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Sortie de “Diplomatie”, où comment les mots ont épargné Paris

Volker Schlöndorff met en scène la pièce Diplomatie (à l’écran depuis le 15 octobre au Film Forum de New York, avant une sortie nationale), soit l’affrontement d’un diplomate suédois et d’un général allemand en 1944 dont dépend le sort de Paris.

“Quel est mon devoir ? C’est le vôtre, c’est celui de tous. Défendre Paris, garder Paris. Sauver Paris, c’est plus que sauver la France, c’est sauver le monde”, tempête Victor Hugo en 1870. Cette injonction aurait pu être reprise à la fin de la Deuxième Guerre mondiale et pas seulement par les Parisiens. 1944, les Alliés sont aux portes de la capitale. Environ deux mille troupes allemandes tentent de maîtriser l’insurrection des Parisiens. Dans la nuit du 24 au 25 août, Raoul Nordling (André Dussollier), consul de la neutre Suède, se rend discrètement dans les appartements du gouverneur allemand de Paris, Dietrich von Choltitz (Niels Arestrup), à l’hôtel Meurice, bordant le jardin des Tuileries. Le général allemand s’est vu confié par Hitler la mission de tenir jusqu’au bout et de réduire à néant les joyaux architecturaux (Opéra, Assemblée nationale, Louvre, Tour Eiffel) et les points stratégiques de Paris. Commence alors un jeu d’échecs verbal entre le diplomate et le soldat, en huis clos, pour tenter de sauver la Ville Lumière de la destruction.

Cette confrontation de la dernière heure n’a en réalité pas eu lieu. Le Suédois et l’Allemand se sont vus à plusieurs reprises pendant les deux dernières semaines de l’Occupation, ce qui permis la libération des prisonniers politiques. Mais de leur conversation, il ne reste rien. C’est par calcul que von Choltitz a épargné Paris et non à cause d’une menace sur sa famille ou une poussée soudaine d’humanisme. La fiction peut donc prendre toute sa place et sa liberté.

Le film est adapté de la pièce de Cyril Gély, jouée par André Dussolier et Niels Arestrup plus de deux cent fois au théâtre de la Madeleine. Volker Schlöndorff, grand réalisateur allemand (Le Tambour, 1979), est approché pour porter le texte à l’écran : “J’étais immédiatement intéressé et en même temps pas certain que l’on puisse en faire un film. J’ai rencontré l’auteur de la pièce, qui m’a expliqué l’importance de Paris, qui est le troisième personnage. Le défi était de trouver le moyen d’inclure la ville tout en restant dans un affrontement claustrophobique. Grâce à son succès, la routine de la pièce s’était installée, ce qui est mortel quand on fait un film. On a l’impression de mettre en boîte, de faire une captation. Le cinéma a besoin de la spontanéité. Nous avons donc re-répété avec les acteurs et fait un véritable travail d’adaptation sur le texte”. Le réalisateur et le dramaturge souhaitent à nouveau travailler ensemble sur un prochain long-métrage.

Si les dialogues restent d’une grande simplicité, la confrontation des deux excellents acteurs, la mise en scène discrète et précise, la concision (1h24) et le soin apporté à la lumière et au décor relancent constamment l’intérêt de l’intrigue. “Le grand défi était de commencer à la nuit noire, à cause du couvre-feu et d’arriver à la lumière du jour. De cette manière, on évitait la monotonie visuelle. La pièce est divisée en sept séquences qui devaient chacune avoir son propre rythme, comme en musique, tantôt prestissimoandanteadagio. De cette manière, j’ai pu éliminer la peur. Si j’avais eu moins peur de cette pièce, j’aurais peut-être fait un film moins bon. Parfois c’est bien de ne pas trop y croire.”

Pour le réalisateur, il était important que les deux acteurs reprennent leurs rôles. “J’ai rapidement rencontré Niels Arestrup. Il m’avait tellement fait peur dans Un Prophète (Jacques Audiard, 2008), il faudrait être convaincu qu’il n’hésitera pas une seconde à faire sauter Paris. Il avait une compréhension formidable de la pièce. Il la voyait comme une méditation historique. Pas un docu-drame, plutôt une réflexion sur l’histoire. C’est en partant de chez lui que j’ai compris pourquoi je voulais faire le film, avec lui”, explique Volker Schlöndorff. Pour préparer le film, le réalisateur a consulté des thèses de doctorat de l’université Johannes Gutenberg de Mayence sur la libération de Paris. Le général allemand fut auparavant impliqué dans la destruction d’une partie de Rotterdam en mai 1940 et dans le massacre des populations juives de Sébastopol. A l’écran, Dietrich von Choltitz n’est pas cantonné au rôle du bourreau ou du sauveur de Paris, il reste au contraire dans la zone grise, entre fermeté, raison et loyauté militaire devant la défaite.

Art de la diplomatie

Le film est dédié à Richard Holbrooke, diplomate et ancien ambassadeur américain, négociateur clé des Accords de Dayton qui ont mis fin en 1995 au conflit en Bosnie-Herzégovine. “Je l’ai connu à New York, par un ami commun, le dramaturge John Guare. Puis il est devenu ambassadeur à Bonn. Nous étions engagés dans la création d’une académie de Berlin il y a vingt ans quand les troupes américaines ont quitté l’Allemagne. Pendant son séjour en Europe, il me racontait les négociations pour mettre fin à la guerre en Yougoslavie, les mensonges, les feintes, les épisodes de violence. J’avais donc un modèle devant les yeux pour le rôle du diplomate dans mon film, qui n’hésite pas dans le choix des moyens”, explique le réalisateur. Richard Hoolbrooke est décédé d’une crise cardiaque en décembre 2010.

Diplomatie est aussi une déclaration d’amour à Paris, magnifiée par une séquence finale en remontant la Seine. “Si je suis chez moi quelque part, ce serait à Paris”, reconnaît l’Allemand. Volker Schlöndorff a découvert la ville en 1956, a usé les bancs du lycée Henri IV aux côtés de Bertrand Tavernier, puis de la faculté de droit. Admis à l’IDHEC, il a cependant préféré suivre les enseignements des réalisateurs eux-mêmes. Il devient assistant réalisateur de Louis Malle, Alain Resnais ou Jean-Pierre Melville. L’Armée des Ombres (1969) a beaucoup inspiré Diplomatie et le précédent film de Schlöndorff sur le résistant Guy Mocquet, La Mer à l’aube (2012).

Paris brûle-t-il ? (1966) de René Clément racontait déjà la fin de Paris à l’heure allemande. Orson Welles interprétait Raoul Nordling, Gert Fröbe jouait le général Von Scholtitz. “J’avais visité le tournage à l’époque. Melville était jaloux de Clément, qui avait réussi à bloquer les Champs-Elysées”, se souvient Volker Schlöndorff. Le cinéma de cette époque se drapait volontiers d’intonations épiques lorsqu’il se penchait sur la Deuxième Guerre mondiale. Le conflit est aujourd’hui plus volontiers représenté à travers des histoires personnelles, intimistes, en s’intéressant aux coulisses plutôt qu’aux grandes batailles. “Le temps des épopées est un peu fini. La libération c’est aussi un mythe, voulu par De Gaulle et continué plus tard par des cinéastes”, selon le réalisateur.

Concentré sur un seul épisode de cette période, Volker Schlöndorff a aussi souhaité montrer que l’avenir de l’Europe est en jeu cette nuit-là : “Cela peut paraître anachronique mais on discutait du futur de l’Europe pendant l’Occupation à Paris. Les gens étaient conscients que cette guerre, par ses ravages, ne pouvait aboutir qu’à une Europe unie. Comme si les tanks avaient aboli les frontières. Il faut toujours penser à ce qu’il y a après la guerre, ce n’est pas seulement pour les diplomates, cela vaut aussi  pour les militaires.”

Séances :

BLOOMINGTON – October 24 – November 9 – The Ryder

DETROIT – November 14-23 – DIA

HAMPTONS – October 10-11 – HIFF

NEW YORK – October 15-28 – Film Forum

SAN RAFAEL – From October 17 – Smith Rafael Film Center

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