James Cameron. Originaire de Chamonix, l’ancien officier de la Marine compte 6 expéditions, 30 plongées et près de 600 heures passées à bord du Titanic. Installé dans le Connecticut aux Etats-Unis, il est responsable des opérations sous-marines de la société RMS Titanic, propriétaire des droits sur l’épave. Cent ans après le naufrage du paquebot transatlantique dans la nuit du 14 au 15 avril 1912, Paul-Henri Nargeolet (66 ans) se remémore ses découvertes pour France-Amérique.

France-Amérique : Pouvez-vous nous décrire votre parcours professionnel et scientifique ?

Paul-Henri Nargeolet : J’ai passé 22 ans dans la Marine nationale comme Officier spécialisé dans le déminage et l’intervention sous-marine. Au moment de la découverte du Titanic en 1985, l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer) m’a proposé de m’occuper des sous-marins dans le cadre des futures expéditions sur l’épave. J’ai saisi cette opportunité et quitté la Marine pour rejoindre l’Ifremer où je suis resté une dizaine d’années à m’occuper des engins profonds, notamment lors des quatre premières expéditions. J’ai ensuite poursuivi ma collaboration avec les Américains, avec qui j’ai participé à deux expéditions sur le Titanic. Puis, j’ai fini par m’installer aux Etats-Unis où j’ai noué des contacts plus directs encore avec la société RMS Titanic. Notre dernière expédition date d’août 2010.

A-t-il été difficile de localiser l’épave lors de votre première expédition en 1987 ?

Non, parce que l’épave avait été trouvée. Nous avions une position qui n’était pas très précise, parce qu’à l’époque il n’y avait pas de GPS, nous travaillions encore avec des systèmes plus anciens. Mais en quelques heures, nous l’avons retrouvée.

Quelles ont été vos impressions au moment de découvrir l’épave ?

J’ai ressenti plusieurs choses en même temps. D’abord une vive émotion, parce que nous découvrions une épave historique, extraordinaire. Lors de notre première plongée, nous sommes arrivés sur l’étrave, la partie avant qui est la mieux conservée. C’était très impressionnant. Nous étions trois dans le sous-marin et nous sommes restés sans voix pendant 10 minutes. De la joie aussi, parce que la première expédition avec un sous-marin habité avait été retardée d’un an, nous étions donc dans les starting-blocks depuis un bon moment. Notre travail sur le Titanic se concrétisait enfin.

Depuis un siècle, beaucoup ont tenté de retrouver le Titanic. Comment expliquez-vous cette fascination du public ?

Après le naufrage, il y a eu des idées mais pas de tentatives, parce que techniquement rien n’était solide. Puis, durant près de 40 ans, l’épave a été oubliée, on n’a plus parlé du Titanic. C’est seulement quand les moyens océanographiques se sont développés que de nouvelles tentatives ont vu le jour. Il y a eu alors un véritable engouement du public. A mon avis, les raisons de cette fascination sont multiples. Le Titanic était un bateau magnifique, le sommet de la technologie pour l’époque. Sa taille impressionnait, d’autant qu’il n’y a pas très longtemps que l’on construit des bateaux beaucoup plus grands. Il y avait à bord des stars, des millionnaires, mais aussi des gens très pauvres, souvent des immigrants. Surtout, il y a à mon avis une raison bien plus “philosophique”. Comme le bateau a mis 2h30 pour couler, tout le monde se pose la même question : comment j’aurais réagi si j’avais été là ? Est-ce que je me serais rué vers les canots de sauvetage ? Est-ce que j’aurais aidé les gens à fuir le navire ? Et puis le temps passant, les gens se sont très probablement vus face à la mort, ne sachant pas s’ils s’en sortiraient ou non. Et cela n’arrive pas dans beaucoup d’autres naufrages. Le Lusitania a par exemple sombré en 10 minutes, les gens n’ont donc pas eu vraiment le temps de se poser des questions. Pour le Titanic, il est plus facile de s’identifier aux passagers du bateau.

Quel était votre rôle lors de la première expédition et celles qui ont suivi ?

J’ai été ce que l’on appelle le “leader” de l’expédition, mais mon rôle n’a pas toujours été le même. Au début, j’étais surtout chargé des engins et de la gestion du matériel. Ce qui est d’ailleurs passionnant pour moi, c’est qu’il s’agit surtout d’un travail d’équipe. Il y a l’équipage du bateau, l’équipe du sous-marin, les équipes de tournage, les historiens… Le rôle du leader, c’est de mettre de l’huile pour faire tourner la machine. Pour les autres expéditions, comme la dernière en 2010, j’étais à la fois le leader mais je devais aussi préparer – avec d’autres – l’expédition, c’est-à-dire définir les objectifs, la procédure et trouver le matériel adéquat.

Vous avez notamment piloté le fameux Nautile…

Mon rôle n’était pas de piloter le sous-marin, mais je l’ai fait parce que c’était l’une des conditions pour moi. Je veux bien diriger les opérations, mais à condition de faire aussi le travail de base. Quand j’étais plongeur dans la Marine et que je commandais un bateau, il m’arrivait de plonger quand même.

Parmi vos objectifs, il y avait la récupération d’objets et la cartographie des fonds sous-marins…

Absolument. Lors de la dernière expédition, nous avons réalisé une cartographie, encore jamais faite auparavant car les moyens dont nous disposions il y a 30 ans auraient demandé un temps infini pour le faire. Nous avons permis aux architectes navals qui étaient avec nous à bord d’aller regarder des points précis de l’épave pour essayer de comprendre ce qui s’était passé lors du naufrage.

Combien d’objets avez-vous remonté au total ?

A peu près 5 500. Cela va du dé à coudre à un morceau de la coque qui pesait 20 tonnes lorsqu’on l’a récupéré. Deux morceaux, le plus gros surnommé la “Big Piece” et puis la “Little Big Piece” sont d’ailleurs respectivement exposés à Las Vegas dans le Nevada et à Orlando, en Floride.

Que vous ont appris ces milliers d’objets sur l’histoire du Titanic ?

Certains morceaux nous ont permis d’étudier la structure du bateau. D’autres objets, lorsqu’on les remonte et que l’on tire un fil, racontent des histoires. Nous avons récupéré par exemple une petite sacoche en cuir qui contenait 64 échantillons de parfum. En cherchant, nous avons découvert qu’elle appartenait à un chimiste allemand qui voyageait en première classe et se rendait aux Etats-Unis pour y proposer ses parfums. Beaucoup d’histoires passionnantes refont surface.

Certains, dont le découvreur américain de l’épave Robert Ballard, souhaitaient ne pas toucher ni remonter les objets. Qu’en pensez-vous ?

Lorsque Robert Ballard a trouvé l’épave, il travaillait avec l’Ifremer dans le cadre d’une expédition franco-américaine. Il n’a rien fait tout seul. Il s’agissait d’une équipe dont il était le co-leader avec le Français Jean-Louis Michel. Je n’arrête pas de le seriner aux médias. Je respecte l’avis de ceux qui pensent qu’il faut laisser l’épave tranquille. Ballard, c’est une autre histoire. Il a toujours dit au moment des recherches de l’épave qu’il voulait récupérer des objets pour les exposer. Puis, il y a eu des malentendus avec l’US Navy à qui le matériel appartenait. L’US Navy lui a alors dit que s’il utilisait son matériel, il lui serait interdit de remonter des objets. A ce moment-là, Ballard a dit que s’il n’avait pas le droit de remonter des objets, personne n’en avait le droit et que ceux qui le feraient seraient des “pilleurs de tombes”, etc. Il a donc retourné sa veste et c’est intellectuellement malhonnête.

Est-il vrai que Robert Ballard connaissait l’emplacement précis de l’épave grâce aux cartes secrètes de la Royal Navy et qu’il aurait attendu de relever l’équipe française pour s’attribuer le seul mérite de la découverte ?

Cette affaire reste très obscure. Evidemment, Ballard ne veut pas dire la vérité, mais il est certain que l’épave avait été repérée. Des documents indiquent que des navires sont passés dans le sillage du Titanic, sur le chemin des sous-marins nucléaires britanniques et américains, qui circulaient entre les Etats-Unis et les régions de la Mer du Nord et de la Baltique. Nous sommes alors en pleine Guerre Froide. En 1978, un bateau océanographique anglais repère sur le fond un grand bâtiment cassé en deux. Il est donc a peu près certain que Ballard détenait cette information, qu’il a décidé de garder pour lui. Je suis presque sûr que c’est l’Ifremer qui a proposé la zone de prospection. Comme l’épave était quasiment dans la zone, Ballard l’a validée. Pour des raisons étonnantes, les Français ne l’ont pas trouvée alors qu’ils avaient détecté une grosse masse métallique au début de la mission. Quand Ballard a pris la relève, il est allé chercher dans cette zone et a trouvé l’épave avec les équipes françaises. Plus troublant encore, un article d’un journal britannique, rédigé le vendredi pour l’édition du dimanche, a annoncé la découverte du Titanic. J’ai rencontré ce journaliste à Londres, il n’a pas voulu tout me dire mais il détenait des informations deux jours avant la découverte, le dimanche 1er septembre. En tout cas, il est fort probable que Ballard ait eu ces informations, forcément incertaines puisque personne n’avait identifié ce grand bateau comme étant l’épave du Titanic.

Les Américains disent que vous avez passé plus de temps à bord du Titanic que le capitaine du navire, Edward Smith…

Cette comparaison qui était vraie il y a quelques années ne l’est plus aujourd’hui. En discutant récemment avec James Cameron, j’ai appris qu’il avait fait 33 plongées, alors que je n’en ai pas fait plus de 30. Cameron m’a dit que cela lui faisait très plaisir, mais que nous n’étions qu’un tout petit groupe de gens à avoir passé plus de temps sur le bateau que les passagers ou le capitaine.

Quelles relations scientifiques entretenez-vous avec James Cameron ?

Nos équipes travaillent séparément. James Cameron s’intéresse essentiellement à l’épave elle-même. Il a d’ailleurs développé un matériel dont des robots extrêmement performants pour aller filmer l’intérieur de l’épave. Tout à fait au début, nous y sommes allés avec des moyens beaucoup plus rudimentaires. C’est devenu une passion pour lui. Ses images sont fabuleuses. Il m’a dit un jour : toi, tu t’occupes du champ de débris et des objets, moi je m’occupe de l’intérieur. Cela ne nous empêche pas d’aller chacun étudier l’épave et de très bien nous entendre.

Le coffre-fort du navire et ses millions de dollars de bijoux sont-ils toujours au fond de l’océan ?

Oui. En fait, le Titanic possédait plusieurs coffres-forts. Nous en avons remonté un qui était probablement de troisième classe et dans lequel il n’y avait pas grand-chose. Les objets de valeurs que nous avons retrouvés se trouvaient plutôt dans des sacoches réparties dans le champ de débris. Les autres coffres-forts sont toujours à l’intérieur du bateau. Il y a celui du capitaine, celui du commissaire, et la chambre forte du navire. Mais rien ne prouve qu’ils contiennent des centaines de millions de dollars de bijoux et de diamants. Il y a bien des objets de valeurs comme des tableaux mais qui doivent être dans un mauvais état après cent ans passés dans l’eau de mer. Les assurances n’ont en tout cas pas reçu de réclamations à ce sujet-là.

Existe-t-il des risques de pillages de l’épave ?

Il y a des risques, mais relativement faibles. Tout le monde n’est pas capable de descendre à 3 800 mètres de profondeur. Il faut disposer de moyens importants et il est impossible de s’y rendre seul. Il y a eu une fois une tentative, que l’on a appelé la “rogue expedition”. Ses membres sont partis avec un matériel de mauvaise qualité. On ne sait pas exactement ce qu’ils y ont fait mais probablement pas grand-chose.

L’idée est de protéger l’épave de la dégradation et d’en faire un mémorial…

Malheureusement, il n’ y a pas beaucoup de moyens de préserver l’épave, qui se détériore à vitesse constante. Les dégâts sont de plus en plus visibles, l’épave s’écroule petit à petit. Bientôt, il n’y aura plus rien de ressemblant vraiment à un bateau. En revanche, l’étrave a de bonnes chances de rester debout encore longtemps car c’est un endroit beaucoup plus étroit, dont la structure est bien plus solide que le reste du bateau. Les ponts de la partie avant s’effondrent les uns sur les autres et on peut y apercevoir de grands trous. Le temps fait son œuvre. A cette profondeur, l’oxydation, les bactéries et les forts courants changeants fatiguent les éléments du bateau et participent à sa destruction inéluctable.

Quels ont été les résultats de votre dernière expédition en 2010 ?

Nous avons obtenu des résultats extrêmement intéressants. Nous travaillons actuellement sur un projet, le “Titanic Max Projet”, qui consiste à traiter l’épave comme un site archéologique. Nous avons réalisé pour la première fois une carte d’un seul tenant. Jusqu’à maintenant, nous n’avions que des cartes morcelées. Grâce à de puissants logiciels et des photo-mosaïques digitales, nous avons désormais une vue d’ensemble complète en 3D de l’épave et de la zone de débris. Nous y avons replacé virtuellement tous les objets trouvés sur leurs emplacements d’origine. L’expédition nous a donc permis d’avoir cette base qui nous manquait. Nous avons réalisé des images extraordinaires de l’épave et identifié pour la première fois les nombreux morceaux, dont nous connaissons pour chacun l’orientation précise.

Est-ce qu’il reste des choses à découvrir à bord du Titanic et avez-vous prévu d’y retourner ?

Pour l’instant, aucune expédition n’est programmée. Elles coûtent très cher et nous devons souffler un peu. Mais nous avons encore des tas de choses à découvrir. Les documentaires parus récemment abordent les nombreuses théories sur le naufrage du Titanic. Tout le monde a son idée sur le sujet. Moi, je ne suis convaincu par rien pour l’instant. Ces théories ont de bons côtés mais des manques subsistent. D’où est venue l’énergie qui a permis la cassure du navire ? Certaines questions n’ont pas été étudiées avec précision. Quel a été le rôle des ponts et comment se sont-ils déchirés ? Nous n’avons pas encore vu précisément les dégâts occasionnés par l’iceberg sur la coque du Titanic. Un groupe d’architectes navals avec lequel je travaille n’est encore sûr de rien et reste très prudent dans ses conclusions. Il avance progressivement. J’aime cette façon de faire, de mener une enquête honnête.

Que pensez-vous du travail de James Cameron et de sa façon de populariser cet événement historique ?

J’apprécie beaucoup ce qu’il fait. Dans son film, la reconstitution historique est remarquable. Pour son dernier documentaire auquel j’ai participé (Titanic : The Final Word With James Cameron, diffusé sur la chaîne National Geographic, ndlr), il reste très ouvert et mentionne les zones d’incertitudes et les progrès réalisés dans la connaissance du naufrage. Les images qu’il a réalisées resteront des images d’archives, des images pour l’histoire.

Les médias ont-ils éclipsé le rôle des Français dans cette découverte ?

Celui de l’Ifremer, oui. Pendant longtemps. Aujourd’hui, la presse évoque une expédition franco-américaine dirigée par Robert Ballard. Les Français sont mentionnés de plus en plus. Durant les 10 ou 15 premières années, personne n’en parlait. C’était Ballard, point final. Je l’ai d’ailleurs charrié plusieurs fois là-dessus. Il était en train de dormir quand le bateau a été trouvé ! Ça lui fait du bien d’être un peu piqué, parce qu’il a un ego considérable. Ces derniers temps, beaucoup de médias sont venus m’interroger sur mon travail. Près de 27 millions de personnes sont allées voir les expositions consacrées aux objets du Titanic. Quant à James Cameron, il fait un boulot formidable. Les moyens dont il dispose ne sont pas comparables avec les miens. J’ai énormément de respect pour lui et je sais qu’il en a aussi pour moi. Et il n’est pas dit qu’un jour, nous ne fassions pas quelque chose ensemble. Il en était même question cette année. Je serais ravi de travailler avec lui.

Quelles sont les missions de la société américaine RMS Titanic ?

RMS Titanic Inc. est le propriétaire de tous les objets récupérés à bord de l’épave. Pour notre expédition de 2010, nous avons proposé notre programme de recherche au Waitt Institute, qui a mis ses robots sous-marins (AUV ou autonomous underwater vehicle) à notre disposition. Même chose pour la Woods Hole Oceanographic Institution, qui collabore à nos projets. Lorsque j’ai été nommé chef de mission de l’une des phases de recherche de l’avion Air France 447 Rio/Paris, écrasé en mer en 2009, nous avons utilisé les AUV du Waitt Institute mis en œuvre par la Woods Hole Institution. Pendant l’opération, j’ai trouvé ces engins tellement extraordinaires que j’ai décidé de les utiliser pour explorer l’épave du Titanic.

Dans vos autres recherches, vous vous êtes notamment intéressé en 2003 à la mystérieuse cité engloutie de l’Atlantide…

Je me suis toujours demandé s’il s’agissait d’une légende. Un jour, j’ai rencontré par hasard un scientifique français du CNRS, qui proposait une théorie très intéressante. C’était la première fois que j’entendais quelque chose de sensé et non pas cette vision d’une île avec des colonnes en or. Lorsque vous regardez une carte de l’Europe et de l’Afrique, la région du Détroit de Gibraltar forme un sablier. Neuf mille ans avant Jésus-Christ, il y avait des périodes glaciaires. Des populations descendaient pour fuir le froid, d’autres remontaient, poussées par la chaleur de l’Afrique. Entre les deux, des hommes des cavernes rencontraient ces migrants et concentraient les connaissances de toutes ces peuplades. A cette époque, le niveau de la mer était 150 mètres inférieur au niveau actuel. Aujourd’hui, il y a des îles surtout à l’ouest du Détroit de Gibraltar. L’une d’elles est plus grande que les autres et pourrait être l’Atlantide, selon ce scientifique. Nous voulions nous rendre sur cette île maintenant immergée, vérifier s’il y a des cavernes ou des traces de vie passée. Malheureusement, nous n’avons pas encore trouvé les fonds nécessaires, mais je ne désespère pas. C’est le problème, ce genre d’expédition coûte une petite fortune.

Vous avez également recherché l’épave de l’Alabama, dans La Manche…

J’étais alors dans la Marine. Ce n’est pas moi qui l’ai trouvée parce que j’ai quitté la mission quelques semaines auparavant. Mais j’avais confié tout un dossier sur le navire à mes amis. Lorsqu’un bateau équipé d’un sonar ultra perfectionné est arrivé à Cherbourg, l’épave a été localisée en quelques heures. Nous n’étions probablement pas loin de la trouver. J’ai ensuite participé à plusieurs expéditions sur l’épave de l’Alabama.

Ce bateau a participé à la Guerre de Sécession…

C’était un bateau sudiste, construit en cachette par les Anglais, en principe neutres. Pendant plusieurs années, il a sillonné le tour de l’Afrique et arraisonné un grand nombre de bateaux nordistes ou partisans de la cause yankee. L’Alabama est revenu à Cherbourg pour réparation après deux ans de campagne. Un bateau nordiste basé en Hollande, le Kearsarge, est alors venu croiser devant Cherbourg pour le provoquer “en duel”. Il y a eu une bataille navale célèbre, des gens sont venus par trains entiers depuis Paris. L’événement correspondait aussi à l’ouverture du casino de la ville. La bataille s’est achevée par le naufrage de l’Alabama, le 19 juin 1864.

Quels sont vos projets pour l’avenir ?

Nous allons commencer à explorer l’épave de La Lune, un trois-mâts de la flotte royale de Louis XIV disparu au large de Toulon en 1664 (envoyé pour lutter contre les pirates de l’empire Ottoman en Méditerranée, le navire en mauvais état et surchargé a sombré avec ses 48 canons et ses quelque 1 000 hommes d’équipage, ndlr). Je l’ai découverte par hasard lors d’une plongée avec le Nautile en mai 1993, en collaboration avec l’Ifremer. Nos recherches débuteront avant la fin de l’année avec les moyens du département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines (Drassm) de Marseille, qui dépend du ministère de la Culture.

Paul-Henri Nargeolet a participé au documentaire intitulé “Titanic at 100 : Mystery Solved” et diffusé sur la chaîne américaine History Channel, le 15 avril 2012.

  • Bonjour,
    J’ai vu la semaine passee un excellent reportage sur la mission qui a cartographie les zones de naufrage et les essais realises pour tenter d’expliquer la dechirure longitudinale et la rupture en deux du navire. Les essais de rupture realises sur les rivets et ceux de pliage des toles semblent avoir ete realises a temperature ambiante. Or au moment de l’impact, la matiere etait certainement a une temperature proche de zero. Des essais de resiliance sur eprouvettes lisses et enraillees pour determiner la temperature de transition de l’alluage ont-il ete realises ? Sinon il faudrait, apres determination de cette temperature, refaire des essais sous caisson a cette temperature pour valider ou non le choix initial du materiau par l’architecte naval.

  • Bonjour,
    Dans un vieux reportage, Monsieur Nargoelet explique que les brèches sur la coque ont pu être révélées grâce à un sondeur pénétrateur de sédiments, est-il possible, avec les ROV actuels, de pénétrer dans les compartiments avants et de voir les brèches mais par l’intérieur ?

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