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Pauline Viardot, la Callas du XIXe siècle

Au XIXe siècle, Pauline Viardot s’impose comme diva assoluta grâce à sa voix d’une tessiture exceptionnellement étendue, mais aussi à ses dons dramatiques et à sa gestuelle d’une hardiesse inouïe qui annoncent Maria Callas.

Née sous le signe de la musique

Fille cadette du célèbre ténor et pédagogue Manuel Garcia et de la cantatrice Joaquina Sitchès-Garcia, Pauline Garcia est née à Paris, en 1821 dans «une famille où le génie semblait héréditaire», dira Franz Liszt qui n’est autre que son professeur de piano. Sa sœur aînée, Maria Garcia, plus connue sous le nom de la Malibran, est alors une diva adulée, réputée pour sa beauté, sa voix émouvante et puissante et son jeu scénique intense qui touche profondément le public. Au faîte de sa gloire, La Malibran dira en 1831 en parlant de Pauline : «il y a une enfant qui nous effacera tous : c’est ma sœur qui a dix ans!» Les deux sœurs n’ont jamais été rivales puisque Pauline n’a commencé à chanter qu’à la mort prématurée de Maria en 1836, à l’âge de vingt-huit ans. Cette tragédie l’amena à délaisser le piano pour reprendre le flambeau et embrasser dès l’âge de dix-sept ans une brillante carrière de mezzo-soprano.

La nouvelle Malibran

Le 15 décembre 1838, Pauline fait ses débuts sur scène face à un public encore sous le charme de la diva disparue. Toutefois le succès est immédiat devant son immense talent. Saint-Saëns écrira que sa voix «n’était ni une voix de velours ni une voix de cristal; elle évoquait plutôt la saveur de l’orange amère, faite pour l’épopée, surhumaine plutôt qu’humaine». Portée par cette voix exceptionnelle à la musicalité raffinée, elle remporte son premier triomphe à Londres dans le rôle de Desdémone de l’Otello de Rossini en mai 1840. Alfred de Musset qui fut l’un de ses fervents admirateurs saluera la nouvelle étoile : «Mlle Garcia chante comme elle respire; quoiqu’on sache qu’elle n’a que dix-sept ans, son talent est si naturel qu’on ne pense même pas à s’en étonner»! Non seulement sa voix et sa technique vocale sont impressionnantes mais comme la Callas un siècle plus tard, elle favorise l’expression dramatique et le jeu de scène pour traduire ses états d’âme. Elle chante Mozart, Rossini, Donizetti, dans les capitales européennes. En 1843-44, elle fait ses débuts à Saint-Pétersbourg dans Norma de Bellini. Pour elle, Giacomo Meyerbeer crée en 1849 le rôle de Fidès dans Le Prophète, et Gounod celui de Sapho en 1852. Jules Massenet écrit Marie-Magdeleine en 1873 et Saint-Saëns lui dédie le rôle de Dalila dans Samson et Dalila l’année suivante. Elle élargit sans cesse son répertoire : elle aime la musique d’autrefois qu’elle remet à la mode. En 1859, Berlioz ré-orchestre l’Orphée de Gluck qui sera le sommet de sa carrière. Elle est également ouverte aux œuvres «modernes» comme celles de Wagner, accompagnée au piano par Wagner en personne.

Pas belle mais fascinante!

Si La Malibran possédait une beauté romantique parfaite comme en témoignent les portraits d’elle, Pauline avait, au premier regard, un physique ingrat. Le peintre Ary Scheffer, grand ami de Louis Viardot, futur mari de Pauline, ira jusqu’à dire : «elle est terriblement laide, mais si je la revoyais de nouveau, je tomberais follement amoureux d’elle». De même, Théophile Gautier écrira : «nous avons entendu dire qu’elle n’est pas jolie mais ce n’est pas notre opinion; elle est bien faite, élancée (….), avec des yeux brillants et un teint chaud et passionné, une bouche un peu trop épanouie mais qui ne manque pas de charme, ce qui constitue une beauté théâtrale très satisfaisante».

Des amitiés indéfectibles

Dès 1840, la mélomane George Sand s’attache à Pauline qu’elle considère comme sa fille et l’appelle «chère enfant de mon cœur». Chez George Sand, à Nohant où séjourne Chopin de 1839 à 1846, Pauline passe de précieux moments avec lui; elle est une des rares visiteuses dont il apprécie la compagnie et qu’il a plaisir à accompagner au piano pendant des heures. La rupture entre Sand et Chopin  en 1847 aggrave l’état de santé du musicien qui trépasse à la mi-octobre 1849. Selon les vœux du musicien, le 30 octobre, en l’église de la Madeleine drapée de velours noir, Pauline chante le Requiem de Mozart.

Un ménage à trois?

C’est George Sand qui présente Pauline à Louis Viardot, critique d’art, grand passionné de musique et directeur du Théâtre Italien à Paris mais de vingt-et-un ans l’aîné de Pauline. Ils se marient le 18 avril 1840. Cette union sera le point de départ d’une carrière internationale. Ils vont former un couple uni tout au long de leur vie. Pauline soutient son mari dans ses prises de position en politique. Les convictions républicaines et libérales de Louis l’opposant à Napoléon III, ils quittent Paris en 1862 avec leur quatre enfants pour se réfugier à Baden-Baden, alors célèbre station thermale devenue lieu de rencontre de l’élite artistique et musicale.  La rencontre du poète russe Ivan Tourguéniev à Saint-Pétersbourg en 1843 ne semble pas avoir altéré les relations du couple. Pourtant, le poète ne cache rien de son amour profond pour la diva et elle n’y est pas insensible. Pendant les quarante années suivantes, Tourguel, comme elle l’appelle, partagera la vie quotidienne du couple Viardot. Ces étranges relations duraient encore en 1875 quand ils firent l’acquisition ensemble d’une propriété en bord de Seine, à Bougival, la Villa des Frênes. Le mari, la femme et l’ami faisaient très bon ménage… à trois!  

Compositrice

De retour à Paris après la chute de Napoléon III, les Viardot tiennent dans leur hôtel particulier de la rue de Douai un salon où se croisent Saint-Saëns, Gounod, Massenet, Flaubert, Zola, Fauré. Mais les années passent, la voix de Pauline devient rebelle, inégale. Pauline fait ses adieux à la scène parisienne en 1863. Elle a 42 ans. Si elle continue à chanter à l’étranger dans des concerts privés, elle se consacre de plus en plus à la pédagogie et à la composition qui lui tient tant à cœur. Elle va créer pour ses élèves et ses amis des mélodies en diverses langues ou des opérettes qui connurent un grand succès.  En 1883, elle voit disparaître les deux personnes qui ont été les piliers de son existence : son mari Louis et l’ami fidèle Ivan Tourgueniev. Momentanément terrassée par cette perte, elle réagit, reçoit et surtout se lance dans de nombreuses compositions, dont des mélodies de haute tenue récemment tirées de l’oubli par la mezzo soprano Cecilia Bartoli. Pauline Viardot crée des douzaines de pièces vocales et instrumentales, de nombreuses transcriptions, trois opérettes que Clara Schumann décrit ainsi à Brahms: «J’ai écouté chacune d’elles trois fois et toujours avec le même plaisir….. Elle est la femme la plus douée que j’aie jamais connue». Admirée par les plus grands noms de l’époque, Pauline Viardot s’éteignait à Paris le 18 mai 1910, à l’âge de 89 ans. Ce génie musical et théâtral disparu au tout début de l’ère du gramophone, emporta avec elle le timbre de sa voix exceptionnelle

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