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Un petit bain

Cinq films français récents seront projetés au BAM du 24 au 28 octobre,sous l’impulsion de Florence Almozini. Une programmation resserrée, pointue et très alléchante.

Le Brooklyn Academy of Music (BAM) est une institution qui dépasse largement les frontières de Brooklyn. Leur festival avant-gardiste « Next Wave », initié il y a 25 ans, qui vient de démarrer et se poursuit jusqu’en décembre, attire les créateurs les plus pointus… et le public qui va avec. Créée en 1998, leur cinémathèque – ou Cinématek, puisque c’est son orthographe – est à l’avenant : une programmation ambitieuse, sans cesse renouvelée, tournée vers le monde.

C’est Florence Almazoni, une Française, qui en a la responsabilité depuis son ouverture. Grenobloise d’origine, elle fait la pluie et le beau temps sur le cinéma d’auteur à Brooklyn. Le trait d’union s’est fait via un petit ami irlandais, qui l’avait expatriée à New York. Le petit ami est parti, elle est restée. Pour s’amuser, elle a monté avec des copains un ciné-club à Brooklyn, Occularis, dont elle s’occupait bénévolement. Le succès a été indéniable, et, quand le BAM a souhaité ouvrir un département cinéma en 1998, ils ont fait appel à Florence Manzoni pour le diriger. "J’étais ravie. J’allais pouvoir faire ce que j’adorais, avec plus de moyens, et en plus j’étais payée !" Neuf ans après, elle peut être fière du succès de sa programmation. Cinéma européen, asiatique, cinéma d’auteur toujours, ses préférences vont à Béla Tar, Eric Rohmer, Manuel de Oliveira, Visconti, Shoei Immamura… Des réalisateurs sophistiqués, pour un public de mieux en mieux éduqué. "Notre public est majoritairement local, composé d’étudiants, d’artistes, de retraités, de jeunes actifs… Il est très fidèle, il nous fait confiance au départ, puis il affine ses goûts au fur et à mesure des projections."

La semaine prochaine, elle propose pour la 5e année un petit festival de films français, intitulé sobrement New French Films. "Il est devenu très difficile de diffuser des films français en dehors du circuit de distribution classique américain. Maintenant, mes critères de sélection sont : des films récents, en français. Le critère principal : de bons films. Qui sont souvent inédits aux Etats-Unis." C’est l’avantage de prendre des chemins de traverse.  On découvrira donc dans ce festival cinq films sortis en 2006 ou 2007.

Le film d’Emmanuelle Cuau, Très bien, merci, ouvrira le bal mercredi 24 octobre, suivi d’un débat avec la réalisatrice. Une comédie dramatique kafkaïenne, avec Gilbert Melki et Sandrine Kiberlain, qui incarnent respectivement un comptable et un chauffeur de taxi. Un couple dont la vie très routinière va basculer à la suite d’une arrestation abusive. Le comptable va tomber de Charybde en Scylla, et la réalisatrice a la bonne idée d’alléger par une mise en scène comique un scénario plutôt dramatique. Un film accueilli en France par d’excellentes critiques.

Le Dernier des fous, réalisé par Laurent Achard programmé le jeudi 25 octobre, est l’adaptation d’un roman de l’écrivain canadien Timothy Findley. Histoire d’une folie familiale, d’un enfant confronté à la désintégration de sa famille, le film a reçu le prix Jean Vigo en 2006. À noter, la performance inattendue d’Annie Cordy, en grand-mère démissionnaire. Un film fort et hypnotisant.

Le documentaire Je t’aime, moi  non plus, réalisé pendant le festival de Cannes par la comédienne Maria de Meideros, explore  les rapports – compliqués – entre les réalisateurs et les critiques de films. Un débat organisé après la projection réunira des critiques américains et prolongera la réflexion, le vendredi 26 octobre.

Le samedi 27 octobre, Michel Spinosa viendra presenter Anna M., un thriller psychologique avec Isabelle Carré  et Gilbert Melki. Encore une histoire de folie – amoureuse cette fois. Une jeune femme, érotomane, persuadée d’être aimée de son médecin, le poursuit de ses assiduités, puis tente de le détruire.

Enfin, La Trahison, de Philippe Faucon, avec Vincent Martinez et Cyril Troley, sera projeté le dimanche 28. Un film subtil et tout en nuances sur la guerre d’Algérie, traité sur un mode humain.

Au final, 5 films qui donnent une vision nouvelle et audacieuse – même si souvent peu flatteuse – de la société française, à ne pas manquer.

New French Films
BAM Cinématek, 30 ave Lafayette, Brooklyn NY
www.BAM.org

À voir aussi au BAM, ce soir à 19h :
une série de films muets, sélectionnés, accompagnés au piano et commentés en temps réel par Serge Bromberg, créateur des séries "Retour de flammes" en France.

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