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Une condamnation de Microsoft susceptible de faire évoluer le paysage informatique

497 millions de d’euros. C’est la somme record que doit payer Microsoft après la confirmation, lundi 17 septembre, de sa condamnation pour « abus de position dominante ». Après 15 mois d’examen, le Tribunal de première instance de la Cour de justice européenne a donné raison aux plaignants.


Brad Smith, le numéro trois de la multinationale, qui avait fait le déplacement au  Luxembourg pour le procès, s’est déclaré « déçu ». Il a ensuite assuré dans un communiqué de presse que Microsoft allait veiller « à respecter à 100% la décision de la Commission », et a déclaré que des progrès avaient déjà été faits depuis la décision de 2004. L’éditeur américain hésite encore à faire appel.


Bruxelles a donc considéré que la société basée à Redmond dans l’État de Washington avait abusé de son quasi-monopole dans deux secteurs différents. Elle est accusée de ne pas être « interopérable », à savoir de refuser de livrer à ses concurrents la documentation nécessaire pour leur permettre de créer des logiciels compatibles avec la version Windows pour serveurs. Deuxièmement, Microsoft étouffe la concurrence en intégrant d’office dans toutes les éditions Windows, leur logiciel multimédia Windows Media Player.


L’histoire commence en 1998 avec une plainte de la société américaine Sun Microsystems, qui entraîne une  enquête de la Commission européenne contre Microsoft. En mars 2004, Bruxelles prononce la condamnation de 497 millions d’euros et demande des « mesures correctives ». D’où la sortie d’une version de Windows dépourvue de son Media Player un an et demi plus tard : un échec en Europe. En revanche, le non-respect des règles d’interopérabilité sur le marché des serveurs d’entreprise a valu à Microsoft une amende supplémentaire de 280,5 millions d’euros en juillet 2006.


La condamnation de Microsoft va-t-elle réellement changer la donne et affaiblir le numéro un mondial  des logiciels ? Financièrement, non. L’entreprise dirigée par Steve Ballmer a un revenu annuel de 51,12 milliards de dollars, et sa trésorerie est estimée à plus de 50 milliards de dollars.


En revanche, Microsoft, dont le système d’exploitation équipe aujourd’hui 95% des ordinateurs individuels, va petit à petit perdre des parts de marché au profit d’autres logiciels. Linux, par exemple, une version gratuite d’un système d’exploitation comme Windows, s’impose depuis quelques années comme réel concurrent. Le fabricant d’ordinateurs Dell propose d’ailleurs désormais ses ordinateurs équipés de Linux.


Cette décision de justice peut servir d’exemple. Julien Jomier est ingénieur de recherche dans l’entreprise Kitware, qui crée des logiciels de création 3D et d’imagerie médicale. Sa société fonctionne exactement à l’inverse de Microsoft. Kitware utilise beaucoup de logiciels libres et développe ainsi le système d’open source. Pour lui, la condamnation de Microsoft est une très bonne chose car « elle va sensibiliser les grandes entreprises tentées de copier Microsoft, comme Google et Apple, à se détourner du modèle de l’éditeur américain pour s’adapter aux règles de la concurrence ». Finalement, le consommateur devrait être gagnant.


Microsoft maintient toujours sa position de leader mondial, et pour encore un certain temps, mais sa politique commerciale de non-partage déplait de plus en plus. La communauté « Open Source » qui soutient des logiciels gratuits et des logiciels comme Mozilla Firefox gagne des points par rapport à Microsoft comme le démontre la popularité du navigateur web Firefox de Mozilla par rapport à son concurrent direct Internet Explorer, conçu par Microsoft.


La condamnation de l’éditeur américain pose désormais des barrières aux autres compagnies qui, impressionnées par le succès de la firme américaine, voulaient l’imiter.


Microsoft n’en est ni au premier, ni au dernier de ses procès qui dénoncent des pratiques commerciales injustes. A l’image du film Antitrust de Peter Howitt sorti en 2001, qui illustre librement les abus commis par Microsoft, la multinationale américaine va devoir opérer un  changement de stratégie pour respecter les règles de la concurrence internationale.

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