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SwissLeaks : une clé USB, 154 journalistes et des mois d’enquête

Une clé USB remise par un informateur et des centaines de milliers de données à déchiffrer : “submergé” par ce flot, Le Monde a collaboré avec un réseau mondial de quelque 150 journalistes via un “forum crypté” pour percer à jour le système d’évasion fiscale orchestré par la filiale suisse de HSBC.

Tout a commencé il y a un peu plus d’un an. Le quotidien publie en janvier 2014 une première enquête sur cette banque et de possibles comptes en Suisse détenus par des Français, réalisée par Gérard Davet et Fabrice Lhomme, deux de ses journalistes d’investigation. “Quelques jours plus tard, une personne se présentait à l’accueil du journal. Cette source, dont nous protégeons l’anonymat, nous remit une clé USB”, explique Le Monde sur son site.

Elle “nous a dit qu’elle appréciait le travail du Monde” et “qu’elle souhaitait nous donner un coup de main”, ont précisé Gérard Davet et Fabrice Lhomme sur France Inter. La clé USB contient “l’ensemble des clients de HSBC de fin 2006 à mars 2007, des clients de toute la planète, plus de 100 000 noms de personnes physiques et morales”. Ainsi que des échanges internes à la banque. “Tout ça faisait une masse colossale. On a essayé de les exploiter seuls mais on était submergés”, raconte Fabrice Lhomme. “Un soir, on a imprimé les fichiers. L’imprimante a explosé. On cumulait les centaines de pages.”

Ils décident alors au printemps de faire appel au Consortium des journalistes d’investigation (ICIJ) à Washington, pour partager les informations avec d’autres médias étrangers, tout en gardant un “contrôle éditorial” sur l’enquête. Ils souhaitent notamment ne divulguer, parmi les fraudeurs présumés, que “les noms d’intérêt public” après les avoir contactés.

154 journalistes de 47 pays et 55 médias – dont le Guardian au Royaume-Uni ou la Süddeutsche Zeitung en Allemagne – sont mobilisés. En septembre, Le Monde, où une demi-douzaine de journalistes travaillent également sur l’affaire, reçoit une quarantaine d’entre eux à son siège. Une réunion de neuf heures qui donne “un coup d’accélérateur” aux investigations, selon Fabrice Lhomme.

Il y “avait aussi un forum crypté sur lequel des informations étaient échangées par tous les journalistes partenaires”, ajoute-t-il. Suivront plusieurs allers-retours aux Etats-Unis pour échanger avec l’ICIJ “parce qu’il y a des choses qu’on ne pouvait pas faire par téléphone crypté ou par mail protégé. C’était trop chaud.”

Les informations sont recoupées via des informateurs dans les milieux judiciaires et fiscaux. “On a mis un soin maniaque à tout vérifier plusieurs fois, pour s’assurer qu’il n’y ait pas de manipulations”, dit Fabrice Lhomme. “On a été beaucoup plus loin et beaucoup plus vite que la justice. On a récupéré des éléments que ni la justice ni le fisc n’ont en leur possession. Ca montre bien ce que doit être l’investigation. Elle est mondiale, elle n’a pas de frontières et, surtout, elle est journalistique.”

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