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Tomber de rideau sur Cannes

La Palme d’or du 67e festival de Cannes a été décernée à Winter Sleep du réalisateur turc Nuri Bilge Ceylan. La projection sur la Croisette avait été conclue par de longs applaudissements pour la dernière œuvre du réalisateur de Uzak (Lointain), déjà lauréat du Grand Prix et à Cannes en 2003.

Adressant ses félicitations à tous les lauréats, Aurélie Filippetti a souligné dans un communiqué que la Palme d’or avait bénéficié de l’aide au cinéma du monde, accordée par le Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC) et l’Institut Français.

L’américain Bennett Miller a reçu le prix de la mise en scène pour Foxcatcher. Le film raconte l’histoire vraie des frères Schultz (Channing Tatum et Mark Ruffalo), champions olympiques de lutte, recrutés par l’héritier John du Pont (Steve Carell) pour créer un centre d’entraînement de luxe. Les relations entre les trois personnages tendent progressivement vers une issue tragique. Tout l’intérêt du film se trouve dans l’atmosphère étouffante des scènes d’intérieures et dans les dynamiques familiales entre les personnages.

C’est l’excellente actrice américaine Julianne Moore qui a reçu le prix d’interprétation féminine, pour son rôle de star vieillissante et névrosée qui essaye d’organiser son retour sur le devant de la scène hollywoodienne dans le très bon Maps to the Stars du canadien David Cronenberg.

Le prix du scénario a été remis samedi à Cannes aux Russes Andreï Zviaguintsev, également réalisateur, et Oleg Negin pour Leviathan. Léviathan, grand film qui dénonce la corruption et un Etat omnipotent, raconte le destin d’un garagiste, Kolia (Alexeï Serebriakov), qui mène une vie paisible dans une petite ville au bord de la mer de Barents, dans le nord de la Russie, avec sa deuxième femme et son fils né d’un premier mariage. Mais le maire de la ville (Roman Madianov), corrompu jusqu’à l’os, jette son dévolu sur sa maison et son terrain pour un projet immobilier. Aidé d’un ami moscovite avocat, Dmitri (Vladimir Vdovitchenkov), Kolia se défend bec et ongles devant les tribunaux, s’attirant les foudres des autorités.

Le film, a répété à plusieurs reprises Andreï Zviaguintsev, n’est pas une attaque contre le régime russe. “C’est une histoire qui pourrait se dérouler partout”, avait-il dit à la presse avant de rappeler que le scénario lui avait été inspiré par la même mésaventure survenue à un Américain du Colorado. Le film a reçu des subventions publiques de l’Etat russe, malgré son sujet très politique. La complexité et l’intelligence du scénario a surement permis au film de pouvoir être produit, il n;est pas certain que tous les partenaires du film n’ai compris la portée de l’oeuvre qu’ils ont soutenu. Le ministre de la Culture russe a déjà fait savoir qu’il n’avait pas aimé le film qui doit sortir en septembre dans ce pays, selon le producteur.

Petites vagues sur la Croisette

Le 67e festival de Cannes n’a pas connu de scandale majeur cette année, mais il a eu son lot d’accrocs et de polémiques. Avec en tête d’affiche DSK, Grace de Monaco, l’Iran et Godard.  Avant même le début de la compétition, Grace de Monaco, projeté en ouverture, est arrivé sur la Croisette avec un parfum de polémique : le distributeur américain n’en voulait pas dans la version décidée par le réalisateur français Olivier Dahan, et surtout, la famille princière avait fort bruyamment manifesté son rejet de cette présentation de la famille Grimaldi dans les années 60. Las, le soufflé est retombé après la projection : les critiques internationaux ont descendu le film, jugé à juste titre “ennuyeux” ou “incroyablement idiot”.

Question réputation sulfureuse, Grace de Monaco n’arrivait pas à la cheville de ce film d’Abel Ferrara Welcome to New York inspiré librement de l’affaire du Sofitel qui a précipité la chute de Dominique Strauss Kahn. Non sélectionné, le film a été diffusé dans un cinéma de quartier en première mondiale tandis que, pour la première fois en France, il sortait directement sur internet en Vidéo à la demande pour 6,99 euros. Le lendemain, Anne Sinclair, dont le rôle miroir est joué par Jacqueline Bisset, accusait le film d’antisémitisme. Peu après, c’était les avocats de DSK qui annonçaient une plainte en diffamation.

L’actrice iranienne Leila Hatami, membre du jury, a fait la bise au président du festival, Gilles Jacob, près de 84 ans. Une mondanité comme des milliers sur la Croisette ? Non, a estimé à Téhéran le vice-ministre de la Culture, Hossein Noushabadi : “Qu’elle soit artiste ou non, la femme iranienne est le symbole de la chasteté et de l’innocence, donc une telle attitude inappropriée ayant eu lieu récemment au festival de Cannes n’est pas conforme à nos principes religieux”, a-t-il expliqué. Vendredi, dans une lettre à l’Organisation du cinéma iranien, l’actrice s’est dite “vraiment désolée d’avoir heurté la sensibilité de certains pour cet incident”. 

La légende de la Nouvelle Vague, Jean-Luc Godard a présenté Adieu au Langage, une œuvre expérimentale en 3D reçue avec révérence dans l’enceinte du Festival. Le maître a boudé la Croisette : “Les professionnels parlent un autre langage que moi. Que ce soit la critique, les officiels, le producteur même…”, dit-il. Adieu au Langage a reçu le prix du jury, récompense un peu étrange qui permet de distinguer un film apprécié sans pouvoir l’intégrer dans une catégorie spécifique. Le jury a sans doute souhaité souligné le talent du réalisateur légendaire dans l’invention des formes visuelles et narratives. Jean-Luc Godard est aussi le plus âgé de la compétition à 83 ans. Mommy de Xavier Dolan, réalisateur le plus jeune de la compétition (25 ans), a reçu le prix du jury ex-aequo, refroidissant l’enthousiasme délirant de la presse francophone pour le film. Hormis Adieu au Langage, aucun film français ne figure au palmarès cette année. 

Retrouvez le palmarès complet du 67e festival de Cannes

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