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Relents du fascisme français : Eric Zemmour accuse l’historien américain Robert Paxton de dénigrer Pétain

EDITO. Eric Zemmour, disciple de Jean-Marie Le Pen prononce, dans son livre intitulé Le suicide français, un vif éloge du régime de Vichy qui aurait “sauvé les Juifs de France”. Selon lui, l’historien américain Robert Paxton est un acteur diabolique dans le vaste complot qui détruit la France éternelle, la France pure.

On sait que Jean-Marie Le Pen admire la “correction” des occupants nazis en France, qu’il considère que les fours crématoires sont un “détail” et doute de l’ampleur de l’Holocauste. Mais son disciple, le pamphlétaire Eric Zemmour, dans un livre intitulé Le suicide français, va plus loin encore, prononçant un vif éloge du régime de Vichy qui aurait “sauvé les Juifs de France”. Selon Zemmour, seuls auraient été livrés aux Nazis, des “immigrés clandestins” : par un regrettable hasard, ces clandestins étaient parfois juifs. Cette grande bonté de Pétain qui voulait garder la France pure, la France aux Français, a malheureusement, selon Zemmour, été niée par l’historien américain Robert Paxton. De fait, Paxton, dans son livre La France de Vichy, publié en 1973, a démasqué le régime de Vichy – à partir de l’étude des archives et pas des discours politiques idéalisant la France résistante – en démontrant combien Pétain et ses sbires (du type Maurice Papon à la Préfecture de Bordeaux) participèrent activement à l’extermination de tous les Juifs, français ou pas, et se précipitèrent au-devant des exigences allemandes. Mais pour Zemmour, Paxton est un acteur diabolique dans le vaste complot qui détruit la France éternelle, la France pure. (A l’occasion, il faudrait que Zemmour m’explique pourquoi mon père fut arrêté en 1944 par la gendarmerie française à Agen, et pas par les Nazis. Un “détail” sans doute.)

A cette défense grotesque de Vichy, Paxton a déjà répondu dans la presse française et il s’explique plus complètement sur l’ensemble de son œuvre dans le magazine de novembre de France-Amérique. En vérité, aucun historien français ne conteste plus les conclusions de Paxton, mais Zemmour n’est pas un historien. Il s’inscrit dans la vieille lignée des idéologues d’extrême-droite, de La France juive d’Edouard Drumont, publiée en 1886, en passant par les partisans du fascisme dans les années 1930, les négationnistes des années 1960 (Robert Faurisson, par exemple). La trame de cette idéologie est constante : la Vraie France (les descendants des Gaulois sans doute ?) est en déclin parce qu’elle est envahie par les Juifs (Zemmour étant juif reporte sa haine sur les Arabes, les Africains et les Roms). Cette invasion est organisée par des “élites” qui haïssent la France, les polytechniciens, les énarques, les communistes… Autant qu’il aime Pétain, Zemmour hait De Gaulle, lui qui a bradé “nos belles colonies” (la famille Zemmour fut algérienne) et pire encore, il a autorisé, en 1965, les femmes à ouvrir un compte en banque sans l’autorisation de leur mari. Sic. Zemmour, avant de se spécialiser dans la haine des immigrés, avait fait campagne dans un premier ouvrage, Le premier sexe, contre les féministes qui interdisaient aux femmes d’être des vraies femmes et aux hommes, des vrais mecs.

Robert Paxton a comparé Zemmour à certains thuriféraires du Tea Party américain, mais la comparaison ne tient pas. Le Tea Party est anarchiste, tandis que  Zemmour aime l’Etat à condition qu’il soit géré par Pétain ou, par manque de vrais chefs, par des mâles blancs qui pourchassent les immigrés. Zemmour est bien français, car le fascisme dont il est l’expression est aussi une tradition française : c’est malheureux mais indéniable, le succès de son livre en témoigne.

Retrouvez dans le magazine de novembre de France-Amérique une interview de Robert Paxton.  Pour vous abonner au magazine, cliquez ici.

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