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Une rentrée sans bémol

Les valeurs sûres reviennent en force tandis que le phénomène Mika occupe le devant de la scène

Les années se suivent, mais ne se ressemblent pas. Après les jeunes pousses de la nouvelle chanson française (Bénabar, Vincent Delerm, Thomas Fersen, Olivia Ruiz), et l’électro éthérée (Air et Charlotte Gainsbourg), le refrain cette année serait plutôt "faites du neuf avec du vieux". Les talents confirmés, restés discrets ces dernières années, font leur retour.

À commencer par Vanessa Paradis et sa Divinidylle. Sept ans après Bliss, la petite fiancée de la France – que lui a volé depuis quelques années Johnny Depp – revient avec un album enjoué et résolument rock. Étroitement conçu avec Mattieu Chedid, déjà complice sur le précédent album, et Franck Monnet, fidèle auteur, cette Divinidylle sent bon la camaraderie, le bonheur enfin trouvé. À la guitare acoustique succèdent des sonorités reggaes, des mélodies douces, et mêmes les babils de son fils sur le dernier titre, l’étonnant et envoûtant Jackadi. Bref, un album à l’image de sa vie : réussi.

Un autre poids lourd de la musique nationale, et internationale, se rappelle à notre bon souvenir : Manu Chao. L’ancien leader de la Mano Negra, devenu chantre du rock altermondialiste et véritable star en Amérique latine, avait tutoyé les sommets avec ses albums Clandestino et, dans une moindre mesure, Proxima Estacion : Esperanza. Il retrouve avec son nouvel opus, La Radiolina, l’énergie électrique de ses débuts, mêlant à ses mélodies latinos et africaines une urgence punk dont on ne le croyait plus capable. Le tout, chanté alternativement en français, en anglais et en espagnol, donne un album fiévreux et réjouissant, parfois proche du brûlot contre le capitalisme à outrance. À découvrir gratuitement, et en intégralité, sur son site www.manuchao.net.

La cinquantaine fringante, les Rita Mitsouko livrent, eux, avec Variéty un septième album abouti, preuve qu’on aurait tort de les perdre de vue. Le couple rebelle formé par Catherine Ringer et Frédéric Chichin, roi des années 80 avec des tubes tels que Marcia Baila ou Andy, s’affiche sur la pochette sous la forme de robots, boulons apparents, comme si les rides menaçaient de peser sur leur créativité. Mais c’est un disque épuré, musicalement parfait, vibrant de la voix furieuse de la Ringer, et qui dénote pour la première fois d’une vraie dimension internationale.

La déception plane, en revanche, sur la dernière production de MC Solaar, le désolant Chapitre 7. Peut-être est-ce parce qu’on se souvient que Solaar fut, au début des années 90, un poète hors pair et populaire, donnant au rap français ses lettres de noblesse, qu’on se montre si exigeant avec lui. Mais après Mach 6 qui n’avait pas convaincu, le chanteur semble cette fois avoir perdu son inspiration et frise parfois l’auto-parodie, à l’image de son premier single, Da Vinci Claude.
Mieux vaut découvrir Ridan, chanteur d’origine algérienne, et auteur de deux excellents albums, Le rêve ou la vie et L’ange de mon démon. Quelque part entre Ferré, Renaud et Georges Brassens, ses chansons mélodieuses et engagées disent avec justesse le racisme, le cynisme et l’espoir du lendemain. Succès inattendu de l’année, Ridan montre la voie pour une nouvelle génération, à la fois douce et politisée.

Le phénomène Mika

Il a beau être libano-américain et vivre à Londres, les Français ont adopté Mika, la révélation pop de l’année. Il faut dire qu’avant de déchaîner les dance-floors (et le cœur de ses admiratrices), ce jeune chanteur de 24 ans, à la chevelure frisottante et à la voix haut perchée, a vécu huit ans à Paris durant son enfance avant d’étudier au Lycée français Charles-de-Gaulle de Londres. Croisement génétique entre Freddie Mercury, Jeff Bucley et Prince, Mika s’est fait remarquer grâce au tube disco-funk Relax (Take it Easy), repris depuis dans plusieurs gimmicks télé, avant que son album Life in Cartoon Motion ne déferle sur l’Hexagone : 500 000 copies se sont déjà vendues en France, et plus de 3 millions dans le monde. Depuis, il enchaîne les tubes, du délirant Grace Kelly au très dansant Love Today. Pour couronner le tout, le voilà désormais qui travaille avec Madonna sur le nouvel album de la chanteuse. Raison de plus de se réjouir qu’il parle si bien français.
Life in Cartoon Motion, de Mika (Barclay)

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