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Un pont entre New York et Angoulême—et bientôt, un documentaire

En 1524, un Français découvre New York et nomme “Nouvelle-Angoulême” la baie qui s’ouvre devant lui. Longtemps négligée, cette page d’histoire revit en 1950 dans une thèse universitaire, et aujourd’hui dans un film documentaire.

En 1950, un ancien aviateur des Forces Françaises Libres devenu professeur d’histoire au Lycée Français de New York crée la surprise à Columbia University. Dans sa thèse, Jacques Habert soutient que la baie de New York n’a pas été découverte en 1609 par l’Anglais Henry Hudson—comme il était alors communément accepté—mais quatre-vingt-cinq ans auparavant, par un Français.

Au XVIe siècle, alors que les couronnes européennes s’affrontent dans la conquête de l’Atlantique et la découverte d’un passage vers les Indes, le navigateur Jean de Verrazane—originaire de Lyon ou de Florence, le mystère demeure—propose ses services au roi François Ier. Avec quatre navires, il quitte le port de Dieppe en juin 1523, longe les côtes espagnoles et portugaises jusqu’à l’île de Madère, puis met le cap à l’ouest. Seule la caravelle La Dauphine atteint l’actuelle Caroline du Nord, en mars 1524. Verrazane baptise “Francesca” cette “terre nouvelle que nul antique ou moderne n’avait jamais vue” et poursuit son voyage vers le nord.

Le 17 avril 1524, sous un ciel menaçant, les navigateurs parviennent en vue d’un “endroit fort agréable en deçà de deux petites collines, au milieu desquelles coule une très grande rivière”, écrit Verrazane dans son rapport à François Ier, conservé à la Morgan Library de New York. En s’engageant dans la passe, La Dauphine découvre un “fleuve impressionnant de majesté” et un “très beau lac” sur lequel “allaient et venaient sans cesse de tous côtés une trentaine de petites barques montées par une foule de gens passant des deux rives pour nous voir”.

Henry Hudson donnera son nom au fleuve majestueux, l’Hudson River, en 1609 et quelques années plus tard, les premiers colons hollandais s’installeront sur les “collines” de Brooklyn et de Staten Island. Le “lac” qui s’étale au sud de l’île de Manhattan, quant à lui, deviendra la baie de New York.

“New York sur Charente”

Mais pour l’heure, le 17 avril 1524, le vent qui se lève oblige les marins à reprendre la mer. Avant de lever l’ancre, toutefois, Verrazane nomme l’endroit “Terre d’Angoulême” (ou “Nouvelle-Angoulême”) en hommage à François Ier, comte d’Angoulême. La mention demeurera plusieurs années sur les cartes marines avant que les guerres du XVIIe siècle ne remplacent le nom d’Angoulême par “New Amsterdam“. La France, défaite, oublie le voyage de Verrazane et se tourne vers le fleuve Saint-Laurent et la vallée du Mississippi.

La thèse de Jacques Habert corrige l’histoire en 1950. Le Français est nommé par le Daily News « parrain » du pont Verrazzano, inauguré en 1964 entre Staten Island et Brooklyn, et nommé en hommage au navigateur. A Staten Island, une stèle marque l’endroit où les marins de La Dauphine se sont arrêtés pour se réapprovisionner en eau et dans un parc du sud de Manhattan, une statue de bronze de Jean de Verrazane fait face à la baie. A Angoulême, le cours arboré qui mène vers l’ancien château de la famille Valois et vers l’hôtel de ville a été rebaptisé Place New York et depuis 2001, une fresque célèbre “New York sur Charente”.

Le lien entre Angoulême et New York est ténu, mais il est maintenant reconnu. Un film documentaire sur l’histoire commune aux deux villes est “en préparation”, a confirmé la mairie d’Angoulême. Le tournage commencera en Charente cet automne et se poursuivra ensuite à New York. L’historien Alain Decaux aurait salué une “très belle victoire pour Jacques Habert”. Une très belle victoire pour la France et les Etats-Unis.

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