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Pierre-François Mourier

Un littéraire, ancien conseiller pour l’éducation et la culture de Jacques Chirac, fait son entrée en diplomatie. Rencontre avec Pierre-François Mourier, le nouveau Consul général de France à San Francisco.

A 41 ans, Pierre-François Mourier, nouveau consul de France à San Francisco, a un profil inhabituel en ce qu’il occupe pour la première fois un haut poste diplomatique à l’étranger.  Ancien élève de l’école normale supérieure de la rue d’Ulm, il est agrégé de lettres classiques et a longtemps enseigné le latin à l’université. Il fut secrétaire de rédaction de la Revue Esprit et a créé, en collaboration avec les éditions Actes Sud,  “Les Carnets du paysage”. En 2002, il est nommé maître des requêtes au Conseil d’Etat, où il se spécialise dans les affaires relatives à l’éducation, l’enseignement supérieur et la recherche. En 2003 il collabore au cabinet de Xavier Darcos, ministre de l’enseignement scolaire, puis à celui de François Fillon, à l’éducation nationale. À partir de juin 2005, il rejoint le cabinet du Président de la République Jacques Chirac en tant que conseiller chargé des études puis conseiller pour l’éducation et la culture.

Auteur prolifique, il a signé plusieurs essais dont Balzac: L’injustice de la Loi (Michalon,1997) et un roman policier, La Spore, véritable fresque historique publiée en 2005 (aux éditions de la Table Ronde). Des Etats-Unis il connaît très bien la côte Est, où il occupa en 1991 le poste d’attaché culturel à New Yok dans le cadre de son service national, et plus tard anima régulièrement les sessions d’été de Middlebury College dans le Vermont. Fraîchement installé sur la côte Ouest, Pierre-François Mourier répond aux questions de France-Amérique.

France-Amérique: Pourquoi San Francisco?
Pierre-François Mourier: Je suis toujours maître de requête au Conseil d’Etat en détachement ici à San Francisco en tant que Consul général mais j’avais extrêmement envie, après quelques années dans des cabinets ministériels et à la présidence de la République, d’abord d’acquérir un point de vue différent en quittant la France pour quelques années. Pourquoi San Francisco? À cause de mon profil et du fait que cette région, de par ses universités  (Berkeley, Stanford, UCSF, etc), constitue un pôle d’enseignement supérieur et de recherche unique au monde, à la fois public et privé et donc une espèce de lieu d’observation qui me permettra, je l’espère, de développer des relations avec nos universités et notre système de recherche.

F-A: Comment comptez-vous renforcer les liens avec les grands pôles universitaires de la région?
PFM: Il se trouve que beaucoup de choses ici ont déjà été mises en place, en particulier la création de deux grands fonds France Berkeley et France Stanford, destinés à favoriser les échanges et collaborations scientifiques et universitaires entre ces deux grandes universités et les instituts de recherche et d’enseignement supérieur français. L’idée est cependant de renforcer ces fonds. Je suis persuadé que lorsque la France est dans un moment charnière (avec la loi sur la recherche qui a maintenant un an et la nouvelle loi sur l’enseignement supérieur qui va certainement appeller d’autres réformes), le système publique d’enseignement supérieur californien peut faire figure d’exemple, à un moment ou un autre, pour irriguer le système public d’enseignement supérieur français. L’Université de Berkeley est notamment la tête de pont la plus visible mondialement d’un système entièrement public avec des synergies avec le privé qui se développent beaucoup et c’est justement ce qu’on essaye de faire en France avec les pôles de recherche et d’enseignement supérieur, les fondations, etc. Il y a donc une espèce de retour d’expérience à avoir sur ce qui s’est fait ici depuis des années avec cette organisation très spécifique que sont les community colleges, la State University, tronçonnés en quelque sorte en plusieurs lieux. Je crois que tout cela est plein d’enseignement pour les décideurs en France. Cela dit il ne s’agit absolument pas de singer ce qui ce fait ici parce que nos deux pays sont complétement différents, mais il y a très certainement beaucoup d’expériences à étudier de près. 

FA: Comment concevez-vous votre rôle de Consul?
PFM: Mon rôle est modeste. Je suis simplement là pour faciliter les choses auprès de la communauté française évidemment mais aussi de l’ensemble du monde américain du business, de l’université, du vin, etc. Je suis à la tête d’un petit service public avec des moyens modestes mais qui peut, je crois, rendre beaucoup de services à la communauté française. En tant que service public on doit toujours faire bonne figure. Il y a quelques jours j’ai fait un baptême républicain pour des gens qui avaient envie de présenter leur enfant à la communauté nationale. C’était un moment très agréable mais il y a également des moments beaucoup moins drôles, quand on est confronté par exemple à des décès. Tout cela c’est la vie de la communauté que l’on doit accompagner du début à la fin. Je compte également rendre visite à l’ensemble de ma circonscription. Je serai à Seattle fin septembre pour l’inauguration du vol Air France puis je rendrai visite aux diverses autres communautés (ndlr: la circonscription couvre la Californie du nord, le Nevada du nord, l’Alaska, Hawaii, l’Idaho, le Montana, l’Oregon, l’Utah, l’Etat de Washington, le Wyoming et Guam et Samoa, les îles du Pacifique sous juridiction américaine).


FA: On parle beaucoup d’un renouveau des relations franco-américaines…
PFM: Il ne s’agit pas d’une nouvelle naissance dans la mesure où il y a quand même plus de 200 ans d’amitié presque indéfectible entre nos deux pays (la France étant par exemple le seul des grands pays européens avec lequel les Etats-Unis n’ont jamais été en guerre). Quoi qu’il arrive, et c’est d’ailleurs ce que disait Jean-David Levitte (ancien ambassadeur de France à Washington), et ce que continue de dire Nicolas Sarkozy, le propre de la vraie amitié c’est précisement le fait qu’on peut ne pas être d’accord sans pour autant rompre nos liens d’amis d’enfance.  Depuis la plus tendre enfance de nos deux systèmes politiques, nous sommes philosophiquement étroitement liés. Il est vrai cependant que nous sommes dans le début d’un cycle qui sera extrêmement fructeux entre nos deux pays. 600 000 Américains travaillent dans des entreprises francaises, et réciproquement. La globalisation fait que nos destins économiques sont totalement liés.

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