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Sami Frey dans la peau de Samuel Beckett

Beckett, les planches et New York. Le magnifique septuagénaire Sami Frey renouera avec ses premières amours le week-end du 9 et 10 avril au Fiaf et le 15 avril à Washington. Une première américaine pour l’acteur, dans sa propre mise en scène de l’écrivain irlandais, jouée à guichets fermés au théâtre de l’Atelier de Paris.

France-Amérique : Vous allez jouer Samuel Beckett, un auteur qui vous habite depuis plusieurs années ?

Sami Frey : Nous nous sommes « rencontrés » véritablement par accident, à l’occasion d’une lecture de Cap au Pire que j’avais projeté de faire. Le soir où je devais faire cette lecture, j’étais sonorisé, et il y a eu un problème technique. Pendant cet incident, j’ai lu ses Textes pour Rien et ça a été comme une véritable illumination pour moi. Je travaillais déjà sur Beckett, mais ce jour-là a été un approfondissement soudain et immédiat de cet auteur, une révélation profonde. Depuis, j’ai exploré son univers en profondeur, et il n’y a plus jamais eu de distance entre son verbe et moi.

F-A : Certains imaginent que Beckett est un auteur pessimiste…

S. F. : Non, pas du tout. Au contraire, c’est très jubilatoire Beckett ! C’est un humour décapant, très drôle. Les gens rient beaucoup dans la présentation que je fais du Premier Amour. Mais cet humour est déchirant.

F-A : De quoi parle cette pièce, Premier amour ?

S. F. : Il s’agit de la rencontre d’un jeune homme expulsé de chez lui à la mort de son père et de sa rencontre avec une femme sur un banc. C’est raconté par un homme assez âgé. J’ai choisi cette optique-là car Beckett a écrit ce texte en 1945, à 39 ans mais il ne l’a pas publié tout de suite. Il l’a revisité vers 1962-1963 ans et le texte porte vraiment les marques de ces deux âges. J’ai choisi de le présenter sous les traits d’un personnage vraiment âgé qui se souvient. Il y a une exploration du sentiment amoureux formidable, honnête et vivace dans cette pièce. Et beaucoup d’humanité.

F-A : Qu’est-ce qui vous séduit le plus chez Beckett ?

S. F. : Ce qui me captive chez cet auteur, c’est sa langue. J’y suis excessivement sensible. Beckett a un emploi du français qui est absolument irrésistible. Ses textes demandent cependant beaucoup de travail pour atteindre une certaine fluidité. On sent que c’est un français appris.

F-A : D’où l’importance de jouer Premier amour en français ?

S. F. : Oui, car c’est l’un des premiers textes que Beckett a écrit en français avant de le traduire en anglais. C’est très important car cette approche du français, qui n’est pas sa langue maternelle, fait la spécificité du texte.

F-A : On dit que l’écriture de Beckett diffère du français à l’anglais ?

S. F. : Je ne parle pas assez bien anglais pour apprécier les deux choses mais je suis sûr que ses textes français doivent avoir un petit quelque chose en plus. Une étrangeté, un exotisme dans l’emploi du français. Quelque chose d’irrésistible, sans être caricatural.

F-A : Vous allez passer du théâtre de l’Atelier de Paris à New York. Que vous évoque cette ville ?

S. F. : J’y ai passé de longs et agréables moments, il y a assez longtemps. J’ai aussi tourné des films à Los Angeles. Mais New York est une ville qui m’a tout de suite émerveillé esthétiquement… (rêveur) Le ciel de New York. Les immeubles de New York. Marcher dans New York. Oui, à New York, on devient marcheur… On marche, on marche, on marche. On aligne bloc sur bloc.

F-A : Que pensez-vous de l’approche américaine du théâtre que proposait par exemple l’Actors’ Studio ou l’American Stanislavski Theatre ?

S. F. : Je pense que quand on fait un métier artistique, et en particulier du théâtre, il y a du bon à prendre partout. Il y a du bon chez Stanislavski, il y du bon à l’Actors’ Studio, chez Bob Wilson, chez les Allemands. Ensuite il faut garder ce qui convient le mieux à votre expression, sans suivre les écoles de façon dogmatique. J’ai été moi-même très sensible à ces enseignements. Ce que j’ai compris, c’est le pourquoi de son existence. Je crois qu’à son époque on jouait très longtemps à Broadway. Au bout d’un certain nombre de représentations, les gens étaient complètement déphasés et n’arrivaient plus à avoir de contacts avec eux-mêmes. Je pense donc que la technique de l’Actors’ studio était une technique pour se rapprocher de soi-même dans la mémoire émotionnelle, ce que je trouve très intéressant.

F-A : Quels sont vos prochains projets au théâtre ?

S. F. : Je vais faire une assez longue tournée avec Premier Amour qui va me prendre 3 ou 4 mois et j’ai un autre projet au théâtre pour plus tard, dont je ne peux pas encore parler…

F-A : Votre rapport au théâtre a certainement dû évoluer avec le temps ?

S. F. : Certainement, oui. J’espère pour moi. Sinon je serais une pauvre palourde ! (rires).

 

Informations pratiques

La pièce Premier Amour avec et par Sami Frey sera jouée les 9 et 10 avril à 20 h au Florence Gould Hall du FIAF à New York ($20 pour les membres du FIAF,  $40 et $50 pour les non-membres/  www.fiaf.org ).  et le 14, 15 et 16 avril à 19h 30 à La Maison Française de Washington. Samy Frey présentera également Cap au pire de Samuel Beckett le 17 avril à 20 h00 à toujours à La Maison Française de Washington ( $40, les deux performances : $ 60).



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