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Shérifs, bourgmestres et gardes champêtres

Retrouvez tous les mois dans France-Amérique magazine la chronique de Dominique Mataillet sur le langage dans la rubrique “Le français tel qu’on le parle”.

Que seraient les Américains sans leurs shérifs ? Si, au Canada, le terme désigne un fonctionnaire de justice, aux Etats-Unis, il s’agit d’un officier élu, responsable de la justice d’un comté. Rien que de très logique, puisque le terme – qui n’a rien à voir avec le mot arabe désignant un descendant du Prophète ! – est né d’une contraction des mots anglo-saxons shire et reeve. Ceux-ci désignaient respectivement une circonscription administrative similaire au comté, et l’agent d’un seigneur féodal chargé de surveiller les serfs du domaine.

Les Français, eux, vont devoir se passer des gardes champêtres, ces figures incontournables du paysage rural français, popularisés notamment par Louis de Funès au cinéma, vont disparaître. Du moins leur corps professionnel va-t-il fusionner avec celui des policiers municipaux. On parlera désormais d’agents de police territoriale.

Ainsi se clôt une histoire longue de plus de six siècles. C’est sous le règne de Charles V, vers 1370, que la fonction avait été créée sous le vocable de “gardes aux ablais” (les blés coupés). Le rôle de ces agents étant de surveiller les récoltes, ils seront par la suite connus sous divers noms tels que “garde-messiers”(moissons) ou “sergents de verdure”.

Entre temps, la vie des campagnes, il est vrai, a bien changé. Heureusement, il reste la gendarmerie, un terme qui fleure lui aussi la France des villages. Même s’il est relativement récent puisqu’il fut substitué, avec son acception actuelle, à celui de maréchaussée au moment de la Révolution, en 1791.

Cette dernière appellation, au demeurant, a subsisté aux Pays-Bas, où la Koninklijke Marechaussee, la Maréchaussée royale, représente l’une des quatre forces armées du pays. Les Italiens, eux,  tiennent à leurs carabinieri, dont on trouve la réplique  francophone de l’autre côté des Alpes avec les “carabiniers du Prince”, la principale force militaire de Monaco. Pour désigner leurs agents de police, les Anglais et les Canadiens utilisent le mot constable, qui vient du français “connétable”. Tout comme patrol est un dérivé de “patrouille”.

Villes et villages français sont administrés par un maire. Ce mot hérité de l’ancien français est issu comme ses équivalents espagnol mayor et italien maggiore du latin major, “plus grand”. Si les Anglo-Saxons ont emprunté leur terme aux Espagnols (on parle du mayor of London ou du mayor of New York City), ces derniers se sont tournés vers l’arabe. Alcade est en effet dérivé d’al-qadi, un personnage qui, dans la civilisation arabo-musulmane, cumule des fonctions administratives et judiciaires.

Les Belges, eux, sont attachés à leurs bourgmestres, version française du burgemeester flamand et du bürgmeister allemand. Quant aux Italiens, ils parlent de sindaco, qui est à rapprocher du mot syndic utilisé dans certains cantons de la Suisse romande.

Dans ses anciennes colonies, la France a introduit le titre et la fonction de gouverneur, celui-ci étant dans l’Ancien Régime le représentant du roi dans une province. La France s’en est allée, le mot est resté. Même s’il ne désigne pas toujours le même niveau hiérarchique dans l’administration territoriale. Au Sénégal, le gouverneur est à la tête d’une région, au Maroc il dirige plus modestement une province, la région étant dirigée par un wali.

Les Britanniques avaient eux aussi des gouverneurs (governors) dans leur colonies. Dans certains pays, tel le Canada, restés au sein du Commonwealth, le gouverneur général est le représentant de la Couronne britannique au niveau fédéral. Aux États-Unis, le gouverneur, élu au suffrage universel direct, est le chef de l’exécutif d’un État de la Fédération.

Pour revenir à la France, le pouvoir exécutif est partagé, comme chacun sait, par le président de la République et le Premier ministre. Avant la Ve République, ce dernier portait le titre de président du Conseil. On relèvera qu’en Italie, on parle, non pas de Premier ministre, mais de président du Conseil des ministres et, en Espagne, de président du Gouvernement.

Évidemment, le problème terminologique ne se pose pas aux États-Unis, où la Constitution ne prévoit pas la fonction de Premier ministre. À Washington, qui plus est, les ministres ne s’appellent pas ministres mais secrétaires (secretaries). Sauf celui de la Justice, qui porte le titre d’attorney general – un peu comme en France le ministre de la Justice est le garde des Sceaux. Encore faut-il rappeler que le mot attorney, qui désigne aux États-Unis les hommes de loi, a lui aussi des origines françaises puisqu’il vient du participe passé de l’ancien verbe “atorner”, avec le sens de “préposé à”, “disposé à”.

La preuve, une fois encore, que ce n’est pas la langue que l’on croit qui a le plus colonisé l’autre…

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