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Sans président, le Liban s’enfonce dans la crise

Le mandat du chef de l’État prosyrien s’est achevé vendredi dernier; le Premier ministre, Fouad Siniora, assure un fragile intérim.

Le Liban a sauté hier dans l’inconnu en prenant quelques précautions. La majorité et l’opposition ont passé un accord tacite pour gérer le vide institutionnel provoqué par le départ du palais de Baabda du président prosyrien Émile Lahoud. Le pays n’a, en principe, plus de président de la République, mais l’affrontement entre le mouvement du 14 mars, emmené par Saad Hariri, et l’alliance conduite par les partis d’obédience chiite et les disciples du général chrétien Michel Aoun n’aura pas lieu dans l’immédiat.

Les députés de la majorité, appuyée par les pays occidentaux et l’Arabie saoudite, ont renoncé à élire un successeur au président sortant à la majorité simple. De son côté, l’opposition, soutenue par l’axe syro-iranien, a écarté la menace de la formation d’un gouvernement parallèle à celui du Premier ministre Fouad Siniora, dont elle conteste la légitimité. Selon la Constitution, ce dernier assume par intérim les responsabilités présidentielles, tandis que le chef d’état-major des armées, le général Michel Sleimane, voit ses prérogatives renforcées. Le président sortant Émile Lahoud a confié hier soir à l’armée des pouvoirs élargis pour garantir la sécurité du Liban. Cette décision est une épine dans le pied de la majorité. "Une période de transition négociée s’est ouverte pour parer à une explosion", explique la politologue Fatiha Kiwan.

Dans Beyrouth quadrillée par l’armée, les députés de la majorité – réfugiés depuis deux mois dans l’hôtel Phoenicia – se sont rendus à bord de véhicules blindés au Parlement, en brandissant des portraits des "martyrs", les responsables politiques abattus, selon eux, par les agents à la solde du régime syrien. La campagne d’assassinat a obligé les élus à s’enfermer jusqu’à l’élection d’un successeur d’Émile Lahoud dans les suites de l’hôtel, qui ressemble à une prison dorée. Mais leur "libération" n’est pas pour demain.

En raison du boycott de l’opposition prosyrienne, la séance parlementaire d’hier n’a pas pu se tenir, faute d’un quorum de deux tiers de présents. Nabih Berri, le président du Parlement, a décidé de reporter le vote au 30 novembre. "Nous sommes entrés dans une nouvelle phase malsaine, voire dangereuse. Chacun est conscient qu’il faut prévenir les dérapages", commente le ministre et député Michel Pharaon. "Nous n’avons pas franchi le Rubicon: c’est la preuve que nous ne fermons pas la porte à la discussion", affirme Marwan Hamadé, le ministre des Télécommunications.

Le refus de la surenchère survient après la fin de la médiation française en faveur de la désignation d’un chef d’État nommé sur la base d’une liste de personnalités de consensus. Aucun nom fourni par le cardinal Nasrallah Sfeir, le patriarche de l’Église catholique maronite, n’a convaincu. "La raison du blocage tient avant tout à l’absence de réponses à des questions qui révèlent des retombées libanaises des enjeux internationaux. On ignore par quel processus le Hezbollah peut accepter de désarmer et comment va s’accompagner au Liban la création d’un tribunal international chargé de juger les assassins présumés de Rafic Hariri", analyse le juriste Zyad Baroud.

Si Paris n’est pas parvenu à faciliter un accord, Washington est resté en retrait, n’intervenant hier que pour appeler au calme. Le statu quo est également favorisé par Damas, peu pressé de voir le Liban s’embraser. Quant aux Libanais, ils conjurent leurs vertiges en balisant le chemin du précipice.

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