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Sébastien Tellier de retour à New York

Sébastien Tellier, le pape barbu de l’électro frenchie est de retour aux États-Unis avec son troisième album, Sexuality. Il était en concert à New York, mercredi soir au Poisson Rouge. Son nouveau clip, “Kilometer“, réalisé par Jonas et François, qui le montre en bonne compagnie, entouré de jeunes filles, alimente son image de gourou sexuel.

À 33 ans, Sébastien Tellier touche enfin à l’amour avec son album Sexuality parfaitement travaillé… au corps. En concert, il essaye alors de donner plus d’énergie à sa musique afin que celle-ci donne envie aux couples de son public de s’embrasser. L’homme aux lunettes noires vend même en exclusivité son nouvel album dans les magasins américains de la marque glamour American Apparel.

 

Aux États-Unis, l’électro française marche plutôt bien. Que pensez-vous de la french touch dans ce milieu ?

Elle est assez puissante en ce moment. Les gens s’intéressent de nouveau à la musique française électronique. Il y a eu un pic il y a dix ans et aujourd’hui, cela revient comme un cycle infernal de la vie (rires). Et c’est normal car c’est une scène qui crée, qui ne répète pas ce qui a déjà été fait, qui a de l’inventivité, de l’ambition et du talent. Beaucoup d’autres musiques se contentent de répéter et de revivre ce qui a déjà été fait avant, comme notamment les albums de folk, de reggae et de rock.

L’électro marche-t-elle mieux aux États-Unis qu’en France ?

La véritable musique électronique vient des États-Unis puisque presque toutes les musiques sont faites avec de l’électro : aussi bien la pop que le R’n’B et le rap. L’électro n’est pas une catégorie et c’est ce qui est plaisant ici. En France, il y a encore beaucoup de disques enregistrés avec des guitares, des contrebasses, etc. Finalement, c’est ce qui classe la musique électronique dans une certaine catégorie là-bas.

Comment avez-vous rencontré Guy-Manuel des Daft Punk ?

Pendant un an, j’ai composé la musique et écrit les paroles de mon album. Comme cela parle de sexe, je voulais un son sophistiqué. Or, ce qui sort naturellement de mes doigts, c’est de la musique des années 70. Je n’avais pas envie de parler du sexe des années 70, mais plutôt du sexe d’aujourd’hui. Il me fallait donc un producteur actuel et j’ai choisi Guy-Man car avec les Daft Punk, il est au cœur de ce qui est ou non sophistiqué. Nous nous connaissions déjà car nous nous croisons très souvent dans les soirées parisiennes.

Comment s’est passée votre collaboration ?

Tout s’est très bien passé. Mon arrivée en studio fut le début des plus belles vacances de ma vie (rires). C’était comme partir dans une belle rolls-royce blanche. J’étais installé à l’arrière sur la banquette en cuir et Guy-Man était au volant. J’avais juste à lui indiquer la direction à prendre. Il se chargeait de tout, j’étais juste là en touriste. Je suis arrivé avec une maquette et à partir de là, nous avons discuté de nos idées et de l’angle de production. Guy-Man a créé le rythme, il a choisi les sons et nous avons dirigé ensemble la production de l’album.

Combien de temps a duré l’enregistrement ?

Il s’est étalé sur six mois et nous avons été plutôt efficaces sans pour autant travailler dans l’urgence. Nous étions assez studieux en studio, c’était une ambiance très militaire (rires). D’ailleurs, quand on me demande de raconter une anecdote particulière ou amusante, je n’ai rien à raconter car nous étions « straight de chez straight » (disciplinés, ndlr). Je ne sortais même pas le soir. Finalement, en studio, nous ne parlions presque jamais, nous ne faisions que de la musique.

On a du mal à croire que Sébastien Tellier ne sorte pas le soir pendant six mois…

Je suis sorti un peu quand même (rires). Mais je ne suis pas un accro des sorties, je suis assez casanier. Mon activité préférée, c’est de manger des biscuits devant la télé. Après, quand on fait de la musique qui essaye d’être dans l’air du temps, on est finalement plus ou moins entraîné dans les boîtes de nuit. Il y a un destin qui se crée (rires) et on finit par sortir souvent. Je n’aime pas spécialement ça et même, je suis plutôt mal à l’aise en boîte.

« Nous sommes le jouet de notre propre sexualité »

Comment se passe le live quand vous jouez des chansons de cet album ? Qu’apportez-vous de différent ?

J’essaye d’apporter plus d’énergie car c’est ainsi que je vis la musique. Quand j’écoute un disque chez moi, j’en attends de l’émotion, et quand je me rends à un concert, j’en attends de l’énergie. J’essaye donc de faire une musique un peu plus hargneuse, d’aller moins dans la douceur pour fournir des sons plus aiguisés. Ce qui compte pour moi, c’est de faire revivre le feeling des années 50, quand les gens allaient à un concert pour flirter. C’était l’occasion de rencontrer des filles ou d’en amener une pour l’emballer. J’essaye de recréer ce climat et ce que j’aime voir dans le public, plus que les applaudissements, ce sont les gens qui s’embrassent par-dessus mes chansons.

Cela arrive-t-il souvent ?

Oui car sur cet album, je n’ai plus du tout le même public qu’avant. J’ai toujours eu un public de trentenaires intellos car c’est ce que j’étais aussi d’une certaine façon. Maintenant que je me laisse aller et que je suis presque l’ennemi de la réflexion, les gens qui viennent me voir en concert sont comme ça eux aussi. Ce sont des jeunes de vingt ans qui viennent pour s’amuser et ils adorent s’embrasser. C’est souvent la communauté homosexuelle qui s’embrasse à fond pendant mes concerts et c’est marrant.

Dans tous vos albums, vous abordez différents thèmes. Comment est venu le thème de la sexualité et pourquoi aujourd’hui ?

C’est la suite de ce qui précède. Ma carrière est tournée vers une sorte de quête pour savoir ce qui nous contrôle, pourquoi on fait ce que l’on fait. Avec mon premier album, je pensais que c’était la famille qui faisait qu’on se comportait de telle ou telle façon. Avec mon deuxième album, j’en étais arrivé à un stade de réflexion où tout avait rapport à la politique. Aujourd’hui, je pense que c’est le sexe qui nous contrôle (rires). J’ai l’impression que notre caractère, notre image, la façon dont on s’habille, se coiffe… sont des codes pour exprimer sa sexualité et l’expliquer aux autres de manière inconsciente. Nous sommes tous le jouet de notre propre sexualité.

Quel sera le prochain thème alors ?

C’est tout le problème (rires). Le sexe est formidable car c’est à la fois un sujet à développer qui est très léger et en même temps, c’est l’origine de la vie. Ce sujet va plus loin et est plus puissant que tous les autres. Je suis embêté pour mon futur album car je ne vois pas du tout comment surpasser ce thème. La facilité serait de parler de Dieu qui est peut-être encore plus puissant que le sexe. La psychologie pourrait être plus puissante aussi, car des gens, des religions, des tribus parviennent à se transformer grâce à leur force psychologique.

Sexuality est-il votre album le plus abouti ?

Sans aucun doute. Ce que j’aime, c’est l’art du débutant. Les premiers essais sont toujours mes préférés parce qu’il y a une sorte de magie qui s’installe. J’essaye de rester un débutant, c’est pour cela que je change totalement de style musical à chaque album. Le premier était très sombre, le second était très festif et partait dans tous les sens, et maintenant, ce que je fais est très électro, très sophistiqué et très concis. Il fallait que l’album soit bien léché, parfait et précis. Si ça se trouve, le prochain n’aura carrément rien à voir. Peut-être que je ferai complètement l’inverse, quelque chose de complètement dégueulasse et de pas abouti (rires).

Est-ce l’album de l’assurance, du passage à l’âge adulte ?

C’est vrai que la sexualité se découvre à l’adolescence (rires). Mais souvent aussi, les grands musiciens finissent par faire de la musique sexuelle, comme Prince, Curtis Mayfield ou encore Serge Gainsbourg. Ils finissent toujours par parler de sexe car une musique sexuelle ne peut pas s’apprendre comme on apprend le jazz ou le rock par exemple. La musique sexuelle demande un investissement extrêmement rare qui ne relève pas vraiment de l’ordre de l’émotion. C’est une musique qui doit exciter. Ce n’est pas de la tristesse, ni de la joie, il faut arriver à transformer des notes en sensualité et cela ne peut pas s’apprendre. Pour un musicien, créer de la musique sexuelle est ce qu’il y a de plus intéressant. Cela peut prendre des heures car il faut attendre de tomber sur la note sexuelle.

« Je me suis inspiré de la musique de films porno »

La chanson Pomme sonne très film X…

Oui, complètement (rires). J’avais envie que les gens comprennent que les chansons parlaient de sexe avant même d’entendre les paroles. J’ai donc dû utiliser certains codes que les gens connaissent déjà et je me suis inspiré de la musique de films porno. En studio, Guy-Man m’a présenté Rico, coproducteur de l’album. C’est lui qui composait la musique des films de Marc Dorcel, le plus gros producteur de films X français dans les années 80. Ce mec a dans les doigts une pâte X qu’il a pu exprimer pleinement sur Pomme. Ce morceau sonne film X à fond.

À quand une BO de film X signée Sébastien Tellier ?

Alors ça, j’adorerais. Mais je n’accepterais de travailler sur du X que lorsque je sentirai que le film est réalisé par quelqu’un de sain d’esprit. Je n’ai aucun problème avec la nudité ou avec le fait de s’afficher, de se montrer, par contre j’ai un problème avec l’état d’esprit malsain que l’on devine. S’il y avait des films de cul sans cet esprit sale, j’adorerais en faire la BO, mais je n’en ai pas encore vu.

Êtes-vous plutôt musique française ou anglaise ?

Mon artiste préféré est Serge Gainsbourg, mais sinon je n’aime pas du tout la musique française. J’écoute plutôt de la musique anglaise ou américaine. Je n’ai pas vraiment d’intérêt pour la musique française qui ne me parle pas du tout. Ce que j’aime quand j’écoute de la musique, c’est qu’il y ait du biscuit, des choses à prendre, à savourer. Or la musique française est juste présente pour accompagner un chanteur, il n’y a pas de personnalité et rien à retenir. C’est la même ligne de basse que la chanson écoutée avant, ce sera la même après. C’est de la musique neutre, transparente et c’est ce qui ne me va pas.

Mais la langue française vous tient à cœur ?

J’adore le français. Très franchement, j’aimerais chanter plus en français, seulement je tombe rarement sur des mélodies qui puissent être mises en valeur par cette langue. Mes mélodies oscillent entre pop américaine et anglaise. Il faudrait que le français puisse swinguer sur une mélodie plaisante que je ne trouve pas souvent. Sur Sexuality, il y a quand même deux chansons en français, et j’en aurais mis plus si j’avais eu le talent pour le faire.

« Tester mon album serait comme me masturber devant un miroir »

Pourquoi avoir accepté de participer à une émission comme l’Eurovision ?

France 3 est venu me voir après l’un de mes concerts à Paris et m’a demandé si ça me plairait de représenter la France à l’Eurovision. J’ai accepté sans réfléchir dans un premier temps. J’y ai trouvé beaucoup d’intérêt parce que c’est le plus gros show télévisuel européen et qu’il n’y a aucune autre occasion de jouer devant 120 millions de personnes. Je ne pouvais pas manquer une telle occasion. L’Eurovision est comme un gros soleil, j’ai besoin de sa lumière pour faire vivre ma musique, mais je ne veux pas non plus toucher de trop près ce soleil un peu trop chaud. C’était aussi une preuve de liberté. D’accord, j’ai fait de la musique underground, de la musique intellectuelle et plein d’autres trucs élitistes, mais finalement participer à l’Eurovision, c’était aussi le besoin de prouver le fait que j’aime tout et que je ne suis pas enfermé dans une catégorie spécifique. Partager ma musique avec les gens de l’Eurovision me plait tout autant que de la partager dans une boîte branchée de Paris.

Un succès commercial serait pour vous une trahison ou un aboutissement ?

Ce serait vraiment un aboutissement. Cela ne sert à rien de faire de la musique pour soi-même si on ne peut pas la partager. Quand je vends des disques, je souhaite avant tout que les gens me comprennent et qu’ils m’aiment. Mon premier album était vraiment très sombre et sensible, il n’a pas eu de succès, les chansons n’avaient ni queue ni tête. Aujourd’hui, j’ai envie d’être aimé, c’est pour cela que je préfère avoir du succès.

Quelles sont vos influences du moment ?

J’adore Snoop Dogg, il reste toujours au sommet et à chaque fois qu’il sort un single, c’est toujours le single le plus sexy du moment. Il ne sort que des bombes sexuelles. J’adore Pharrell Williams aussi, je trouve que c’est un producteur fantastique. J’aime beaucoup Pete Doherty et bien sûr, je ne sais pas pourquoi. Quand j’étais ado, j’étais fasciné par les junkies, et même si ce n’est plus le cas maintenant, j’adore écouter ses disques.

Votre album est en vente exclusivement dans les magasins American Apparel jusqu’au mois d’octobre aux États-Unis…

Les maisons de disques s’effondrent à cause du marché, et je n’ai pas envie de travailler avec des gens qui font la tête ou qui ont peur. Travailler avec American Apparel, c’est génial car ils ont le sourire. C’est la première fois qu’ils font ça, donc ils sont surexcités. Bob Dylan ou John McCartney ont bien fait des albums Starbucks aussi. Finalement, depuis toujours les musiciens vont vers les gens qui peuvent leur permettre d’atteindre leur rêve. Je veux travailler dans une bonne énergie, et encore une fois, avec ce côté débutant. C’est la première fois que je travaille avec une marque. Travailler avec American Apparel, c’est aussi épouser une nouvelle forme de business et aller de l’avant. C’est un autre moyen de diffusion et ça me plait comme ça, mais je n’aurais jamais fait cela avec quelqu’un d’autre. American Apparel et moi avons un esprit commun. C’est une marque glamour et nous parlons donc de sexe avec des mots doux et des couleurs douces, comme dans Sexuality.

Qu’est-ce que la note sexuelle et l’avez-vous atteinte ?

Pomme est vraiment la chanson la plus sexuelle de l’album, il y a une sorte de rondeur dans ce morceau. La note sexuelle selon moi est une note qui ne vient pas gêner l’acte sexuel, mais plutôt l’accompagner. Au mieux, c’est une note qui excite. Trouver une note qui fait bander serait merveilleux. Peut-être que certaines personnes ont ressenti cet effet, mais je ne les connais pas et moi, je ne peux pas bander sur ma propre musique. Je ne peux pas non plus tester mon album avec une fille car ce serait comme me masturber devant un miroir (rires).

Justement avec les filles, comment ça marche depuis cet album ?

J’ai joué un peu plus au séducteur et il y a des filles hystériques à mes concerts, alors qu’avant, je n’ai jamais eu de succès particulier auprès des filles. C’est ce qui est complètement incroyable car j’ai décidé de faire un album sexuel, donc je me suis aussi rendu plus sexuel pour accompagner le concept. Je m’habille plus cool et je fais plus attention à moi. Il suffit de le vouloir et cela marche.

Le poisson rouge :

158 Bleecker Street, NYC
www.lprnyc.com
info@lprnyc.com
212 505 FISH

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