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Thomas Fersen : “les États-Unis sont une source de fantasmes”

Trois petits tours… et puis revient. Enfin, le chanteur français à la voix éraillée et séduisante fait son retour avec un septième album toujours aussi déluré. Au son d’un ukulélé très marqué, la folie douce habituelle de Thomas Fersen s’empare du spectateur qui ne peut que se laisser embarquer, non pas dans la valise de l’artiste comme le dit l’ une de ses chansons, mais dans un univers haut en couleurs.

Votre nouvel album fait la part belle au ukulélé et d’ailleurs, vous avez même écrit une chanson pour cet instrument…
J’ai composé cet album au ukulélé. Dans la chanson du même nom, c’est mon ukulélé qui, à chaque fois, est suspecté par les services de sécurité des aéroports d’être un objet subversif. Il faut toujours que j’explique ce que c’est, car je le garde évidemment avec moi dans la cabine. Systématiquement, le ukulélé est interrogé. Cela fait dix ans maintenant que je joue de cet instrument, donc il m’arrive de l’oublier, comme si c’était une prolongation de moi-même. Je rêvasse tout en jouant.

Il y a de nombreux autres instruments sur cet album…
Cet album est assez particulier car il a été réalisé et arrangé par Fred Fortin qui est québécois. Tous les autres instruments que l’on retrouve sur cet album sont de son cru, car moi, je ne suis arrivé qu’avec mes chansons au ukulélé. Elles étaient en bikini et il les a habillées pour la ville. Son métier est proche de celui de couturier.

Vous avez enregistré ce nouvel album à Montréal…
Je suis un familier de Montréal depuis 15 ans. J’y ai vécu beaucoup de choses sentimentales et j’ai même failli y partager mon temps avec Paris. Mon contact avec l’Amérique du Nord est surtout là. J’éprouve d’ailleurs une grande fraternité à l’égard de Fred Fortin.

Le thème des valises revient aussi très souvent dans l’album…
Tout à fait. La première chanson que j’ai écrite pour le disque était Germaine, c’est d’ailleurs celle qui ouvre l’album. Je l’ai écrite pour ma valise, car j’éprouve un certain sentiment pour elle. C’est ma fidèle compagne depuis 15 ans. J’ai une vie de musicien itinérant, donc je suis toujours en déplacement, souvent dans des intérieurs comme les cafés, les loges, les trains, les avions, les hôtels… Et c’est ma valise qui est tout le temps assise à côté de moi. Elle partage cette espèce de trajectoire sinueuse et elle est le seul témoin des endroits où je suis allé et des gens que j’ai rencontrés. Elle est devenue tellement familière qu’elle me rassure. J’ai alors eu l’idée d’écrire une chanson d’amour fantaisiste sur ma valise, que j’ai baptisée Germaine. On n’a pas l’habitude de déclarer sa flamme à une valise.

“C’est drôle d’être marié à un objet”

Vos albums ont-ils nécessairement un thème ?
J’aime avoir un thème central, une identité pour l’album qui soit assez marquée, assez forte. J’ai le désir de me distinguer de la masse générale des chansons qui sont écrites. Je pense qu’il faut prendre partie. Avec le thème de la valise et l’idée du contrôle par les services de sécurité, je me suis rendu compte que j’avais écrit plusieurs chansons et que cela allait être l’identité du disque.

Vous faites une déclaration d’amour à votre valise, un peu comme on en ferait une à une femme…
C’est ce qui est cocasse. En même temps, c’est une façon de parler de la solitude, car lorsqu’on se met à aimer une valise, c’est qu’on est un peu seul. Mais il faut bien aimer quelque chose. C’est aussi une façon de prendre cette solitude avec dérision. On finit par rire quand on n’a plus d’autre ressource. Je pense qu’il y a une ambivalence dans l’album et que cette ambivalence est séduisante.

Vous sentez-vous seul ?
Comme tout le monde je pense, avec des hauts et des bas. J’ai eu dans ma vie des moments qui n’étaient pas rigolos où je me suis retrouvé seul. Cette période est révolue. En ce moment, je vis des instants plus sympathiques et c’est ce que je voulais faire ressentir avec ce disque, contrairement à l’album précédent qui était un peu plus grave et qui parlait justement de la folie qui peut s’installer dans la solitude. Quand on fait le métier que j’exerce, il y a une solitude forcée car c’est un métier socialement à part. La solitude n’est pas forcément choisie et certains moments peuvent être plus ou moins supportables selon leur intensité. Il y a des gens connus qui sont extrêmement seuls, au point d’en venir à des destructions.

Vous parlez de vous marier avec votre valise dans l’une de vos chansons…
Oui, c’est une façon de parler que j’aime bien. Cela vient de l’expression “être marié avec son cendrier”. Je trouve cela drôle d’être marié avec un objet. Ce sont des formes de langage qui font qu’on arrive à faire passer des idées facilement, avec un certain humour.

“Je n’essaye pas d’atteindre la perfection”

A chaque fois, la valise connaît un destin tragique dans vos chansons. Votre valise a-t-elle subi le même sort ?
Elle m’accompagnait partout jusqu’à l’année dernière, car en effet, elle a eu une fin. Une fin avec moins de panache que dans mes morceaux, car elle n’a pas explosé (rire), mais la fermeture éclair a lâché définitivement et c’est difficilement réparable. J’avais déjà réparé la bandoulière par deux fois, mais là c’était impossible. Elle était devenue très sale également. Je l’ai remplacée par une autre valise qui n’a aucune personnalité, il faut qu’elle vive un peu, car pour l’instant elle est juste utile. J’ai quand même conservé la vieille cassée par fétichisme (rire).

Vous voyagez souvent. Que représentent les États-Unis pour vous ?
C’est une source de fantasmes. Il y en a un assez enfantin qui me vient des Lucky Luke que je lisais quand j’étais petit. Il se trouve que je suis né en 1963, j’ai donc découvert cette bande-dessinée depuis sa toute première parution. J’aimais à la fois le folklore américain qui y était dépeint et la cocasserie gauloise qui traitait le sujet. Je pense que mes chansons et mon goût pour les personnages sont en partie dûs à ces lectures. Je suis allé plusieurs fois aux États-Unis, mais pas énormément. La première fois était en 1994 pour faire la gravure de mon deuxième album à Los Angeles, mais je n’ai pas été séduit par la ville. Je suis allé à New York pour enregistrer mon troisième album et j’ai aimé cette ville. Je sais que j’y retournerai.

La pochette, le livret et les photos de l’album sont très soignés. L’image est-elle importante pour vous ?
Surtout quand il n’y en a qu’une. En ce qui me concerne, je ne passe pas beaucoup à la télévision. S’il y a une image qui reste dans la presse, c’est donc celle de mon album. C’est Jean-Baptiste Mondino qui fait mes photos depuis 1995, il a créé les pochettes de six de mes albums sur sept. C’est une personne que j’apprécie énormément, il y a de plus en plus d’affection et de tendresse entre nous. C’est un très grand photographe visionnaire, je ne vais pas lui apprendre son métier. On discute beaucoup, mais c’est lui qui décide.

Plus que le livret, c’est l’album tout entier qui est soigné. Dans la musique, comme dans les textes, il y a pléthore de détails. Êtes-vous perfectionniste ?
Les idées viennent au fur et à mesure, comme un agrégat, et continuent à s’enrichir même après la sortie du disque, sur scène. On pense à des choses auxquelles on n’avait pas pensé. Quand le cœur est bon, cela peut donner plusieurs fleurs. Est-ce que je suis perfectionniste ? Peut-être, je ne sais pas. En tout cas, je n’essaye pas d’atteindre la perfection. Je fais des choix.

 

Myspace de Thomas Fersen :
http://profile.myspace.com/index.cfm?fuseaction=user.viewprofile&friendID=58852261

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