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The French Minister, comédie des Affaires étrangères

Le réalisateur lyonnais Bertrand Tavernier a présenté Quai d’Orsay (The French Minister) à New York, avant sa sortie sur les écrans américains, le 21 mars. Cette comédie est une adaptation des deux tomes de la bande dessinée à succès de Christophe Blain et Abel Lanzac, pseudonyme d’Antonin Baudry, aujourd’hui conseiller culturel de l’ambassade de France aux Etats-Unis.

Quai d’Orsay suit le personnage d’Arthur Vlaminck (Raphaël Personnaz), jeune universitaire qui devient une plume du ministre des Affaires étrangères. Ce néophyte de la politique découvre alors le microcosme chaotique et fiévreux d’un centre du pouvoir régalien, ses salons majestueux et ses bureaux exigus, où les portes claquent, les esprits s’échauffent et où un chat fait partie du mobilier. Ces Chroniques diplomatiques sont inspirées du passage d’Antonin Baudry dans le cabinet de Dominique de Villepin. Alexandre Taillard de Vorms (Thierry Lhermitte), est un ministre flamboyant toujours en mouvement, qui cite avec grandiloquence Héraclite sur n’importe quel sujet.

A la lecture du premier album, Bertrand Tavernier a immédiatement souhaité adapter la bande déssinée, avant même de lire le second tome. Antonin Baudry, d’abord hésitant à l’idée d’une adaptation pour le grand écran d’une BD déjà très cinématographique, a été convaincu par le projet du célèbre réalisateur. Avec Christophe Blain, ils ont écrit le scénario à New York. Le réalisateur avait déjà en tête certains éléments très précis qu’il souhaitait conserver ou ajouter à l’histoire. “Avec Bertrand Tavernier, notre travail s’est presque déroulé de la même manière que cela se passait avec Villepin. Toutes nos conversations étaient intégrées dans le travail, (“Prenez des notes ! Notez !”) dans un discours politique, ou dans le film, même si le sujet n’avait parfois rien à voir”, explique Antonin Baudry.

De la case au plan

Le film prolonge le livre et doit sa réussite au refus du mépris et du cynisme et aux multiples changements dus à l’adaptation. Tavernier ne s’est évidemment pas contenté de décalquer les cases de la bande dessinée. Le réalisateur a souhaité, parfois caméra à l’épaule, “retrouver la même énergie et la formidable invention du dessin de Christophe Blain, avec des moyens différents. J’ai d’ailleurs souvent fait le contraire de ce qu’il a dessiné.” Changement net par rapport à la BD, les personnages féminins ont été plus développés. Marina (Anaïs Demoustier) a ainsi été transformée. Le réalisateur d’Une semaine de vacances (1980) et de Ça commence aujourd’hui (1999), toujours militant, fait de Marina une institutrice qui se bat contre l’expulsion d’enfants sans-papiers. Cette trame narrative permet de “connecter les deux mondes, celui de la politique extérieure et celui du quotidien.”

Bertrand Tavernier n’a pas revu d’autres films pour préparer sa comédie. Pour l’ambiance, il a gardé en tête His Girl Friday (La Dame du Vendredi), comédie screwball d’Howard Hawks de 1940, dans lequel Cary Grant et Rosalind Russell débitent avec virtuosité leurs dialogues à toute vitesse. Il admire aussi In the Loop (2009) d’Armando Iannucci, version britannique hilarante de la marche à la guerre en Irak de 2003, qui se termine aussi au siège de l’ONU à New York. Ce film, adaptation pour le grand écran de la série télévisée The Thick of It, est une satire des milieux diplomatiques et gouvernementaux bien plus offensive, brouillonne et incorrecte que ce French Minister.

Le film propose des scènes très réussies, comme les interventions tonitruantes du ministre, en stéréo et par mots clés, ou le caméo du député Bruno Le Maire, ancien proche collaborateur du ministre Dominique de Villepin, qui a gardé une amitié avec Antonin Baudry. De passage sur le plateau de tournage, il a confié au réalisateur qu’il ne se souvenait pas d’avoir vu une seule fois le ministre écrire, mais que ce dernier possédait une inspiration extraordinaire à l’oral. Bertrand Tavernier a aussitôt improvisé une scène de flagornerie avec l’homme politique.

Thierry Lhermitte retrouve la comédie de ses débuts, après une série de rôles plus graves. Il ne propose pas une caricature de de Villepin, mais construit, par un travail sur le verbe, un personnage burlesque en surrégime permanent, un “anti acteur” comme le définit Vlaminck, un maniaque du stabilo qui gesticule et monopolise la parole, même devant un prix Nobel.

En contre mélodie, Niels Arestrup interprète l’impassible Claude Maupas, le chef de cabinet, inspiré de Pierre Vimont, ancien ambassadeur de France aux Etats-Unis. Un contre-emploi réjouissant pour ce grand acteur, ici serviteur de l’Etat qui, au milieu de l’agitation perpétuelle, résout avec efficacité et sang froid les crises internationales.

Après La Vie et rien d’autre (1989), le réalisateur filme à nouveau New York. On aperçoit un hommage personnel dans un plan sur un cimetière du Queens, déjà présent dans son film ‘Round Midnight (Autour de Minuit, 1986), qui évoque la thématique du temps et de la postérité.  Tavernier filme à nouveau des gens au travail, les petites mains et grands cerveaux ou grands ego des cabinets, ouvriers invisibles de la machine diplomatique. L’ambiance surréaliste et cartoonesque du ministère est réussie, même si la répétition de certains gags annule leurs potentiels comiques.

Cliquez ici pour connaître les séances du film aux Etats-Unis

 

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