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Pierre Force, humaniste et pluraliste

Directeur du département des humanités à la faculté des arts et sciences, Pierre Force est l’une des grandes figures de Columbia University, à New-York. Ancien élève de l’ENS Ulm, il vit aux Etats-Unis depuis 30 ans, et enseigne l’histoire et la philosophie à Columbia depuis 1987.

“L’université américaine privilégie l’acquisition d’une formation généraliste et humaniste. La littérature, la philosophie, l’histoire de l’art et les langues étrangères tiennent une place fondamentale dans le cursus des quatre premières années”, indique Pierre Force, doyen des Humanités de l’université Columbia, qui a dirigé auparavant pendant dix ans (de 1997 à 2007) le Département de français et de philologie romane. “Un nom désuet”, souligne-t-il, mais qui n’est pas pour déplaire à ce normalien, spécialiste de Pascal et de littérature française des XVIIe et XVIIIe siècles.

“Faire l’expérience de la parole et de la pensée dans une autre langue, ce qui oblige à mettre à distance sa propre culture, est une motivation importante des 15 à 20% d’étudiants qui choisissent aujourd’hui l’apprentissage du français”, témoigne Pierre Force qui a relevé le défi intellectuel de la pluridisciplinarité, recrutant des professeurs dont les compétences s’élargissent à l’histoire de l’art, la sociologie, la philosophie ou l’anthropologie. Autre caractéristique des études littéraires aux Etats-Unis, “l’enseignement d’une littérature en train de se faire avec l’étude d’œuvres d’auteurs vivants”. Autant de raisons qui font les belles heures de la Maison Française depuis un siècle, offrant une caisse de résonance aux recherches et débats intellectuels les plus contemporains.

Creuset de culture

Dans l’ombre des boiseries austères de son bureau de la Low Library, Pierre Force évoque quelques figures intellectuelles qui ont laissé leur marque dans la culture universelle : “Fait peu connu, Henri Bergson a fait un long séjour à Columbia en 1913 en tant que professeur invité. Des milliers de personnes ont assisté à ses conférences publiques, – relatées dans le New York Times –, au cours desquelles il exprimait des idées qu’il développera dans son œuvre des années plus tard.”

Avant lui, on peut citer Gustave Lanson, fondateur de l’histoire littéraire, qui traverse l’Atlantique en 1910 ; Paul Hazard, historien des idées et professeur au Collège de France dans les années 1930 ; Claude Lévi-Strauss, refugié à New York dans les années 1940, “dont les contacts à Columbia ont été fondamentaux pour l’invention du structuralisme, mouvement intellectuel majeur des années 50 et 60” ; Julia Kristeva et Umberto Eco, autres grands noms de l’université européenne dans les années 70 ; ou plus récemment, les historiens et théoriciens Marc Fumaroli et Michel Zink. “Actuellement, Columbia est incontestablement devenue le centre de gravité des grands penseurs des littératures francophones d’Afrique et des Amériques”, souligne le doyen des Humanités qui, pour sa part, consacre une partie de ses travaux de recherche actuels à l’émigration de Français du sud-ouest, aux XVIIe et XVIIIe siècles, vers Saint-Domingue ou La Nouvelle-Orléans.

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