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Tournée de Francis Cabrel aux Etats-Unis : “Je me bats pour la francophonie”

Après le Québec, Francis Cabrel a donné ses premiers concerts new-yorkais les 19 et 20 mars, avant de se rendre à Los Angeles (22 et 23 mars) et à Chicago (26 mars). Jeudi soir, la salle du Lycée Français de New York s’est rapidement remplie. Dans le public, Judy et Tom Gordon avaient spécialement fait le déplacement depuis Birmingham (Alabama). Rencontre loin d’Astaffort avec le compositeur-interprête très attendu par son public aux Etats-Unis.

France-Amérique : Cette tournée seul en scène, en version acoustique, est-ce aussi une façon de marquer une pause dans l’écriture de votre nouvel album ?

Francis Cabrel : je souhaitais retrouver une certaine simplicité. Seul sur scène, je fais un peu tout ce que je sais faire, trois notes de ukulélé, trois notes de piano. Mais oui, c’est surtout pour faire une pause dans l’écriture de mon disque qui avance peu, mais qui avance comme il faut. De temps en temps, je me fais des petites fenêtres comme ça où je m’en vais, et quand je reviens sur la table de travail, j’ai souvent les idées plus fraîches. Je pense pouvoir finir mon album pour le mois de novembre, avant une sortie en fin d’année ou en début d’année prochaine.

Votre dernier album, Vise le ciel, est composé de reprises en français des chansons de Bob Dylan. D’où vient votre admiration pour Dylan ?

J’ai grandi avec lui, j’ai été très marqué et je suis toujours sous son influence profonde. Je l’ai découvert vers 16 ans avec la chanson Like A Rolling Stone. C’était le coup de poing absolu. Je n’ai jamais débarqué. Il avait déjà fait plusieurs albums en Amérique. Il était moins connu en Europe, sauf des initiés. Hugues Aufray avait déjà traduit certaines de ses chansons. Je l’ai vu sur scène à peu près vingt fois mais je ne l’ai jamais rencontré. Je connais une bonne partie de son répertoire, je peux jouer et chanter ses chansons. Ce qui m’intéressait, c’était de retranscrire en français ce monde très particulier.

Comment s’est passé ce travail d’adaptation pour retrouver la poésie de la langue de Dylan ?

Si on traduit de manière très stricte, on n’y arrivera pas, on aura jamais la rime. Il fallait forcément s’en échapper. Donc j’ai pris des libertés. Dans les compositions de mon album, il devait y avoir 80 % de Dylan et 20 % de moi. Dans son répertoire, j’ai choisi des chansons qui me parlent personnellement ou qui sont plus surréalistes.

Vous avez reçu le Prix de la Francophonie remis par la Représentation permanente de l’Organisation internationale de la Francophonie auprès des Nations Unies à New York.

Je suis touché par ce prix car je me bats pour la francophonie, justement en adaptant en français des chansons anglaises. La langue française, même en se contorsionnant, peut arriver à entrer dans la mélodie anglaise et américaine. Le français est une langue fabuleuse, extrêmement riche et nuancée. La Fontaine – qui est mon auteur de prédilection, un véritable génie – Balzac et Brassens, voila les gens qui me portent et qui me font penser que la langue française est merveilleuse.

Quelle place occupent la folk et le blues américain dans votre apprentissage musical et dans votre pratique quotidienne ?

Le Blues, c’est le socle, l’essence. Tout vient de là, et j’y retourne souvent. La folk, la musique californienne des années 60-70, je m’en échappe de temps en temps. C’est surtout la mélodie que j’aime, d’où mon intérêt pour Randy Newman. Comme je suis italien d’origine, c’est plutôt la romance italienne, quelques envolées classiques, comme chez Verdi, qui m’intéressent. Dans le slam et le rap, que je peux admirer par certains côtés littéraires, il me manque la mélodie, mes racines.

Pourquoi avoir créé une rubrique consacrée à la traduction de vos chansons en anglais et en espagnol sur votre site internet ?

J’ai fait des voyages en Espagne, en Amérique du Sud et dans les pays anglo-saxon. Je me dit que s’il existe la moindre curiosité à mon égard et pour ce que j’écris, on peut facilement se renseigner sur le sens des mots.

Vous connaissez bien des répertoires musicaux en anglais, pourquoi n’avoir jamais enregistré dans cette langue ?

A cause de l’accent du Sud-Ouest (rire). Il y a de tellement bons chanteurs en langue anglaise, je ne pense pas pouvoir apporter quelque chose de nouveau.

En tant que grand collectionneur de guitares, quels sont les guitaristes que vous admirez ?

J’ai aimé Clapton depuis ses débuts. Dans ses périodes les plus inspirées, c’est celui qui est le plus lyrique, avec Mark Knopfler. J’aime aussi Robben Ford, Wes Montgomery pour le jazz et bien sûr Jimi Hendrix, même si cela fait un moment qu’il n’est plus là, on écoute toujours les mêmes choses. 85 % des guitares que je possède sont des américaines. D’ailleurs ce soir je joue avec une petite Taylor. Les autres sont d’un luthier français, Franck Cheval.

Que pensez-vous du succès de la chanson “Je l’aime à mourir”, reprise par Shakira en 2011, de sa destinée, du fait qu’elle vous échappe un peu et continue sa propre vie ?

Les chansons voyagent plus que nous, c’est leur côté magique. Ça m’arrange car je ne suis pas un grand voyageur. J’avais chanté il y a une vingtaine d’années en Amérique du Sud. Je pense que Shakira, très jeune à l’époque, avait entendu cette chanson. Rien ne se perd. Je trouve sa reprise très jolie, très agréable. La renaissance de ma chanson a été une belle surprise.

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