Documentaire

Sur les pas de Christian Louboutin

Le réalisateur Olivier Garouste a suivi le créateur de l’escarpin à la semelle rouge au cours de ses voyages et la préparation de sa rétrospective L’Exhibitionniste, jusqu’au 3 janvier au Palais de la Porte Dorée à Paris. Un portrait inédit qui met en lumière la personnalité du designer et la gestion de son empire. Entretien.
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© Sophie Le Gendre

France-Amérique : Quelle a été la genèse de votre projet ?

Olivier Garouste : Monteur et vidéaste, je venais d’achever le documentaire Rochline Rhapsodie sur la vie et l’œuvre de mon oncle, l’artiste David Rochline, racontées à travers les pièces de sa maison. Ma productrice m’a appelé pour me dire que « Christian » avait vu le film et qu’il aimerait que je fasse un documentaire sur les coulisses de son exposition. A ce moment-là, j’étais persuadé qu’il s’agissait du plasticien Christian Boltanski. Je ne me suis rendu compte de mon erreur qu’en arrivant au rendez-vous, mais j’étais ravi ! Je me souvenais avoir rencontré Christian Louboutin quand j’avais neuf ans, dans le petit village de Vendée où il était paysagiste. Ma première question a été : « A-t-il gardé la même joie de vivre, après s’être fait un tel nom ? » La réponse est oui.

Quel a été votre angle ?

J’ai souhaité montrer le travail et la personnalité de cet homme, en laissant de côté l’aspect flamboyant et « star » du personnage. L’idée était aussi de parler de l’importance de l’inutilité : dans un monde où tout doit être rentable et avoir un usage précis, une chaussure peut être complètement inutile, mais elle fait rêver – et ça, on en a besoin. Je devais filmer les coulisses de son exposition à Paris et je l’ai suivi en pointillés sur quatre mois. Je me suis rendu à Milan, puis au Bhoutan, en Inde et dans le village de Vendée où je l’avais rencontré. Il faut savoir qu’une journée de Christian Louboutin équivaut à cinq journées d’une personne normale ! Je l’ai également filmé à son bureau, pour montrer comment il dessine : toutes les dix minutes, il crée un design, puis un autre, et les retravaille. Là où nous verrions quelque chose de parfait, il voit quelque chose à recréer ou à modifier… J’avais de la matière pour faire 15 films.

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© Philippe Garcia/Arte
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© Jean-Vincent Simonet/Arte

Christian Louboutin apparaît comme extraordinairement simple et à l’écoute…

J’avais peur de me retrouver à filmer un tyran… Mais ce n’est pas du tout le cas : il est curieux de tout et de tout le monde ! C’est étonnant de voir qu’il n’est pas blasé par son succès et s’intéresse à l’artisanat, aux vies et aux histoires de chacun. Malgré ses dizaines de magasins et ses trois usines, il reste léger, joyeux, drôle et disponible. Je pense qu’il a les pieds sur terre car il vient d’un milieu assez modeste. Même à quatre jours de l’ouverture de son exposition, quand il restait beaucoup de choses à faire, il restait à l’écoute. Ses collaborateurs semblent heureux de travailler avec lui.

Quelle est votre séquence favorite ?

Il y a ce moment étonnant où il trouve le graphisme du logo de l’exposition L’Exhibitionniste, en superposant les deux N du mot. On voit qu’il réfléchit extrêmement vite. Plus tard, lors d’un essayage de prototypes de chaussures, il réinvente une sandale en direct, sans se soucier du travail supplémentaire que ce changement engendrera.

Qu’est-ce qui vous a le plus impressionné dans son processus créatif ?

Christian Louboutin pousse la technique le plus loin possible : il part du dessin et non pas du réel. J’aime énormément le fait qu’il mélange les cultures, ce qui aujourd’hui peut vite tomber sous le coup de l’appropriation culturelle. Il le fait naturellement, car pour lui les choses ont vocation à se mélanger. Le fait d’avoir si bien réussi lui donne une plus grande liberté pour tester et innover : il ajoute de la broderie, imagine des formes – il utiliserait du verre sur les chaussures s’il le pouvait ! C’est un alchimiste qui teste les matériaux, et ses créations sont drôles et sexy à porter. Cela va bien au-delà du nom et de la marque.

Comment avez-vous filmé ses chaussures, sans tomber dans le catalogue ni dans la publicité ?

On s’est amusés ! Nous avions carte blanche – Christian n’impose rien sur la manière de présenter ses créations. Il m’a fait confiance et j’ai mis les chaussures en scène, j’ai pris le temps de les regarder, de les toucher, de tester des jeux de miroirs… J’ai essayé de transmettre l’idée qu’il travaille ses chaussures comme on travaille des bijoux. Elles transforment ceux qui les portent au même titre que des joyaux. Cela m’a rappelé la salle du trésor du palais de Topkapi en Turquie : en la visitant, je m’étais dit que ça devait changer une personne, de porter ce genre de pierres.

Le film est ponctué d’entretiens avec ses proches et ses muses, notamment l’Américaine Dita von Teese !

Ils sont très proches : le côté sensuel et exubérant de cette mannequin compte beaucoup pour Christian. Il aime le fait qu’elle vienne d’une petite ville aux Etats-Unis mais qu’elle ait développé un amour pour la culture européenne, Marie-Antoinette et des choses si lointaines d’elle. Il dit d’elle que c’est « une vieille âme ».

Christian Louboutin porte-t-il uniquement des Louboutin ?

Il a énormément de chaussures et porte effectivement les siennes car il les trouve très confortables. D’après ce que j’ai vu, il a une préférence pour les modèles sans lacets !


=> Le documentaire 
Sur les pas de Christian Louboutin sera diffusé sur TV5 Monde USA le mercredi 30 septembre à 8:30 pm EST (5:30 pm PST).

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Publiée dans un format bilingue, en français et en anglais, la revue France-Amérique s’adresse à tous ceux qui s’intéressent à la culture française et à l’amitié franco-américaine.

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