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Riccardo Muti et Gérard Depardieu envoûtent Chicago

Le Chicago Symphony Orchestra , avec Riccardo Muti qui vient de prendre ses fonctions de directeur musical , a ouvert sa saison le 24 septembre dernier avec un programme  français, La Symphonie Fantastique et Lélio  ou le Retour à la Vie de Hector Berlioz. Et dans le rôle du narrateur, Gérard Depardieu. Un grand moment que Jean-Paul Scarpitta metteur en scène  d’opéra renommé fait partager à nos lecteurs.

L’incroyable son enveloppant de cet Orchestre exceptionnel n’est plus à vanter. Sous la baguette humaine et magique de Muti tout devient rêves et passions … l’âme !  L’attaque du premier mouvement de la “Fantastique ” était d’une transparence inouïe, le phrasé d’une sensibilité profonde sans excès , le tempo toujours retenu , même dans les moments les plus vifs nous rappellent à quel point Riccardo Muti comprend la musique mieux que personne .

Même malade sa musique raffermit et ressuscite ! 
Ce Muti est un miracle ! Et quel homme, quel rebelle !  Il remplit l’âme d’ardeur, on se sent comme à vingt ans ! 
Mais soulignons ce grand style à travers une subtilité infinie … éloignée du goût d’aujourd’hui fondé, lui hélas, sur les effets et l’exaspération des apparences. 
Chez Muti la gestuelle est toute inspirée, de l’intérieur , dans un mouvement perpétuel , si élégant , honorant ainsi la musique , en étant juste derrière elle , la guidant et liant les scènes les unes aux autres dans une fluidité qui nous fait percevoir l’infinité des choses de la vie.

Quel humaniste ce Muti !  Les couleurs de sa musique deviennent les nôtres. 
Le public dans un vrai recueillement semble surmonter une indolence intérieure, contredire le principe d’inertie qui nous confine , et , comme toujours l’audace du Maestro est récompensée .  Il s’agit bien là d’un acte moral autant que spirituel ! 

Muti est un compositeur ! 
Tout ce dont on rêve se réalise : un soulignement très léger par quelques instruments , quelques mesures de figuration thématique chaque fois , jouées par des instruments plus clairs comme la flûte ( jouée par un musicien français Mathieu Dufour ) , les clarinettes , les violons , le tambour , les trompettes , les trombones , les percussions … Chaque musicien se distingue … un enivrement ensemble … le génie de la saine exactitude , celle qui fait vaciller et vous emporte si loin !  Autant que dans la  Fantastique que dans Lélio, Muti nous montre comment on rénove et réactualise de la musique tout en l’illustrant dans le même temps.
Il n’y a jamais d’arrogance, tout pétille , tout vibre et vit mais subtilement , très discrètement entre les différents mouvements de façon à ce que , pendant les passages en prose de Lélio par exemple, on soit fortement stimulé par la musique , mais pas satisfait , et que l’on en profite deux fois mieux lorsqu’elle recommence à couler à flots .  Les chanteurs – les merveilleux Mario Zeffiri (ténor ) , Kyle Ketersen ( basse-baryton ) – et le Choeur de toute beauté du Chicago Symphony Orchestra marquent la tonalité de manière grandiose , si émouvante , au sens le plus noble du terme.

Quant au soulignement occasionnel de la prose, Gérard Depardieu en fait un véritable rôle shakespearien . 
Il est comme un “lento”, un ” presto” , un “prestissimo ” , un ” accelerato ” continu , hypnotisant, fait d’allées et venues enivrantes .  Le son de sa voix envoûtante est à la fois pleinement vivant et cosmique.
Son talent se déverse avec toute sa force créatrice devant un auditoire qui ne comprend pas le français, qui lit les surtitres certes , mais qui respire pleinement ce qu’il écoute et entend . 
La complicité, mieux encore la connivence , entre Muti et Depardieu est à son comble ! 
L’intransigeance de l’art les réunit pour aboutir à la grâce de la construction créatrice .

Infos pratiques :

Chicago Symphony Orchestra : http://cso.org/

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