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Pourquoi les Français sont-ils nuls en anglais ?

Cancres et fiers de l’être ! Forts de leur ancienne puissance coloniale, les Français se sont longtemps targués d’être nuls en langues étrangères. Un luxe qui n’est plus de mise dans une économie mondialisée. Pour combler ses lacunes à l’oral, et avec un certain retard sur ses voisins européens, la France se convertit aux vertus du bilinguisme et à l’apprentissage précoce de l’anglais. Une réforme prometteuse mais pas assez ambitieuse.

Les Français sont mauvais en anglais et n’ont fait aucun progrès en sept ans ! Une récente enquête de la société EF Education First*, dédiée à l’enseignement des langues, révèle cette absence d’amélioration. Sur les 63 pays testés, la France arrive en 29ème position. Plus alarmant encore, elle arrive 21ème sur les 24 pays européens étudiés. La population étudiée par Education First est constituée d’adultes, ce qui pousse à miser sur les jeunes générations pour enrayer cette stagnation.

Jusqu’il y a dix ans, la maîtrise d’une langue étrangère n’était pas une priorité en France. L’apprentissage de l’anglais (pour 9 élèves sur 10) commençait dans l’Education nationale, à l’entrée au collège. Certaines écoles primaires, notamment privées, débutaient l’apprentissage de la langue dès le primaire, en classe de CE1. Mais lorsqu’en 6e, de nouveaux élèves issus d’écoles où l’anglais n’était pas proposé au primaire, venaient rejoindre les autres, tous étaient logés à la même enseigne : on reprenait tout depuis le début, le bénéfice des connaissances acquises pendant quatre ans était rapidement perdu.

Depuis 2007, l’enseignement de l’anglais au primaire s’est développé. A la rentrée 2014 et à l’instar d’autres pays européens, l’enseignement de l’anglais (ou d’une autre langue vivante) est devenu obligatoire dans toutes les écoles, dès la classe de CP. “L’objectif de l’enseignement des langues en France est de permettre à chaque élève de communiquer dans au moins deux langues vivantes à la fin de sa scolarité”, affichait le ministère de l’Education nationale sur sa page d’accueil consacrée à l’enseignement des langues vivantes. Dans ce but, l’enseignement de l’anglais est donc aujourd’hui fondé sur une approche dite “actionnelle”, “communicationnelle”, de la langue. Oublié le cours magistral et l’élève passif, fini les listes de vocabulaire et les verbes irréguliers à apprendre par cœur : les élèves doivent participer.

Changement de méthode

Depuis 2001, les directives imposées par les formateurs des IUFM (Instituts Universitaires de Formation des Maîtres) aux jeunes professeurs stagiaires lors de leur première année d’enseignement, découpent chaque cours en plusieurs séquences bien précises : accueil des élèves, warm up, restitution de la leçon et correction des exercices, tâche finale, trace écrite. Avant la dernière étape de la “trace écrite”, les élèves ne prennent aucune note. La consigne précise que leur table doit être débarrassée de tout stylo ou cahier. L’objectif est que 80% du temps de parole soient dévolus aux élèves, 20% au professeur. Si l’enseignant constate un déficit qui empêche les élèves d’avancer dans le cours, il peut intervenir.

Le cours idéal est finalement celui où l’enseignant ne monopolise pas la parole. Le but est simple : savoir faire passer un message en anglais, donner du sens à ce que l’on dit. “Sens et authenticité” sont les deux maîtres mots des formateurs de langue des IUFM. “Pour moi, c’est tout à fait logique. Comprendre et se faire comprendre est le but principal de l’apprentissage d’une langue”, déclare Clémentine T., jeune professeure agrégée d’anglais, qui enseigne depuis deux ans dans un lycée de Seine-Saint-Denis. “Jusqu’à récemment, les élèves n’avaient pas l’occasion de parler anglais en classe. Aujourd’hui, on leur apprend enfin l’anglais. Avant, on considérait que l’anglais, c’était la littérature, et uniquement la littérature britannique, c’était ça le ‘vrai’ anglais.”

Le problème de cette nouvelle approche, souligne Doris B., professeur stagiaire dans l’un des meilleurs collèges de France, est que les élèves sont à la fois surestimés et sous-estimés. Surestimés, car ils reçoivent comme consigne de ne prendre aucune note avant la dernière séquence du cours, la “trace écrite”. Il faudrait que la langue anglaise émane d’eux de manière presque magique. A l’IUFM, on apprend que les cahiers de vocabulaire sont proscrits, et il n’est pas question de prononcer le mot “grammaire” dans un cours, ni même d’en parler. On ne va quand même pas leur faire la leçon. Mais quand les lacunes des élèves sont trop grandes, souligne Doris, il faut bien que l’enseignant intervienne ; les mots ne leur tombent pas du ciel. Il faut alors trouver des moyens pour “contourner” les directives de l’IUFM, et faire très attention, le jour où l’on est inspecté, à ne pas être pris en flagrant délit de leçon de grammaire.

Mais les élèves sont également sous-estimés, car on considère qu’ils ne peuvent pas faire deux choses à la fois : écouter et prendre des notes, ce dont ils seraient probablement capables, si on les laissait essayer. “Aujourd’hui, analyse Doris, on espère en fait enseigner l’anglais comme si c’était une langue maternelle : elle viendrait spontanément aux élèves ; ce ne serait pas un objet extérieur dont il faudrait apprendre les règles pour le maîtriser”.

Génération globish

Derrière le jargon académique qui découpe les cours en “tâche” et “trace écrite”, la réforme propose finalement d’aller au plus simple. L’important, c’est de parler et de se faire comprendre. Demander son chemin à Londres, commander un plat dans un restaurant américain, écrire un e-mail à un collaborateur étranger : on peut considérer que les élèves n’auront pas vraiment besoin d’être capables de beaucoup plus en anglais. Pour Clémentine T., ce choix d’enseigner un anglais “moyen”, celui que baragouine le touriste, mais qui va lui permettre de retrouver le chemin de son hôtel s’il est perdu dans un pays étranger, est un choix judicieux. Mieux vaut que les Français parlent un mauvais anglais plutôt qu’ils ne le parlent pas du tout. L’anglais est devenu si répandu qu’un anglais médiocre est toujours de l’anglais.

“Quand un élève est mauvais en anglais, c’est presque toujours lié au manque de confiance en soi”, affirme Doris B., qui enseigne en classes de cinquième et quatrième. “Tous les élèves peuvent progresser, si on les laisse parler.” Les adolescents sont gênés dès qu’il s’agit de prendre la parole, pour avoir un bon accent, il faut se forcer, se prendre pour un acteur de série américaine. “Le secret, c’est de leur faire oublier qu’ils parlent anglais”, ajoute Clémentine T. “Pour cela, il faut trouver des sujets qui vont les faire réagir, pour que leur envie de s’exprimer l’emporte.” C’est là que l’approche “communicationnelle” de la langue rend bien des services, surtout dans les classes difficiles. On ne s’embarrasse pas des fautes de grammaire, l’important, c’est de communiquer.

Il reste cependant un obstacle majeur à cette réforme de l’apprentissage des langues : le trop grand nombre d’élèves par classe. L’objectif d’une phrase par élève, lors d’un cours de 50 minutes, est très difficile à atteindre avec une classe de 35. Avec une classe de vingt élèves, l’approche actionnelle a des chances de faire ses preuves, au-delà de ce nombre, c’est beaucoup moins sûr.

Pardon my French

A la question des méthodes d’apprentissage de l’anglais s’ajoute l’idée qu’être mauvais en anglais est presque, en France, une fierté nationale. Le site d’information Rue89, dans un article du 15 mars 2012, rappelle, vidéos à l’appui, le faible niveau des présidents français en anglais. On peut par exemple se moquer de Nicolas Sarkozy, qui prononce money “monnaie”. Nicolas Sarkozy ou François Hollande n’ont, à leur décharge, jamais bénéficié de l’approche actionnelle dans leur apprentissage de l’anglais. Il faudra attendre un peu avant de voir si les candidats à la présidence sauront, dans trente ans, mieux s’en sortir. Mais on peut imaginer que ce nouvel apprentissage de la langue, fondé sur la seule nécessité de faire passer un message qui a du sens, pourra permettre aux futurs présidents de la République de recevoir cordialement la reine d’Angleterre, mais pas de prononcer un discours précis et clair sur l’économie.

Si l’on peut très bien réussir en politique en parlant si mal l’anglais, pourquoi se donner du mal, après tout, l’accent français est si charmant. Il faut préserver l’accent frenchy qui nous rend si populaires, encore plus à Hollywood. “Je pense que tout le monde a compris que j’étais une brèle en anglais”, déclare l’acteur Jean Dujardin, interrogé sur une éventuelle carrière américaine, dans une interview au magazine CinéObs, dans laquelle il insiste sur son “niveau de 4e“. Un acteur français qui parle anglais, ce n’est plus vraiment un acteur français, on le perd un peu.

Le Français, un mauvais élève décomplexé

Si les Français peuvent se permettre d’être mauvais élèves, les Néerlandais, les Danois ou les Finlandais, en tête des classements lorsqu’il s’agit d’anglais, n’ont pas d’autre choix que de maîtriser cette langue s’ils veulent lire des livres et voir des films étrangers. Les traductions dans leur langue maternelle sont trop rares, et chacun est exposé à l’anglais en permanence, dès le plus jeune âge. Et comment voyager à l’étranger si l’on parle uniquement le finnois ?

Un Français, lui, pourra toujours trouver quelqu’un pour le comprendre. Et puisque mal parler l’anglais est presque une tradition, le Français décomplexé ne s’en cachera pas. Les étudiants asiatiques aussi se retrouvent en mauvaise place dans les classements internationaux de la maîtrise de l’anglais. Mais si les Asiatiques parlent mal l’anglais, ils s’arrangent pour que ça ne se sache pas trop. A l’étranger, ils vont par exemple voyager en groupe avec un guide anglophone, qui leur évitera de se risquer à un mauvais anglais. Le serveur de café parisien se fera, lui, s’il en est capable, un plaisir de baragouiner l’anglais auprès de touristes.

Outre l’absence presque totale d’enseignants de langue maternelle anglaise dans les classes, notre prononciation si laborieuse et l’accent à couper au couteau de nombreux Français pourrait s’expliquer par l’écart phonétique entre le français et l’anglais. Le bon accent des étudiants allemands ou scandinaves, en plus de la différence des méthodes d’enseignement et l’environnement culturel, pourrait ainsi être attribué à la proximité sonore qui lie les groupes de langues. Les locuteurs de langue latine auront, eux, le plus grand mal à reproduire le “th”, le  “h” et le placement des voyelles.

Culture savante vs culture vivante

Les collégiens et les lycéens qui bénéficient aujourd’hui d’une nouvelle méthode d’apprentissage des langues seront-ils, à défaut d’être meilleurs, moins mauvais en anglais que leurs parents ? Pour Clémentine T., la réponse est oui. En 2013, pour la première fois, une épreuve orale d’anglais était imposée à tous les bacheliers dans les séries générales, S, ES, L et la série STG (Sciences et technologies de la gestion). Il s’agissait d’un oral sur programme, à partir de documents étudiés en classe pendant l’année, d’une durée de dix minutes. “Cela oblige les élèves à réviser l’anglais pour le bac. Avant, c’était une matière uniquement notée à l’écrit, il n’y avait pas de programme, et cela ne serait venu à l’idée de personne de réviser l’anglais pour le bac”, précise Clémentine T.

Cette situation qui oblige les élèves à faire preuve de “répondant” dans une autre langue face à un examinateur va peut-être débarrasser l’anglais de son image de matière “facile”, qui n’a pas sa place dans les plannings de révision, au lycée comme dans l’enseignement supérieur.

A l’École nationale des Chartes, à Paris, les cours de langue ont mauvaise réputation. “Tout le monde sèche, c’est n’importe quoi les cours de langue”, reconnaît Alice, élève en première année à l’École. S’il y a un cours que l’on peut bien sécher, c’est le cours de langue. Même chose à l’École polytechnique, où le cours d’anglais est le plus susceptible de passer à la trappe dans l’emploi du temps. “Le professeur nous proposait de rejouer en cours des scènes de la série télévisée américaine How I Met Your Mother“, se souvient Julie, polytechnicienne. “Quand le cours est trop cool, on a un peu l’impression qu’on se moque de nous.”

Les séries américaines à la rescousse

La réforme de l’enseignement des langues n’est pas le seul espoir de voir s’améliorer le niveau des Français : Internet et la mode des séries télévisées américaines et anglaises y sont aussi pour beaucoup. Si une version française de Facebook est disponible, de nombreux utilisateurs qui maîtrisent mal l’anglais choisissent de conserver la version originale, et “postent” des messages en anglais. Depuis une dizaine d’années, les séries anglophones sont particulièrement à la mode. Il faut patienter plusieurs mois pour avoir la version française d’une série, quand on peut télécharger (illégalement) sur Internet les épisodes en version originale. Pour connaître la suite de Game of Thrones ou Downton Abbey au plus vite, les jeunes Français n’ont pas d’autre choix que de regarder la V.O. Souvent, l’épisode est disponible dès le lendemain de sa diffusion à la télévision américaine ou anglaise avec des sous-titres français.

Ces sous-titres réalisés par des fans de la série, souvent étudiants en anglais, reflètent leurs lacunes linguistiques et culturelles et comportent quelques perles : par exemple, la réplique “It’s not a Best Western here”, dans un épisode de la série Gossip Girl sera traduite par “on n’est pas dans un western”. Mais ceci traduit également l’intérêt et l’effort pour comprendre une histoire en anglais. C’est bien là désormais le but de l’enseignement des langues. “Les jeunes Français parleront de plus en plus anglais car ils y sont de plus en plus exposés. Mais le problème, souligne Clémentine T., c’est qu’ils ne font pas le lien entre les séries qu’ils regardent durant leurs loisirs et leurs cours d’anglais en classe. Ils conçoivent les deux comme des univers séparés.” S’ils comprenaient que les cours d’anglais leur donnent une chance d’apprécier Game of Thrones en V.O. non sous-titrée, cela changerait peut-être tout…

*Enquête menée sur 750 000 adultes dans 63 pays.

  • C’est simple le français est une langue romane l’anglais non. Des grands linguistes ont démontrés que les langues scandinaves avaient une structure identique à l’anglais, ce qui rend l’apprentissage aisé.

    Donc vos conclusions bidons du styles les films en VO ou autre bourrage de crâne des le CP ça ne veut rien dire, sauf culpabiliser une culture de langue latine de n’être pas nordique, saviez vous que les francais avaient un très bon niveau en espagnol, étonnant non ?

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