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Sortie de crise : pourquoi les Etats-Unis devancent-ils la France ?

Grâce à Obama ? Par la faute de Hollande ? Ni l’un ni l’autre : la croissance est déterminée par les entrepreneurs et la recherche.

Obama a-t-il sauvé l’économie américaine et Hollande serait-il le fossoyeur de l’économie française ? Aux Etats-Unis, les démocrates en mauvaise posture électorale, pour les élections parlementaires de novembre, font valoir que, sans les plans de relance de Obama, la crise de 2008 n’aurait pas été effacée. A les suivre, le déficit budgétaire qui a financé quelques milliers de kilomètres de route, des ponts et des écoles (comme au temps de Franklin Roosevelt en 1934) expliquerait pourquoi la Grande stagnation n’est pas devenue une Grande récession.

Aujourd’hui, la croissance américaine dépasse 2%, ce qui est sans doute le maximum possible pour une économie avancée. A cette défense de l’intervention publique par les démocrates, il faudrait ajouter la surabondance de crédits créée délibérément par la Banque fédérale a Washington. Rappelons que celle-ci a pour mission de garantir la stabilité des prix et de favoriser l’emploi, au contraire de la Banque européenne, dont le seul rôle est de maintenir les prix stables. Quand les républicains objectent aux démocrates que le chômage reste aux Etats-Unis relativement important (autour de 6,6%), la gauche réplique que la relance fut insuffisante uniquement parce que la droite, majoritaire au Congrès, a exigé des coupes budgétaires et qu’elle est maniaque de l’équilibre. Comment départager ces deux théories ? On ne le peut pas, car on ne peut pas, en économie, reproduire des expériences : chacun campe sur ses positions qui sont plus idéologiques que scientifiques.

En France, il en va de même entre partisans de la rigueur et ceux de la relance. Mais à la différence des Etats-Unis, les dirigeants français ont moins de marges de manœuvre que les Américains. Le crédit est géré de Francfort avec une grande crainte de l’inflation parce que l’euro est plus fragile que le dollar. Les déficits budgétaires en Europe sont immédiatement sanctionnés par des hausses d’intérêt sur le marché mondial, parce que les prêteurs n’accordent pas une grande confiance aux Etats européens. Par ailleurs, tout gouvernement français, qu’il affiche la rigueur ou la relance, n’est  pas aussi flexible que le gouvernement américain, parce que les dépenses publiques en France sont rigides à la hausse et à la baisse : l’importance de la fonction publique, des dépenses sociales, de la Défense et du ministère de l’Education ne laisse à Hollande, comme à Sarkozy hier, que l’espace d’un discours sur rigueur et relance : un discours plus qu’une action significative à la hausse ou à la baisse. On ne peut donc pas trancher absolument  le débat rigueur contre relance en France, encore moins qu’aux Etats-Unis.

Mais ce débat est-il vraiment  important ? Envisageons plutôt que la croissance et l’emploi obéissent à des principes enracinés dans l’histoire, la culture, les mentalités, les structures, plutôt qu’ils ne répondent aux injonctions des gouvernements, qu’ils soient de droite ou de gauche. Par ailleurs, l’économie est lente, tandis que la politique est rapide : les élus ont besoin de résultats visibles, alors que les entrepreneurs – moteur ultime de la croissance et de l’emploi – s’inscrivent dans des perspectives longues. La croissance dans le long terme est en réalité définie par des trends, des courants de fonds, tandis que les politiques de relance ou de rigueur ne sont que des vagues de surface. Les facteurs décisifs des trends de croissance, s’il fallait simplifier à l’excès, sont 1) l’esprit d’entreprise, 2) l’innovation. Le point 2 est mesurable par le nombre de brevets déposés chaque année : les Etats-Unis sont en tête, suivis par le Japon (qui, par conséquent, redémarre), puis l’Allemagne, la Grande-Bretagne et la France (La Chine est loin derriere et sa croissance rapide s’explique par le rattrapage et l’exode rural). Dans la longue durée, les crises vont et viennent, périodiques, mais le trend est fonction de l’innovation et de la capacité des entrepreneurs à transformer cette innovation en produits marchands.

Cette innovation est en très grande partie déterminée par l’excellence de l’enseignement supérieur : les Etats-Unis, là aussi, dominent et la France est à la traîne. Les lecteurs de France-Amérique, dans notre magazine de mars, pourront lire une explication convaincante de ce retard français : les universités américaines sont en concurrence, les universités françaises ne le sont pas.

Quant à l’esprit d’entreprise, l’histoire est connue : l’entrepreneur (un mot français) est un héros aux Etats-Unis et un suspect en France.

En somme, la controverse rigueur/relance est une illusion politique, moins décisive pour le destin de nos nations que la place accordée aux entrepreneurs et à la compétition universitaire. Souhaitons que le gouvernement français, après avoir beaucoup tergiversé sur ces sujets, adopte enfin une position claire et s’y tienne. On formera le même vœu pour l’opposition, ceci en France autant qu’aux Etats-Unis.

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