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Une visite d’Etat pour entériner l’intense coopération franco-américaine

François Hollande a conclu sa visite d’Etat à San Francisco, jeudi 13 février, en déclarant sa confiance dans les industries innovantes et en demandant aux patrons américains : venez investir en France, venez créer des emplois, (…) venez aussi soutenir les start-up françaises”.

Ces trois jours de cérémonies officielles et rencontres des milieux politiques et d’affaires se sont déroulés sans discorde. Cette visite avait plusieurs objectifs : célébrer les liens historiques franco-américains, confirmer le partenariat renforcé en politique étrangère, apaiser les tensions entre le gouvernement et certains entrepreneurs français actifs dans la Silicon Valley et améliorer l’image de la France auprès des entreprises américaines.

Monticello, symbole de l’amitié transatlantique

Dès l’arrivée de l’Airbus présidentiel lundi 10 février, François Hollande et Barack Obama se sont rendus à Charlottesville, en Virginie, où une visite de Monticello était organisée. Le domaine, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, a précédemment accueilli la reine Elisabeth II en 1976, ou le Dalaï-Lama en 1993. C’est la première fois qu’un président américain en exercice visite Monticello avec le dirigeant d’un pays étranger.  
Cette colline, située à environ 200 kilomètres de Washington D.C., est un beau symbole pour célébrer l’amitié franco-américaine. Thomas Jefferson, l’ancien maître des lieux qui fut ambassadeur à Paris de 1784 à 1789, est considéré comme le plus francophile des dirigeants américains. C’est moins le président des Etats-Unis qui est sollicité aujourd’hui que l’avocat, tout au long de sa vie, de l’amitié transatlantique. “Alliés, nous l’étions au temps de Jefferson et de La Fayette, alliés nous le sommes encore aujourd’hui […] amis nous le sommes pour toujours”, a déclaré François Hollande à Monticello.

La France et les Etats-Unis “ensemble” face aux défis mondiaux

La visite d’Etat a en effet permis de souligner la grande proximité en politique étrangère. Au Mali, en Centrafrique, sur le dossier syrien, sur la lutte contre la prolifération d’armes de destruction massive, contre le développement du nucléaire militaire en Iran, et dans la coopération antiterroriste, la France et les Etats-Unis partagent la même politique. L’interventionnisme français est apprécié à Washington. L’administration Obama soutient clairement le multilatéralisme et dit préférer partager le rôle de leadership dans le monde.

Les opérations de surveillance des communications électroniques par l’agence de renseignement NSA, révélées par l’ancien consultant Edward Snowden, n’ont pas officiellement altéré la confiance entre les deux alliés. “Il y a une confiance mutuelle qui a été restaurée et qui doit être fondée à la fois sur le respect de chacun de nos pays et également sur la protection de la vie privée”, a précisé le président français.Le président américain a expliqué que, contrairement à ce que la presse laisse entendre, il n’existe pas d’accord de non espionnage entre les Etats-Unis et le Royaume-Uni. “L’Amérique s’est engagée à faire en sorte que nous protégions les droits à la vie privée, pas seulement de nos concitoyens, mais aussi des gens vivant dans le monde entier”, a-t-il déclaré.

Selon François Hollande, la France ne prétend pas à un statut particulier : “il ne s’agit pas d’établir un ordre de préférence mais d’être utile au monde. La France et les Etats-Unis sont deux pays qui ont une vocation, par leur place historique et leurs sièges au Conseil de sécurité des Nations-Unies, à peser sur le destin du monde, pour la liberté et la démocratie.” Ces deux modèles à vocation universelle ne sont plus incompatibles selon les deux chefs d’Etat, puisque la tâche du leadership mondial ne saurait être assumée par une seule nation.

Dans le domaine économique, le président français a abandonné sa relative prudence sur les négociations de libre-échange entre l’UE et les Etats-Unis . Pour “éviter l’accumulation des peurs”, avec les garanties dans le mandat de la commission européenne sur l’exception culturelle, “aller vite n’est pas un problème” pour la France.

Business et politique au menu du dîner d’Etat

Incarnation du prestige et du pouvoir, le premier state dinner remonte à 1874, lors de la visite du roi des Îles Sandwich, devenues ensuite Hawaï, Etat d’origine de Barack Obama. Le protocole moderne régissant cette soirée fut instauré en 1954, lorsque Dwight Eisenhower reçut le président de la Corée du Sud.

Une trentaine de Français étaient attendus à la Maison Blanche, parmi environ 300 invités. Les ministres Fleur Pellerin, Arnaud Montebourg, Pierre Moscovici et Laurent Fabius, ont composé la délégation française, aux côtés de Guillaume Pepy, président de la SNCF, Anne Lauvergeon, l’ex-patronne d’Areva, Jean-Yves Le Gall, président du CNES, la directrice du FMI Christine Lagarde, le CEO de Best Buy Hubert Joly et Philippe Dauman, le patron de Viacom.

Ode à l’innovation dans la Silicon Valley

Fleur Pellerin, la ministre chargée des petites et moyennes entreprises, de l’innovation et de l’économie numérique, avait prévenu la presse lors d’une rencontre lundi soir : les pratiques des grand groupes américains de l’Internet dites d’ “optimisation fiscale” en Europe, et leur utilisation des données privées des internautes, n’étaient pas l’objet de la visite présidentielle sur la côte Ouest.

Mercredi, François Hollande a affirmé que les géants américains étaient bienvenus en France et a présenté ses mesures pour le soutien aux start-ups. Le président a rencontré les dirigeants des mastodontes de l’Internet, Eric Schmidt (Google), Sheryl Sandberg (Facebook), Jack Dorsey (Twitter et Square) et Mitchell Baker (Mozilla Foundation). Dans le sillage du salon high-tech International CES de Las Vegas le mois dernier, la France veut garantir une stabilité fiscale, présenter une image dynamique et établir un “écosystème” français accueillant pour les entrepreneurs de l’économie numérique.

Le président français a fait une série d’annonces devant la French Tech Hub, un incubateur d’entreprises, financé par les métropoles françaises, qui vise à accompagner une centaine d’entreprises par an dans leur développement sur le marché américain. Une autre structure ‘French Tech” devrait prochainement ouvrir à Boston. Reconnaissant le dynamisme du “financement participatif” (le crowdfunding) qui pourrait devenir aussi incitatif en France qu’aux Etats-Unis, François Hollande a promis une “nouvelle impulsion”. Pour la création d’entreprises, “un projet pourra recueillir jusqu’à 1 million d’euros de prêt sur une plateforme”. Il souhaite que la France accueille davantage de cerveaux étrangers qui rêvent d’entreprendre, en créant des “passeports talents”, pour faciliter l’obtention d’un visa français. “Entre 5 000 et 10 000 personnes” pourraient en bénéficier chaque année.

François Hollande a aussi souhaité “améliorer le régime des attributions gratuites d’actions et de bons de souscription de parts de créateurs d’entreprises”. Il a enfin invité le patron du Medef, Pierre Gattaz, à s’inspirer des offres d’embauches californiennes de trois ans aux diplômés en fin de cycle universitaire, pour faciliter la création de leur propres entreprises.

La délégation française a été très bien reçue par son “ami américain”. Les mois prochains décideront si cette rencontre a simplement consacré la bonne entente franco-américaine, ou insufflé une nouvelle dynamique politique et économique transatlantique.

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