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Transport aérien: les Européens s’efforcent de tirer les leçons du volcan

Les Européens tentent de tirer les leçons du chaos aérien causé mi-avril par le nuage de cendres volcaniques venu d’Islande, mais une meilleure connaissance du phénomène et une coordination renforcée des Etats prendront du temps, et la menace n’a pas disparu.

Si de fortes perturbations du trafic aérien semblent inévitables, “la situation serait meilleure” qu’en avril si un nuage de cendres réapparaissait aujourd’hui dans le ciel européen, assure Bo Redeborn, un responsable d’Eurocontrol, l’organisation européenne chargé de la sécurité de la navigation aérienne.

Or, un rapport d’experts de l’University College de Londres (UCL) publié jeudi prévient que même si le volcan Eyjafjöll ne fait plus des siennes, une “éruption à court terme” de son voisin, le Katla, plus important et plus puissant, est “une forte possibilité”.

Une classification a été temporairement fixée par les Etats européens fin avril : une zone rouge, où la densité des cendres interdit les vols, une zone grise où le risque est acceptable, et une zone non touchée.

“En avril, tout avait été inscrit en zone rouge” dans le doute, a rappelé M. Redeborn au Forum international des Transports, qui se déroule depuis mercredi à Leipzig (est de l’Allemagne) et dure jusqu’à vendredi.

La navigation aérienne est désormais interdite au-delà de 2 milligrammes de cendres volcaniques par mètre cube d’air, explique Bernadett Weinzierl, physicienne du Centre allemand d’aéronautique et d’astronautique (DLR). Mais il s’agit d’un seuil temporaire qui a été déterminé par l’industrie en se fondant sur des incidents anciens.

“Il y a encore de nombreux points d’interrogation sur les cendres volcaniques et leurs effets sur la navigation aérienne. Le risque peut par exemple varier en fonction des types de moteurs”, estime Mme Weinzierl, qui a elle-même survolé le nuage au large de l’Islande à l’occasion d’n vol scientifique allemand en avril.

“Quand les informations sur les cendres volcaniques seront suffisantes, la modélisation et les procédures d’alerte pourront être améliorées”, ajoute Eric Kroes, un expert du ministère des Transports néerlandais.

Une nouvelle méthodologie pour évaluer la gestion des risques et décider de la fermeture et de la réouverture des espaces aériens sera soumise pour approbation à l’assemblée générale de l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI) en septembre.

D’ici là, les Etats doivent harmoniser les mesures et les seuils sur les cendres volcaniques, a répété jeudi le ministre des Transports allemand Peter Ramsauer à Leipzig.

Il a cependant jugé “exagéré” le coût de cinq milliards de dollars entraîné par le volcan sur l’économie mondiale jusqu’à présent, dont près de la moitié pour les compagnies aériennes, des calculs avancés jeudi par un rapport d’experts privés commandé par l’avionneur Airbus.

Plusieurs compagnies aériennes comme Lufthansa, ont appelé les gouvernements à songer à des compensations pour le secteur et à accélérer la mise en place du ciel unique européen.

Cet ensemble de mesures d’harmonisation est destiné à répondre aux besoins futurs en termes de capacité et de sécurité aérienne.

“Dans le transport aérien, la mise en place d’un centre de décision unique à l’échelle européenne est encore loin, parce que chaque administration essaie de garder l’échelon national, celui qu’elle contrôle le mieux”, souligne Yves Crozet, professeur d’économie des transports à Lyon (France).

Le ciel unique européen devrait devenir opérationnel d’ici 2016-2020, prédit Bo Redeborn d’Eurocontrol, qui verrait bien son organisation avoir un jour “un mandat pour prendre certaines décisions au nom des Etats européens”.

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