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Une journée de célébration de l’amitié franco-américaine

“L’alliance entre les Etats-Unis et la France n’a jamais été aussi forte, et les niveaux de coopération sur une multitude de sujets sont bien plus poussés qu’ils ne le furent, je crois, il y a cinq ans, dix ans ou vingt ans. C’est une bonne chose pour la France. C’est une bonne chose pour les Etats-Unis”, a déclaré Barack Obama lors de la conférence de presse de mardi 11 février, à l’occasion de la visite d’Etat de François Hollande.

L’administration Obama n’a pas ménagé ses efforts pour recevoir “son allié le plus fort et son ami le plus proche”. Au cours de la cérémonie d’accueil, sur la pelouse sud de la Maison Blanche, Barack Obama a lancé un “bonjour” à la foule et a conclu son intervention par “bienvenu les amis !”, en avouant que les limites de sa pratique de la langue française étaient déjà atteintes. Le cérémonial américain s’est illustré avec les hymnes nationaux, les vingt et un coups de canon, le passage en revue des corps de l’armée et les discours sur les valeurs communes.

We declare our devotion once more to life, liberty and… pursuit of happiness—to liberté, égalité and fraternité” a ainsi souligné Barack Obama. Il a parsemé ses interventions de références à un certain “Alex” De Tocqueville. François Hollande a rappelé que c’était au nom de ces valeurs universelles que le diplomate français René Cassin et Eleanor Roosevelt, l’épouse du président Franklin Roosevelt, s’étaient attelés à la rédaction de la Déclaration universelle des droits de l’homme, adoptée en décembre 1948.

La journée a été ponctuée d’hommages à ce passé commun. Le président américain a rappelé la continuité historique de cette alliance franco-américaine “des champs de Yorktown aux plages de Normandie, jusque dans les montagnes d’Afghanistan.” Le service de deux vétérans de la Deuxième Guerre mondiale, présents ce matin sur la pelouse, a été applaudi. La Légion d’honneur a été remise à l’un des soldats inconnus inhumés au cimetière national d’Arlington et six anciens combattants de la Deuxième Guerre mondiale ont été décorés à Fort Meyer. Dans ce prolongement, le président français a officiellement invité son homologue américain à assister au 70ème anniversaire du Débarquement des forces alliées en France, le 6 juin prochain. Barack Obama a confirmé qu’il se rendrait en Normandie à cette occasion.

La France et les Etats-Unis “ensemble” face aux défis mondiaux

François Hollande a souligné la proximité actuelle entre les deux Etats : Nous sommes ensemble pour combattre le terrorisme, ensemble pour répondre à la menace de la prolifération des armes nucléaires et chimiques, ensemble pour résoudre les crises du Proche-Orient, ensemble pour trouver une solution en Syrie, ensemble pour le développement de l’Afrique, ensemble, toujours ensemble, pour lutter contre le réchauffement climatique.” L’entente entre les deux pays serait tellement facile que les Etats-Unis vont peut être continuer à se passer d’ambassadeur à Paris. Obama n’a toujours pas nommé le remplaçant de Charles Rivkin, intégré au Département d’Etat en novembre dernier. Le chargé d’affaires Mark Taplin assure pour l’instant la direction de l’ambassade par intérim.

Dans les cérémonies et les paroles, cette visite d’Etat entend aussi apaiser les tensions diplomatiques récentes. Les opérations de surveillance des communications électroniques par l’agence de renseignement NSA, révélées par l’ancien consultant Edward Snowden, n’ont pas officiellement altéré la confiance entre les deux alliés. “Il y a une confiance mutuelle qui a été restaurée et qui doit être fondée à la fois sur le respect de chacun de nos pays et également sur la protection de la vie privée”, a précisé le président français. Le président américain a expliqué que, contrairement à ce que la presse laisse entendre, il n’existe pas d’accord de non espionnage entre les Etats-Unis et le Royaume Uni. “L’Amérique s’est engagée à faire en sorte que nous protégions les droits à la vie privée, pas seulement de nos concitoyens, mais aussi des gens vivant dans le monde entier”, a-t-il déclaré.

Selon François Hollande, la France ne prétend pas à un statut particulier : “il ne s’agit pas d’établir un ordre de préférence mais d’être utile au monde. La France et les Etats-Unis sont deux pays qui ont une vocation, par leur place historique et leurs sièges au Conseil de sécurité des Nations-Unies, à peser sur le destin du monde, pour la liberté et la démocratie.” Ces deux modèles à vocation universelle ne sont plus incompatibles selon les deux chefs d’Etat, puisque la tâche du leadership mondial ne saurait être assumée par une seule nation.

Obama a veillé à louer son “ami” français sans toutefois froisser ses autres alliés européens. “J’ai deux filles,-a-t-il déclaré, elles sont toutes les deux splendides et merveilleuses. Je ne choisirai jamais entre elles. Et c’est comme ça que je l’entends avec mes extraordinaires partenaires européens. Tous sont merveilleux à leur manière”.

En coulisse, les petits accrocs français

Les propos de Pierre Gattaz, président du Medef et membre de la délégation française, sur le pacte de responsabilité ont alimenté les débats, aussi bien à Paris qu’à Washington. Le patron des patrons avait pourtant été instruit en amont : “lorsque le président s’exprime dans le cadre d’une visite officielle, on conseille la réserve au reste de la délégation.” Devant des journalistes, Pierre Gattaz s’est dit hostile à toute idée de “contrepartie” au pacte de responsabilité proposé par le gouvernement. Lors de la conférence de presse, François Hollande a réitéré la position de l’Etat : les entreprises doivent “prendre des engagements pour créer de l’emploi, améliorer la formation professionnelle, localiser des activités, développer les investissements.”

Autre source de commentaires, le comportement de quelques journalistes français qui ont suivi le déplacement présidentiel. Visiblement très enthousiastes au moment de pénétrer au centre du pouvoir exécutif américain, certains n’ont pas hésité à se mettre en scène et à partager leurs photos sur les réseaux sociaux, quitte à prendre des libertés avec le protocole et le respect institutionnel. Ces images anecdotiques, reprises par la presse française, ont fait l’objet de commentaires parmi les journalistes américains et de critiques au sein des correspondants permanents aux Etats-Unis. La façon de se tenir à la Maison Blanche est en effet codifiée : le passage dans le bureau ovale doit être rapide, discret et ne sert qu’à immortaliser en images la rencontre entre deux leaders. La presse américaine marque aussi son respect pour la fonction en se levant lorsque le président entre dans la pièce.

Business et politique au menu du dîner d’Etat

Incarnation du prestige et du pouvoir, le premier state dinner remonte à 1874, lors de la visite du roi des Îles Sandwich, devenues ensuite Hawaï, Etat d’origine de Barack Obama. Le protocole moderne régissant cette soirée fut instauré en 1954, lorsque Dwight Eisenhower reçut le président de la Corée du Sud.

François Hollande a dîné mardi soir entre le couple présidentiel, avec à sa table Thelma Golden, directrice du studio museum d’Harlem et le célèbre présentateur et comédien Stephen Colbert. Sur la liste des invités, de nombreux hommes politiques américains : le secrétaire d’Etat John Kerry, le vice-président Joe Biden, le Représentant Paul Ryan, la juge de la Cour suprême Elena Kegan, l’activiste du mariage homosexuel Edith Windsor et l’ancienne speaker de la Chambre Nancy Pelosi ont répondu présents.

Une trentaine de Français étaient attendus à la Maison Blanche, parmi 300 invités. Les ministres Fleur Pellerin, Arnaud Montebourg, Pierre Moscovici ou Laurent Fabius, ont composé la délégation française, aux côtés de Guillaume Pepy, président de la SNCF, Anne Lauvergeon, l’ex-patronne d’Areva, Jean-Yves Le Gall, président du CNES, la directrice du FMI Christine Lagarde, le CEO de Best Buy Hubert Joly et Philippe Dauman, le patron de Viacom.

On comptait aussi quelques célébrités (la chanteuse Mary J. Blige, le francophone Bradley Cooper, les actrices Julia Louis-Dreyfus, Mindy Kaling et Cicely Tyson, le joueur de NBA Jason Collins), des patrons de presse (le président de CNN Jeff Zucker, la directrice exécutif du New York Times Jill Abramson) des fundraisers et donateurs du parti démocrate (le réalisateur J.J Abrams, Irwin Jacobs, Frank White Jr.) et des dirigeants d’entreprises américaines. Les représentants des arts et de l’université, acteurs majeurs de la coopération franco-américaine, semblent en revanche avoir été oubliés.

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