Tradition

Pourquoi des lapins de Pâques aux Etats-Unis et des cloches en France ?

Pour observer les symboles associés dans nos deux pays à la fête de Pâques, le 4 avril cette année, rien ne vaut une visite chez le chocolatier ou au rayon confiserie du supermarché. Lapins aux Etats-Unis, cloches, poules et poissons en France, sans oublier les incontournables œufs en chocolat : un étonnant bestiaire qui témoigne du syncrétisme culturel autour de cette fête de tradition chrétienne.
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© John Holcroft

« Oubliez les poissons et les agneaux ; ça ne marche pas ici. » Jacques Dahan sait ce dont il parle. Le Français mange du chocolat tous les jours et préside depuis 2004 la filiale américaine de la chocolaterie normande Michel Cluizel. « Le chocolat de Pâques par excellence aux Etats-Unis, c’est les œufs et les lapins. En France, les symboles sont plus variés et beaucoup de chocolats sont vendus garnis : quand on casse l’œuf, la poule ou le poisson, on découvre d’autres chocolats. Ça ne se fait pas ici. »

Pour satisfaire les expatriés français privés de voyage par la pandémie et nostalgiques de la « cocotte » garnie de leur enfance, la maison vend cette année une poule dont l’extérieur en chocolat (noir ou au lait) cache un assortiment d’œufs et de cloches miniatures. « On expliquera à nos clients américains la tradition de la poule de Pâques et des cloches, populaire en France mais inconnue aux Etats-Unis. On a essayé par le passé de vendre des cloches en chocolat, mais ça n’a pas plu du tout ! »

Une fête aux origines païennes et chrétiennes

Déjà dans l’Antiquité, on s’offrait des œufs au printemps pour marquer le retour des beaux jour. Un symbole de vie adopté par la chrétienté qui l’associe à la résurrection du Christ. Jusqu’au XVIIe siècle, l’Eglise interdira la consommation d’œufs pendant le Carême : ils étaient alors conservés, décorés puis bénis le jour de Pâques. Louis XIV fait de la tradition une institution ; certains œufs peints sont signés Boucher ou Watteau. Un siècle plus tard, à la cour impériale de Saint-Pétersbourg, un descendant d’Huguenots français élèvera l’œuf de Pâques au rang de bijoux précieux. Son nom : Pierre-Karl Fabergé.

Les premiers œufs en chocolat font leur apparition au XIXe siècle. L’invention du Néerlandais Coenraad Van Houten permet d’extraire des fèves torréfiées et broyées le fameux beurre de cacao et d’en séparer la poudre : une révolution. Le chocolat, que l’on consomme alors comme boisson chaude, peut être fondu et coulé dans un moule. Sous l’impulsion de maisons devenues célèbres – Poulain en France, Nestlé, Lindt et Suchard en Suisse, Cadbury en Angleterre, Hershey en Pennsylvanie –, le chocolat se démocratise.

Les Français en mangent aujourd’hui 7,3 kilos par an, contre 4,4 kilos aux Etats-Unis. Les Américains, en revanche, achètent plus de chocolat au moment de Pâques : l’équivalent de 935 millions de dollars, contre 296 millions d’euros en France, où Pâques reste derrière Noël et la Saint-Valentin en termes de ventes. « Le goût des Américains a beaucoup évolué », constate Jacques Dahan. « La tendance était au chocolat au lait et très sucré il y a quelques années, mais aujourd’hui, beaucoup demandent du chocolat noir mi-amer, avec au moins 60 % de cacao. »

Lapins allemands et cloches volantes

A Pâques en 2017, les Américains ont dévoré 90 millions de lapins en chocolat et 16 milliards d’œufs en sucre ! Parce que les deux symboles vont de pair aux Etats-Unis, où la légende veut que ce soit un lièvre – un symbole de fécondité – qui accompagne le retour du printemps et distribue les œufs. Une tradition née en Allemagne, adoptée dans les régions de culture protestante comme l’Alsace et l’Angleterre, avant de se répandre aux Etats-Unis à partir du XVIIIe siècle.

En France, pays de culture catholique, on dit aux enfants que ce sont les cloches qui apportent les œufs de Pâques. En signe de deuil, les clochers restent silencieux entre le Jeudi saint (le dernier repas du Christ) et le dimanche pascal (sa résurrection) : la légende dit que les cloches sont allées se faire bénir à Rome et à leur retour, sèment des œufs dans les jardins. Dans un de ses albums, le bédéiste belge Marc Wasterlain va jusqu’à imaginer les mésaventures d’une cloche abattue en vol par un braconnier !

Le retour des cloches a donné lieu à une autre tradition : la chasse aux œufs. Le dimanche de Pâques ou le lundi suivant, férié en France, les enfants courent dans les jardins en quête des chocolats dissimulés par leurs parents. Tradition américaine depuis 1878, la Maison Blanche ouvre chaque lundi de Pâques ses pelouses pour le traditionnel Easter Egg Roll. L’objectif de ce jeu apparu au Royaume-Uni : à l’aide d’un bâton ou d’une cuillère, faire rouler un œuf dur* et être le premier à franchir la ligne d’arrivée. La coquille doit rester intacte, bien sûr !


*Si vous n’êtes plus assez agile pour pousser un œuf avec une cuillère, pourquoi ne pas relire le poème de Blaise Cendrars Les Pâques à New York, composé pendant son séjour américain en 1911 ?


Article publié dans le numéro d’avril 2021 de France-AmériqueS’abonner au magazine.

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