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Quand le climat devient politique…

Le chercheur Peter B. deMenocal fait le point sur les derniers développements autour du réchauffement climatique. Il sera, avec Luc Hardy, invité au débat Hot Topics organisé jeudi à 19h au FIAF avec France-Amérique.

Professeur au Department of Earth and Environmental Sciences à l’Université de Columbia, Peter B. deMenocal, invité au débat Hot Topics France-Amérique/ French Institute Alliance française, organisé au FIAF le 13 mars, revient sur les politiques autour du réchauffement climatique.

France-Amérique :
Où en est le débat aujourd’hui au sein de la communauté scientifique autour du problème du réchauffement climatique?
Peter deMenocal : Si l’on veut schématiser, il y a deux écoles de pensée. Ceux qui estiment que l’intervention humaine a une influence déterminante sur le réchauffement climatique, et ceux qui à l’inverse pensent que l’homme n’a rien à voir avec ce phénomène physique. Aujourd’hui il faut être clair, la majorité des scientifiques – je dirais 90% des chercheurs – , est persuadée que l’homme a une influence évidente. Aux causes naturelles comme l’activité solaire et volcanique, s’ajoute le rôle de l’homme. Ce sont les médias qui cherchent à polariser l’opinion scientifique alors qu’en réalité il y a presque un consensus chez la majorité des chercheurs.

F.-A. : Comment mesure-t-on le rôle des activités humaines?
P. dM. : Il y a le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) – en anglais, IPCC, Intergouvernemental panel on climate change, créé en 1998 par l’Organisation météorologique mondiale (OMM) et le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), dont peuvent faire partie tous les membres de l’ONU et de l’OMM, qui tous les 4 ans donne la mesure du réchauffement. Il est clair d’après ces mesures que sur les 15 dernières années, on note une nette tendance au réchauffement de la planète. Au cours des deux dernières décennies, on a enregistré 16 ans de records historiques.

F.-A. : Mais quel est le degré d’urgence ?
P. dM. : Il faut comprendre qu’une variation d’une fraction de degré de la température à la surface de la terre est importante. Aujourd’hui la température de la terre n’est que de 5°C supérieure à celle qui sévissait lors de la dernière glaciation. Les pôles étaient couverts de glace, mais la température dans les tropiques avait peu évolué.

F.-A. :
Quel est exactement le rôle de votre institut ?
P. dM. : Nous avons environ 200 chercheurs qui étudient l’évolution d’El Nino année après année, la circulation des océans, et les variations historiques de climat. C’est d’ailleurs ma spécialité. J’étudie le climat en Afrique d’il y a 10 000 ans, pour détecter d’éventuels changements importants de température.

F.-A. :
Comment peut-on étudier le climat d’il y a 10 000 ans ?
P. dM. : Il y a différents outils : l’étude des anneaux des arbres (tree rings) mais aussi l’analyse des sédiments océaniques. Avec mon équipe, nous avons fait un voyage d’étude l’été dernier à bord d’un bateau d’observation le long de la côte entre Lisbonne et le Sénégal où nous avons foré tous les 100 kilomètres. La côte africaine est particulièrement intéressante car le climat est très chaud l’été et très arrosé pendant la saison des pluies. Il y a donc en période sèche beaucoup de poussière qui se crée et se dépose en large quantité si la température est élevée. L’étude du passé nous donne des éléments de comparaison.

F.-A. : Si les évidences du réchauffement climatique sont criantes, pourquoi les politiques et notamment aux États-Unis ne réagissent pas plus rapidement?
P. dM. : Entre scientifiques et politiques, il y a un monde. Ces derniers doivent tenir compte de l’opinion publique et éventuellement faire des compromis, ce qu’un scientifique n’a pas à faire. Mais je crois que les mesures du GIEC ont convaincu les hommes politiques américains. Pour l’instant, on en a peu parlé dans la campagne présidentielle, mais c’est un sujet qui va faire surface d’ici novembre. Tous les candidats, notamment Mc Cain et Obama, ont réfléchi à la question.

F.-A. :
Le film d’Al Gore The Inconvenient Truth (Une vérité qui dérange) a-t-il eu un rôle important?
P. dM. : Je crois que l’intervention d’un politique dans un domaine scientifique peut être catastrophique s’il défend des non vérités, mais cela n’a pas été le cas, je pense. Al Gore avait fait son travail. Bien sûr il y a quelques erreurs, lorsqu’il attribue au réchauffement climatique la disparition des dodos, c’est une erreur scientifique mais c’est mineur. Sur le fond, son message était juste et il a sonné l’alarme.

F.-A. : Comment expliquez-vous l’attitude des États-Unis au dernier sommet de Bali?
P. dM. : Je crois que les États-Unis ont été humiliés. Ils se sont trouvés acculés. L’administration Bush, en arguant que le dioxyde de carbone n’était pas un polluant, qu’il ne fallait pas réglementer son usage, s’est ridiculisée. Je crois néanmoins que la solution n’est pas dans la privation, dans une diminution de l’activité économique, – ce que mon pays n’acceptera que difficilement -, mais plutôt dans la recherche d’une plus grande efficacité. C’est évident que le gouvernement actuel gaspille les ressources. C’est le règne des grosses voitures, des maisons surdimensionnées, les fameuses “Mc mansions”. Des économies d’échelle seraient souhaitables.

F.-A. : Des mesures coercitives ne seraient-elles pas plus efficaces?
P. dM. : Je crois que dans un pays capitaliste comme les États-Unis c’est impensable.

 

Hot Topics : le réchauffement climatique

Modéré par Pascale Richard, rédactrice en chef de France-Amérique, le débat présentera les perspectives française et américaine, mettant en valeur les approches des deux pays.
Le public est invité à participer en posant des questions. Les deux invités sont Peter B. deMenocal et Luc Hardy.

Peter B.deMenocal est professeur au département Earth and Environmental Sciences à Columbia University. Il a reçu le prix Lenfest Columbia Distinguished Faculty en 2008 et est le rédacteur en chef du journal scientifique Earth and Planetary Science Letters.

Luc Hardy est un explorateur français. Il a monté une expédition au Groenland en juillet 2007, et en antarctique en 2003. Luc Hardy est l’auteur d’un livre qui raconte sa dernière expérience, Aventure Antarctique, edité par France Loisirs. Il a créé Sagax, une entreprise de conseil et d’investissement pour des sociétés technologiques.

Le jeudi 13 mars 200, 19h
Tinker Auditorium, 55 East 59th Street NY

FIAF Members 8$, Non Members 12$
Tél.: 212 307 4100
www.fiaf.org

 

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