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Pour que les enfants d’immigrés francophones continuent à apprendre le français aux Etats-Unis

Samedi 31 mai, la soirée de bienfaisance “Color My French” se tiendra au Lycée Français de New York. Un événement au profit du French Heritage Language Program, qui offre des classes de français gratuites aux élèves issus de pays francophones, nouvellement arrivés aux Etats-Unis et étudiant dans le système public. Une initiative qui outrepasse le simple apprentissage d’une langue, pour atteindre une dimension sociale, avec un travail de valorisation de populations sous-représentées quand il s’agit de parler de la langue française.

Prospect Heights High School (Brooklyn), 16h30. Salle 418, un cours un peu inhabituel se déroule. Une vingtaine d’élèves s’enthousiasment, se lèvent, crient, dansent, devant un écran où des images sont projetées. Des images qui les représentent, se donnant en spectacle sur scène, avec tout autant d’énergie. Quelques jours auparavant, s’est déroulée la première représentation de la comédie musicale écrite par leur professeur de musique français, Yacine Boulares, devant leur lycée. “Certains sont très doués”, affirme en souriant le professeur “ils pourraient sûrement faire carrière, je les surveille de près.”

“Amidou et Toya”, une histoire d’amour impossible entre deux êtres de cultures et de pays différents, sera jouée en français le samedi 31 mai par ces élèves, au Lycée Français de New York, à l’occasion de la première soirée de bienfaisance du French Heritage Language Program. Ce dernier a été créé en 2006, avec l’appui de l’ambassade française des Etats-Unis, et répond à une demande des lycées publics spécialisés dans l’accueil des nouveaux immigrants aux Etats-Unis.

25% des élèves des lycées publics internationaux sont francophones

“Le French Heritage Language Program travaille au sein d’un réseau de lycées spécialisés dans l’accueil des nouveaux immigrants, l’Internationals Network for Public Schools (INPS). Il y a une quinzaine de lycées de ce type à New York, et nous opérons dans dix d’entre eux”, explique Benoît Le Dévédec, coordinateur du projet. “Dans ces lycées, l’accent est mis sur l’apprentissage de l’anglais pour s’intégrer le plus rapidement possible aux Etats-Unis et rattraper, parfois, un retard dû à une période de non scolarisation. De ce fait, l’offre de l’apprentissage d’une seconde langue n’a pas été tout de suite pensée à la création du réseau, en 2004.”

Ce dernier accueille de nombreuses nationalités au sein de ses établissements. Dans certains lycées, jusqu’à 25% des élèves sont d’origine francophone. La Guinée, le Congo, Haïti, le Sénégal, sont largement représentés. La nécessité d’offrir des classes de français, au moins après les cours, s’est imposée, par souci de conserver et améliorer cet acquis “hérité”. C’est ce qu’explique Fanta, 16 ans, originaire de Guinée, dont les parents ont tenu à ce qu’elle suive ces classes : “Quand je rentre au pays, tout le monde parle français, cela me sera utile là-bas. Je ne veux surtout pas oublier.”

Le programme jouit d’un succès grandissant. Les classes se sont multipliées et le nombre d’élèves n’a cessé d’augmenter. Il est passé de quinze en 2006, à 400 au total dans les dix établissements new-yorkais concernés en 2014 (700 dans tous les Etats-Unis, avec l’ouverture du programme en Floride, dans le Massaschussetts et dans le Maine). “Aujourd’hui, quatre de ces lycées new-yorkais participent directement à la prise en charge financière des classes du programme. Dans trois de ces lycées, nous avons ainsi eu suffisamment d’heures pour préparer les élèves à l’examen AP French, leur permettant de obtenir des “college credits“, donc de payer moins cher l’accès à l’université, grâce à leur français.”

Apprendre le français pour préserver son identité

Outre l’apprentissage d’une langue pour obtenir des crédits universitaires, les classes du French Heritage Language Program ont une dimension sociale. Elles permettent d’une part de prendre confiance en soi, de valoriser ces populations dont on parle peu quand on évoque la langue française. Elles aident d’autre part les élèves à s’intégrer rapidement au sein de l’école, et donc aussi dans le pays d’accueil.

“C’est important pour ces enfants de continuer à apprendre le français car c’est la langue qu’ils ont entendue durant leur enfance, chez eux à la maison. Elle fait partie de leur identité. La perdre, c’est oublier une partie de qui ils sont”, explique Christine Hélot professeure d’université à Strasbourg et spécialisée dans le plurilinguisme chez l’enfant. “Il faut comprendre qu’une langue ne s’apprend pas au détriment d’une autre. Au contraire, si on arrête de développer l’apprentissage de sa langue d’origine, il est très difficile d’en apprendre une deuxième. La langue d’origine est une base. C’est avec elle que l’on comprend comment une phrase se construit, qu’on développe ses compétences langagières.”

L’objectif : l’entrée à l’université des enfants d’immigrés

Le français étant une langue dominante, il était plus aisé de lancer un programme que pour le wolof ou le créole, elles aussi langues d’origine de bien des élèves. En France ce type de programme existe depuis les années 1970, avec l’Enseignement des langues et cultures d’origines (ELCO). On pensait alors que les enfants d’immigrés retourneraient dans leur pays. Des accords ont été passés avec la Turquie et les pays du Maghreb, qui payent eux-même les professeurs enseignant leurs langues d’origine en France.

Pour ce qui est de l’accueil des nouveaux arrivants, il existe également des Centres d’accueil pour la scolarisation des élèves nouvellement arrivés (CASNAV), mais à la différence des lycées internationaux de New York, les élèves ne sont suivis qu’une année, puis intègrent les classes normales. Certains se débrouillent bien, d’autre moins. Ils ont tendance à être orientés vers les filières professionnelles. Pour Christine Hélot, “ce réseau de lycées new-yorkais fait un travail formidable. Le but est réellement de faire entrer ces nouveaux arrivants à l’université, de pousser à la mobilité sociale”.

La soirée de bienfaisance du samedi 31 permettra de récolter des fonds pour financer l’enseignement du français à ces élèves francophones présent au sein du Internationals Network for Public Schools, à New York, ainsi que dans les partenariats régionaux du programme.

Soirée de bienfaisance Color My French, samedi 31 mai au Lycée Français de New York – 505 East 75th St, New York, NY 10021. Réservations et dons sur le site.

Performance de la chanteuse haïtienne Emeline Michelle ; représentation de la comédie musicale “Amidou et Toya” par les élèves de la Prospect Heights High School ; performance du jazzman Jacques Schwartz-Bart. Cuisine du chef sénégalais Pierre Thiam. Concert $30 ; concert et cocktail $50.

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