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Une famille homoparentale en danger

Frédéric Deloizy vit aux Etats-Unis depuis 15 ans. Marié et en couple depuis 22 ans, il n’a toujours pas obtenu la carte verte qui permet de résider aux Etats-Unis de manière permanente. La raison : son couple n’est pas reconnu au niveau fédéral, car Frédéric est marié avec un homme.

Après sept ans d’aller-retour entre la Côte Est et l’Hexagone, Frédéric rejoint son conjoint Mark Himes aux Etats-Unis en 1997. Titulaire d’un Capes d’anglais, il devient professeur de français dans un lycée américain avec un visa de travail qui expire en 2004. Cet été-là, craignant l’expulsion de Frédéric, le couple s’apprête à déménager en France. Mark et Frédéric vendent leur maison avant de réaliser qu’en France, seul Mark serait reconnu comme le père de leurs quatre enfants adoptés. “Non seulement il devait quitter son job pour aller dans un pays où il n’était pas encore sûr d’obtenir un permis de travail, mais en plus, s’il lui arrivait quoi que ce soit, nos enfants se retrouvaient orphelins”, remarque Frédéric.

“Un couple comme les autres”

Le professeur décide donc de retourner à l’université pour bénéficier d’un visa étudiant lui permettant de rester en Pennsylvanie, où vit le couple. “Pendant sept ans, j’ai tout fait : des langues étrangères, de l’informatique, etc. J’ai appris énormément et j’utilise tout aujourd’hui dans ma pédagogie.” Mais l’éducation a un coût. “Les frais de scolarité étaient trois fois plus élevés que pour un Américain”, note Frédéric. “Et ça ne m’apportait ni couverture sociale, ni le droit de travailler, à part quelques heures d’enseignement sur le campus. Avec deux enfants à l’époque (Frédéric et Mark ont adopté les deux autres, des jumeaux, en 2009, ndlr) et un seul salaire, on ne pouvait plus continuer.”

“J’étais à plat, démoralisé”, raconte l’enseignant. C’est alors qu’il se lance dans les procédures administratives pour obtenir la fameuse green card tant désirée par des millions d’immigrants. Dépôt du dossier en septembre 2011, entretien avec les services d’immigration en janvier 2012 et refus de la demande dans la foulée. “Avec notre avocat, nous étions même surpris d’être reçus pour l’interview”, confie le Français. “Mais c’était agréable : on était un couple comme les autres.” Malgré la liasse de papiers attestant de 22 ans de vie commune, Frédéric se voit refuser le précieux sésame vers la tranquillité, au nom du Defense of Marriage Act (DOMA).

Cette loi fédérale votée en 1996 définit le mariage comme l’union entre un homme et une femme. Six Etats reconnaissent juridiquement le mariage gay mais, à cause du DOMA, il ne permet pas d’obtenir un titre de séjour pour un partenaire étranger. Si cet acte est actuellement l’objet de nombreuses plaintes, le cas de Frédéric reste en suspens tant que la loi est en vigueur.

“Retour à la case départ”

“A l’immigration, on nous a même soufflé ‘mais pourquoi vous faites les démarches ? Mieux vaut rester sous le radar’”, s’amuse le candidat à la carte verte. “Mais on veut être officiels. C’est comme pour Rosa Parks : on ne peut pas rester au fond du bus toute sa vie !” Le couple se dit d’ailleurs “libéré” d’avoir formulé la requête. Nombre d’immigrants homosexuels aux Etats-Unis choisissent de rester discrets ou optent pour le mariage blanc, avec une personne du sexe opposé, pour obtenir des papiers.

Frédéric a un titre de séjour provisoire délivré en novembre pour un an, le temps que son dossier soit étudié. Il a fait appel du rejet de sa candidature : maintenant, le bureau de Philadelphie, qui a traité son cas, doit se justifier de sa décision. “Retour à la case départ”, constate sobrement le Français, qui martèle : “on continue jusqu’au bout. On fera appel de tout refus”. Dans l’attente, Frédéric ne peut quitter le pays. Pas question de rendre visite à sa famille dans l’Hexagone, où ses enfants n’ont encore jamais mis les pieds.

Impatient que la Cour Suprême statue sur le DOMA, il se félicite de l’élection de François Hollande en France et de la prochaine légalisation du mariage homosexuel dans son pays d’origine : “Je trouve ça extraordinaire, mais on n’envisage plus de partir. Notre vie est ici.”

 

L’association américaine Immigration Equality milite depuis 1994 aux Etats-Unis pour l’égalité des LGBTQ et des séropositifs devant l’immigration. Basée à New York, elle offre assistance et conseil juridique aux couples binationaux.

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