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Une journaliste française du Monde remporte un prix à New York

Pour la première fois, la French-American Foundation de New York a remis un prix du journalisme d’immigration à trois reporters, ce mercredi 7 novembre, à Manhattan.

Le prix du journalisme d’immigration de la French-American Foundation (FAF) de New York est le second volet d’un projet lancé en 2011, qui vise à promouvoir l’investigation dans les domaines de l’immigration et de l’intégration, à l’international. La FAF accompagne depuis cette date douze journalistes de divers médias et supports dans des projets d’envergure sur ces thématiques. Ce mercredi, elle a remis trois prix pour des sujets parus en français ou en anglais dans des médias européens et américains. La Fondation a reçu près de 200 candidatures pour ce prix, toutes de très haute qualité selon le jury.

Ce sont quatre femmes qui ont finalement été récompensées lors d’un déjeuner qui s’est tenu à la Graduate School of Journalism de la City University of New York, près de Times Square. Margaret Ebrahim et Maria Hinojosa ont été saluées pour leur documentaire Lost in Detention sur les politiques de détention et d’expulsion de l’administration Obama. Cindy Carcamo a, quant à elle, été primée pour “Return to Sender”, un article paru dans Slake, à Los Angeles, qui suit les premières 48 heures d’un immigré renvoyé chez lui au Guatémala. Les deux reportages sont arrivés ex aequo et chaque équipe recevra ainsi $5 000.

Toucher à “un symbole de la France”

Enfin, la Française Elise Vincent a reçu un prix spécial de la Fondation TF1 qui promeut la diversité et lui a remis $10 000. Elle a été récompensée pour son article “Au bon pain de Tataouine”, paru dans le quotidien national Le Monde. Cette enquête s’intéresse aux Maghrébins en France qui investissent dans la boulangerie : “en Ile-de-France, sur 4 000 fonds de commerce, les rachats par des Maghrébins représentent ‘une vente sur trois’, évalue David Bourgeois, patron de l’un des plus gros moulins franciliens”, écrit Elise Vincent.

“Quand j’ai commencé ce sujet, ça faisait rire mes collègues que je passe mes journées dans des boulangeries et que je rentre au bureau avec des pâtisseries”, raconte la journaliste en charge de l’immigration au Monde. “Mais je tenais à cette histoire. C’est une question sensible. Et d’ailleurs j’avais peur qu’elle soit exploitée par l’extrême droite.” L’un des interviewés, le Tunisien Mourad Lagneb, raconte que son beau-père lui a fait remarquer : “Tu te rends compte qu’avec tes origines, en te lançant dans la baguette, tu touches à un symbole de la France ?”

“Finalement je n’ai eu que des retours positifs”, note Elise Vincent, de passage à New York quelques jours pour la remise des prix. “Les boulangers vont être tellement fiers que l’article ait reçu un prix, que leur histoire intéresse les gens !”, assure-t-elle.

Sylvie Kauffmann, la directrice éditoriale du Monde et “young leader” de la FAF, était invitée à présenter les récompenses et à donner un discours. “Je suis heureuse que ce que j’essaie de faire au Monde sur l’immigration soit reconnu à travers la récompense d’Elise”, explique celle qui a vécu cinq ans à New York et qui souligne les différences entre les Etats-Unis et la France sur la question de l’immigration. “A New York je demande toujours aux chauffeurs de taxi d’où ils viennent et ils me racontent leur parcours, ce sont de superbes histoires. En France, ils refusent d’en parler. Je souhaite trouver un moyen de raconter ces histoires en France aussi”, raconte la co-présidente du Immigration Journalism Fellowship de la FAF, tandis que la Fondation rappelle que plus de 175 millions de personnes dans le monde vivent en-dehors de leur pays de naissance.

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