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Rebecca Zlotowski : « J’offre une vision érotisée de l’existence »

Dans son quatrième film, Une fille facile, disponible sur Netflix aux Etats-Unis depuis le 13 août, Rebecca Zlotowski met en scène l’actrice, créatrice et mannequin franco-algérienne Zahia Dehar, connue du public pour avoir été au centre d’une affaire de prostitution de mineurs dans le milieu du football français. Dix ans après les faits, la réalisatrice pose son regard sur la créature Zahia, son érotisme exacerbé et son désir de liberté. Elle incarne la sulfureuse Sofia, qui le temps d’un été cannois, rend visite à sa jeune cousine Naïma et l’initie au luxe, à la sensualité, à l’ascension sociale, ses codes et ses désillusions.
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Zahia Dehar (à gauche) et Mina Farid dans Une fille facile de Rebecca Zlotowski. © Julian Torres/Les Films Velvet

France-Amérique : Pouvez-vous rappeler qui est Zahia, l’actrice qui donne son nom au film (Une fille facile) et que l’on compare parfois à Brigitte Bardot ?

Rebecca Zlotowski : Il y a dix ans, Zahia s’est retrouvée au milieu d’une affaire de mœurs en France. C’est un sous-texte avec lequel le film s’amuse, même s’il prend de la distance avec cet horizon de prostitution. Aujourd’hui, la personne qui m’a inspirée n’était pas une jeune prostituée de 15 ans mais une jeune actrice qui a une façon de parler, de se déplacer, de s’habiller, qui est autant provocante que libre. Pour une cinéphile comme moi, elle rappelait l’imaginaire rohmérien et italien des années 1960. C’est avec toutes ces couches d’inspirations qu’elle a incarné le personnage.

Depuis #MeToo, Time’s Up et le questionnement sur la place des femmes dans l’industrie du cinéma, l’expression female gaze qui désigne le regard féminin à l’œuvre derrière la caméra, s’est imposé. Comment le définiriez-vous ?

C’est une notion complexe qui se définit difficilement pour l’instant, qui est encore en train de fabriquer son corpus. Je trouve que c’est un outil intéressant mais le female gaze ne peut pas être tout ce que le male gaze n’englobe pas. Personnellement, cela m’intéresse beaucoup plus de comprendre le regard d’un metteur en scène quel que soit son genre ou son sexe. Je suis une femme cinéaste, mais je ne suis pas sûre d’être une représentante du female gaze. En revanche, je suis certaine que j’ai mon propre regard.

Dans le film, le corps de Sofia est filmé sous toutes les coutures. Cette sexualisation du corps plastique n’est-elle pas problématique ?

Je pense que cette sexualisation n’est ni problématique, ni vertueuse, mais fait partie de la narration. Dans la fragmentation de ce désir, il y a une part d’objectivation du corps féminin, mais sans le réduire à son érotisme. Il s’agit de voir qu’un corps peut aussi changer la représentation et les rapports entre les gens. Sofia utilise ce corps comme une arme sociale. Et pourquoi ne pourrait-elle pas en être la bénéficiaire ? Son corps est un outil aussi puissant qu’un yacht ou l’argent pour un homme. Je ne propose pas une vision morale, mais une vision érotisée et esthétique de l’existence.

Les questions de liberté et d’émancipation sont très présentes dans le film. Pourquoi avez-vous mis en ouverture cette phrase de Pascal, « la chose la plus importante à toute la vie est le choix du métier : le hasard en dispose » ?

Je voulais à tout prix éviter l’idée que ce film soit un coming of age sur la question de la sexualité. Je voulais montrer comment les adolescentes sont confrontées à leur destin, avec d’un côté la transaction matérielle par la sexualité chez Sofia, et de l’autre Naïma qui s’apprête à choisir un métier.

Vous dressez un portrait de classes sociales interdépendantes mais qui ne se mélangent jamais. Cet aspect a-t-il motivé votre choix de filmer à Cannes ?

L’été à Cannes, il y a cette indécence des gens qui prennent du plaisir à s’exhiber sur les yachts face aux classes moyennes. Moi je trouve que les exhibitionnistes dans le film, ce n’est pas la fille qui porte une robe transparente, mais ces milliardaires qui jouent de la guitare bossa nova devant les prolos de la plage publique. Pourtant, des rencontres sont possibles. Il y a des endroits inattendus de résolution des rapports de classe le temps d’un été, comme une parenthèse de coexistence entre ceux qui n’auraient jamais été amenés à se rencontrer.

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Publiée dans un format bilingue, en français et en anglais, la revue France-Amérique s’adresse à tous ceux qui s’intéressent à la culture française et à l’amitié franco-américaine.

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